vélo BTR 2018

BTR 2018, j’y étais !

Il pleut des cordes ce lundi 11 juin 2018 au matin alors que nous nous sommes réfugiés dans une boulangerie chauffée de Biscarosse. J’ai envie de tout arrêter, de laisser le vélo là, de trouver une chambre d’hôtel, de prendre une douche chaude. Mais nous sommes 3, à moins de 200 km de la fin de cette aventure, et dans les 20 premiers qui plus est. On ne peut pas rester là. Alors je me retrace tout le chemin parcouru pour en arriver là…

Pointe d'arcouest

Pointe d’arcouest

18h, vendredi 8 juin 2018, je récupère mon package de départ, en serrant la main au grand Luc Royer. Il est derrière le désordre organisé qui règne dans ce petit camping de la pointe d’Arcouest. Des hommes et des femmes (plus de 15 !) de toutes les tailles, de toutes les couleurs, avec des machines plus ou moins bariollées s’affairent autour de leur montures : il y a des French Dividers (passés ou futurs), des Chilkootiens de la première heure, des écrivains, des anonymes, des journalistes, des anciens champions, et des champions actuels, le club Rapha, mes futurs compagnons.
Il faut vite finaliser la préparation de la machine, achetée précipitamment peu avant le départ pour cause de vol de vélo quelques jours plus tôt. C’est le temps des dernières questions : je prends un bidon supplémentaire ou pas ? 6 ou 7 paquets de saucissons ? des sur-chaussures ? Bref, des questions existancielles pour la réussite de cette route des Phares, de la pointe d’Arcouest à Donostia – San Sébastien.
Finalement, nous faisons une queue interminable pour récupérer notre dernier repas d’avant… d’avant quoi ? on ne le sait pas, mais les 4 crêpes et le cidre nous donneront de la force pour la nuit noire qui s’annonce.
Il est temps pour Luc de nous faire part de ces dernières recommandations, l’Homme est à la tête d’une armée de doux rêveurs, d’amoureux de voyages, de passionnés de vélos. Mais ne vous y trompez pas, il y en a, parmi eux, qui sont des sacrés guerriers, comme ces 3 gars, dont tout le monde connaît le nom dans le milieu, qui relieront l’arrivée en 52 h !
Le soleil se couche, et comme nous sommes en avance, le départ du premier sas sera donné à 21h45 : ces conquérants de la route, ces voyageurs, s’élancent et sont vite avalés par la première bosse.

vélo BTR 2018

vélo BTR 2018

J’ai encore trente minutes pour profiter du couché de soleil, et discuter avec les partants de mon sas, très peu nombreux (une trentaine seulement, les autres ayant décidés de prendre des sas anticipés). Clin d’oeil à Arnaud et aux compagnons venus d’Allemagne et de Belgique, qui partageront avec moi la première ligne de notre sas.
Le deuxième sas est lancé à 22h.
Aucune appréhension pour cette épreuve que j’attends depuis de nombreux mois, mais une envie de découvrir le roulage de nuit, la fatigue, et ma capacité, ou non, à gérer ce type d’effort.
Gilles nous rejoint au dernier moment sur la ligne, n’étant pas au courant que le départ était avancé de 15 min, et l’arrière garde de BTRistes s’élance enfin dans la première côte, phares allumés.

vélo BTR 2018

vélo BTR 2018

En 3 coups de pédale, je suis en tête de cette petite meute, puis, en haut de la côte, il ne reste plus que Gilles et le Belge.
Nous roulotons comme ça, sans avoir l’impression d’aller vite, jusqu’à la nuit noire. Je fais la navigation, en étant rassuré de savoir qu’il y a du monde derrière moi.
Dès que la nuit s’abat définitivement, le Belge est lâché par notre rythme constant dans les côtes, et je me retrouve seul avec Gilles : c’est le début de 24h d’aventure !
Sans nous presser, en étant attentif aux indications de nos GPS respectifs, nous faisons doucement connaissance. Nous avons le temps, 1200 km devant nous.
Elle est vallonée cette Bretagne que nous traversons du Nord Est (Paimpol) au Sud Ouest (Phare de St Matthieu), plus de 2000 m de D+ avalés en 165 km, alors que ce n’est que l’entrée de ce voyage.
Sans nous concerter, avec Gilles, nous décidons de mettre du rythme, avec une idée un peu folle en tête, sans vraiment se l’avouer, qui serait de rattraper des groupes plus rapides parti 30 minutes avant nous.
Alors nous sommes surpris de réaliser qu’il nous faudra plus de 40 km de roulage pour enfin rattraper les premiers concurrents des groupes précédents. Le bal des loupiotes peut enfin commencer : nous dépassons des solitaires, des groupes éparses, des connus, des inconnus, des hommes et des femmes qui rêvent déjà de l’Espagne en montant les nombreuses collines de la Bretagne centrale, en direction de Lannion, Morlaix.
Un « salut » dans la nuit noire, mais nous ne ralentissons pas, nos forces se combinant pour se déjouer du terrain. A ce moment, dans ma tête, l’ultra endurance consiste à tenir jusqu’au matin, « demain sera un autre jour ».
Passé 1h du matin, la nuit devient très sombre, les routes bien plus désertes. Nous dépassons les compagnons de l’Echappée Belle, et filons dans la campagne. Le temps de faire plus ample connaissance, de découvrir que Gilles est un fin pédaleur, un amoureux de la longue distance, un mental hors norme, un homme capable de gravir des cols enneigés, de faire un top 10 sur une BTR. Un cycliste capable de se lancer dans les 7 majeurs après une BTR, ça parle. J’apprends beaucoup de nos échanges.
Après Brest, nous guettons les loupiottes en face de nous : ça y est, un groupe de 4, plus un de 6, puis de petits groupes éparses : ces mecs là ont 40 minutes d’avance sur nous, ils ont dû rouler tambours battants pour être déjà sur la route « du retour » entre St Mathieu et Brest. Le vent dans le dos nous a certes aidé, mais ça me semble impressionnant au vue du kilométrage restant à parcourir !
Phare de St Mathieu, 4h du matin, premier arrêt après 165 km. Nous sommes bien remontés, ayant doublés des cyclistes toute la nuit. Hélas, pas de point d’eau alors que nous sommes à sec… On tamponne rapidement notre Brevet, on mange un morceau, j’engloutis mes croques monsieurs, et repartons, direction Brest, vent de face, avec l’objectif d’atteindre le 2ème CP avant le milieu d’après midi.
CP1 BTR 2018

CP1 BTR 2018

Les prolongateurs sont un vrai bonheur sur le vélo et me permettent d’économiser des forces avec un Gilles très solide. Les longs toboggans avec le vent ne sont pas évident, et nous sortons de la trace Chilkoot, pour traverser Brest par une trace de Gilles.
Je profite du passage près d’un Ibis, vers 5h du matin, pour quémander un peu d’eau.
A la sortie de Brest, nous rattrapons le groupe Rapha RCC, dont je salue Romain, croisé sur les vélotaf parisiens. Gilles et moi continuons notre route à bon rythme, il reste un groupe (en dehors des 3-4 échappés devants) : la nuit en chasse patate aura été fructueuse.
Nous roulons de concert dans le lever du jour, près à affronter une nouvelle journée. Vers 6h, nous doublons un groupe, les futurs top 10, qui se sont fait un arrêt boulangerie – cimetière. Le ciel se fait menaçant, et ce que nous redoutions se produit : le ciel nous tombe sous la tête.

Les costauds de la BTR 2018

Les costauds de la BTR 2018

Nous nous abritons le temps de sortir les vêtements de pluie, et sous l’impulsion d’un Gilles très motivé, repartons sous une bonne drache, et quelques éclairs. Nous doublons quelques coureurs abrités, jusqu’à ce que la pluie se calme. En arrivant à Chateaulin, trempés, mes forces me quittent. Heureusement, une boulangerie et un bar tabac sont ouvert : nous faisons les niveaux, un coca pour moi et des viennoiseries, avant d’être rejoints par d’autres cyclistes. 25 minutes bien employées à reprendre des forces. Alors que nous montons sur nos fidèles destriers, un groupe compact passe : nous accrochons les roues de Yoann, les frères Etienne et Martin, Daniel, Joan, bref tout le futur top 20 (en dehors des 3 premiers) de cette BTR. S’en suit un roulotage de 80km.

Je stresse un peu car je n’ai pas réservé de billet pour le bac de 14h30 contrairement à la majorité de mes acolytes et ai peur de ne pas avoir de place. Je sais qu’en se coordonnant, nous serions capable, à quelques minutes prêt, de prendre le bac de 12h30, ce qui résoudrait tous les problèmes. Mais personne ne semble de cet avis, et le rythme ne s’envole pas. Je profite des côtes pour m’échapper et résoudre mon problème de billet de bac, avant de rejoindre à nouveau le groupe compacte. Cela m’évite ainsi de contourner le Golfe, et de me payer 37 km supplémentaire, en solo, dans le vent.
Cimetière sur la BTR 2018

Cimetière sur la BTR 2018

Le groupe explose au 320ème km, et je reste avec l’arrière garde pour un repas dans une boulangerie : il faut dire que nous venons d’essuyer un deuxième orage et que les forces commençaient à nous manquer.
Par peur d’un pont susceptible d’être fermé, nous suivons la trace d’Etienne jusqu’au bac que nous atteignons avant 13h, sans forcer et où nous retrouvons le reste du groupe perdu.
Je m’attable avec Gilles pour une crêpe-limonade, rejoint par Patrick de l’Echappée Belle, Bruno que je reverrai aussi sur la French Divide et Pierre Yves, jeune cycliste parisien croisé sur les classics challenge. L’équipe parisienne est bien en place.
Nous sommes 21 à prendre le second bac, celui de 14h30 en direction de Port Navalo, au bout du Golfe du Morbihan.

Je suis accueilli par la famille sur le port : c’est une belle surprise après 370 km, sous le soleil et cela permet de se changer les idées. Hélas, le groupe me presse à tamponner ma carte pour repartir aussi vite vers le CP3, à la Tranche sur Mer.
Nous repartons dans la roue de Gilles qui est le seul à avoir une trace par St Nazaire. Etienne et son frère nous quittent, ils finiront 6èmes de cette BTR, des sacrés guerriers.
Les relais sont plus appuyés, le groupe fonctionne bien. Nous déposons un concurrent chez ses parents pour une nuit de repos bien mérité, il nous offre ainsi de l’eau et de la bière pour le goûter !
Gilles à St Nazaire sur la BTR 2018

Gilles à St Nazaire sur la BTR 2018

A l’approche de St Nazaire, le groupe se sépare : d’un côté Bruno, Yoann, Benjamin, etc. qui vont dormir sur place et repartir dans la nuit, de l’autre Gilles, Jacques et moi qui souhaitons encore abattre des kms aujourd’hui, mais sans vrai plan de sommeil pour l’instant. Il est 18h, nous avons 470 km dans la musette et le pont de St Nazaire n’est qu’une formalité avant de nous enfoncer dans la campagne vendéenne.
Nous faisons rapidement le point sur la nourriture : il est samedi soir, il faut absolument trouver de quoi faire des réserves pour la nuit.
Nous faisons la fermeture d’un Super U (snickers, coca, graines diverses) et enchainons par miracle sur un succulent camion pizza : la soirée commence bien, et les routes de campagnes, dans la roue de Gilles sont agréables. Je suis suivi par Jacques, je suis entouré par des pointures de la longue distance, ce qui a un côté rassurant mais tout autant inquiétant : ils ne prévoient pas de dormir, et je sens que je ne suis pas capable d’enchainer une deuxième nuit blanche sur le vélo. Pas dans l’absolu, mais aujourd’hui en particulier, avec le stress tant suite au vol de mon vélo que du travail, je ne suis pas reposé comme je l’aurais souhaité, et je ne cesse de retourner cela dans ma tête.
Jacques me sort de mes rêveries en m’indiquant que je roule très peu gonflé : il trouvera un silex dans mon pneu arrière, 10 minutes de pause pour changer la chambre.
Nous repartons, toujours dans la roue de Gilles qui est le seul à avoir la map sur son GPS, j’avais prévu, pour ma part, une route plus longue par Nantes.

A St Etienne de Mer Morte nous fêtons nos 24h sur le vélo : 525 km abattus. Nous nous offrons un arrêt dans un café de village, une nouvelle limonade pour moi. Nous faisons le point : mes 2 compagnons veulent aller au moins au CP3, j’estime l’arrivée vers 4-5h du matin. Je ne m’en sens pas capable, je n’en ai pas envie. Ils ne me forcent pas, et nous décidons de nous séparer là. Ils atteindront leur objectif et finiront en 58h, en 4ème et 5ème position cette BTR. Des guerriers encore !
Pizzas avec Gilles et Jacques sur la BTR 2018

Pizzas avec Gilles et Jacques sur la BTR 2018

Je file sans trace GPS, dans la nuit noire, éclairé faiblement par ma dynamo chinoise à 10 euros, en direction de la Roche sur Yon. Des orages sont prévus pour la nuit, je demande à mes proches de m’aider à trouver un hôtel, car tout semble plein et je capte très mal dans cette zone rurale. Je ne me sens pas de dormir dehors par ce temps, avec cet état d’épuisement qui s’empare de moi : je vois des hommes sur le bord de la route qui essaient de m’attraper. Certainement mes premières hallucinations. Finalement, le première classe de la roche sur yon a une chambre pour moi, plus que 45 km. Je me retrouve sur une 2 fois 2 voies à 110, certainement interdite au vélo. Je sors, me guide avec Google Maps, qui m’envoie dans des chemins. Je me maudis, j’aurais dû rester avec mes 2 comparses, ils m’auraient aidés à ne pas m’endormir. La pluie s’abat sur moi, je n’avance pas, je n’ai plus envie d’aller à l’hôtel, je veux juste m’endormir sur le bord de la route. Et puis je me rappelle pourquoi je suis là, pourquoi je voulais vivre cette aventure, ce que je prépare ensuite : l’électrochoc est instantané, je navigue mieux, le coup de pédale est léger, et à 00h30 ce dimanche 10 juin, après plus de 40h sans dormir, je suis dans ma chambre d’hôtel. Dehors, il pleut. J’ai stocké 570 km dans ma musette en 26h.
Une douche, je m’endors vers 1h30 sans m’en rendre compte alors que je préparais mon paquetage pour le lendemain. Evidemment, le réveil ne peut pas me sortir de ma torpeur, et j’ouvre un oeil, bien trop tard, vers 7h alors que j’espérais être déjà sur le vélo pour refaire mon retard sur la nuit.

Je me prépare à la hâte, et toujours sans trace GPS, file vers le CP3 sur une route détrempée. Google Maps me fait passer par la forêt, j’en ressors couvert de boue mais sans crevaison.
Je roule totalement seul dans la campagne jusqu’au phare de la Tranche sur Mer, où je suis accueilli par Yann qui me conte les arrivées de la nuit : Gilles et Jacques sont passés, les 2 frères aussi, ainsi que quelques autres au petit matin. Je suis dans les 20.
CP3 BTR 2018

CP3 BTR 2018

Je dévalise la boulangerie, discute avec des employés Zéfal qui passaient par là, et à 10h15 me mets en route sur la trace Chilkoot vers le bac de Royan. 165 km en solo sans une seule pause, à gérer mes 2 pauvres bidons d’eau, en plein cagnard, pour chopper le bac de 17h40. Mais j’appuie tellement sur les pédales que le bac de 16h semble jouable, à 2 min prêt. Je ne relâche pas mon effort, laisse toutes mes forces dans la bataille, les bras sur les prolongateurs pendant des dizaines de kilomètres, avale des lignes droites qui font parfois plus de 20 bornes de long. Je suis à plus de 30 de moyenne, ce qui après les 570 km d’hier est un petit exploit. Je dépose Pascal non sans lui avoir proposé de prendre ma roue, et arrive, sec de chez sec, assoiffé, à 15h59 sur le port de Royan. Le guichetier me presse et je monte in extremis sur le bac où je rejoins 6 autres Btristes.
Je file aux toilettes et bois 4 bidons coup sur coup, avant d’engloutir mes 3 viennoiseries achetées le matin. Ouf, ça va mieux, je peux filer au Cap Ferret !

bac Royan BTR 2018

bac Royan BTR 2018

A la descente du bac, je discute avec Pierre-Yves qui a roulé toute la nuit sous l’eau et Alpha, qui lui, a dormi dans un abribus : ils veulent checker le CP4 ce soir, et continuer sur la même lancée, en faisant le contournement du bassin, soit une rallonge de 50 à 70km, pour finir demain en début d’après-midi.

Direction cap ferret BTR 2018

Direction cap ferret BTR 2018

Nous discutons de cela autour d’un coca – glace au soleil, parce que la BTR, c’est du vélo, du voyage, mais avant tout, pour moi, ce sont des rencontres, des échanges, des découvertes.
Nous nous mettons en route à 17h10 pour 120km, guidé par Alpha qui nous propose une trace optimisée. Nous organisons nos relais et les kms défilent très vite, sans forcer, dans ces lignes droits interminables. J’en profite pour demander à un copain s’il peut nous dépanner ce soir : en 2 coups de téléphone, en ce dimanche soir, il nous dégotte des pates et du jambon pour la soirée. Nous aurons les forces nécessaires pour la suite, un grand merci à toi 🙂
Après 2h de contre la montre, nous levons le pied et profitons des 50 derniers kms pour apprendre à nous connaître, partager sur nos passions, nos retours d’expériences divers et variés. Comme avec Gilles 48h plus tôt, je découvre l’âme de la BTR à travers ces compagnons.
Finalement, j’aperçois, dans la lumière du soir, le phare du Cap Ferret, un vrai soulagement.

phare cap ferret BTR 2018

phare cap ferret BTR 2018

La surprise est immense quand nous découvrons que le stand Zéfal nous propose des boissons, à manger, des massages, et de quoi remettre en état nos montures. Nous ne pouvons quitter l’endroit avant d’avoir été remis en état, dévalisé des chips et des bières : merci à vous !

CP4 BTR 2018

CP4 BTR 2018

La pluie nous presse à rejoindre notre abris pour manger, maintenant qu’il n’y a plus de bac. Autour d’un plat de pâtes salvateur, à 23h, nous étudions nos 2 options :
– nous repartons vers 2-3h du matin, après 1h30 de sommeil, pour essayer de finir les 300 km de cette BTR, assurer le top 10 et finaliser en début d’après-midi ce brevet
– nous prenons le bac de 7h, après 5h30 de sommeil, pour les 240 km finaux, qu’il faudra avaler tambours battants pour refaire une partie du retard engrangé pendant la nuit.
Le dilemme est d’autant plus grand quand l’organisation, au courant de notre volonté de contourner pendant la nuit le bassin, nous indique que certains ont payés (cher) pour traverser avec des zodiac privés. Le top 10 n’est définitivement plus à notre portée.

Finalement la pluie et les différentes stratégies de sommeil nous ferons choisir chacun un parcours différent :
– Alpha partira en milieu de nuit, et bouclera, quasi en solo, en solide pour se préparer à ces futurs ambitieux défis, en moins de 66h, ce brevet.
– Pierre-Yves et moi nous ferons une vraie nuit, et roulerons non stop pour essayer de combler une bonne partie du retard.

Pates BTR 2018

Pates BTR 2018

Malgré la classique panne de réveil pour Pierre-Yves qui n’avait presque pas dormi depuis le début de l’aventure, nous montons sur le premier bac de 7h avec une dizaine d’autres BTRistes : cela ne parle que des « parisiens qui ont traversés à prix d’or ».

Nous partons tous ensemble sur la piste cyclable, mais la pluie se joint à l’aventure et notre groupe explose en mille morceaux. Pierre-Yves et moi continuons notre route avec Irvin, un très solide rouleur solitaire de Clermont Ferrand, rompu à ce genre d’exercices sur son beau Canyon. Il était déjà avec nous sur le premier bac, parmi les 21.
Nous décidons de rejoindre la grande route, pour tracer au plus vite vers les sud, en espérant que le soleil nous rencontre.
——-
Alors, malgré la pluie qui s’abat violemment sur nous en ce lundi matin à Hossegor, je fais le dos rond, enfile des manchettes sèches sous ma veste, et après un « on y va » rageur, je rejoins Pierre-Yves et Irvin sur et sous l’eau. Direction la départementale rectiligne. Je tremble de tous mes membres.
Je me réchauffe rapidement quand Pierre-Yves décide de sauter dans les roues d’une motocyclette lancée à 45 km/h. C’est ce qu’il fallait pour nous relancer, et nous enchainons les 70km suivant à plus de 31 de moyenne, tout en relais appuyés.
Une éclaircie nous incite à faire un nouvel arrêt boulangerie, pour un vrai repas. Nous convenons de faire un dernier arrêt dans 70 km, avant les 70 km finaux (vous suivez ?!).
Tout en rythme et relais, en suivant Irvin qui est le seul a avoir une trace qui ne passe pas sur les pistes cyclables détrempées, nous roulons à vive allure, parfois dans des gerbes d’eau, parfois vent de face. Jamais nous ne coupons l’effort, pendant les 2h suivantes.
L’Espagne approche, et nous longeons la mer. L’emballement final approche et lorsque nous traversons Bayonne, nous décidons de finalement pas nous arrêter, nous sommes capable d’enchainer ces 140km sans pause.
Alors c’est parti pour de longs toboggans au milieu des voitures. Irvin connaît la route et malgré ses douleurs au tendon d’achille, nous restons groupé.
Les kilomètres deviennent interminables, aucun de nous 3 n’est plus capable de relancer la machine, nous ne passons plus de relais, et essayons juste de gravir les bosses qui se dressent face à nous, les unes après les autres, averse après averse.
Puis, du côté de St Jean de Luz, nous passons à côté de Bruno et Benjamin arrêtés à un café.
Je crois qu’Irvin prend cela pour un défi, et il nous met un rythme infernal dans les contreforts des Pyrennées alors que nous rentrons en Espagne. Nous ne pouvons pas longer la côte, le temps y est excécrable, d’ailleurs la route sera fermée quelques heures après. Nous prenons donc de grosses nationales espagnoles, toujours en suivant notre guide Irvin, sans jamais vraiment savoir si nous avons le droit de rouler là où nous sommes. les kilomètres s’égrènent lentement, les plus longs de cette BTR. Nous roulons quasiment non stop depuis le matin, sous la pluie qui plus est. Pierre-Yves fait le dos rond derrière les coups de pédales rageurs d’Irvin.

Arrivée BTR 2018

Arrivée BTR 2018

Finalement, le décompte final s’égrène et nous apercevons au loin notre dernier phare. Comme si un miracle devait se produire, le soleil nous réchauffe. Sans nous arrêter, nous retirons nos vêtements détrempés, nous faisons une beauté, vidons nos bidons et sommes prêt à attaquer la dernière ascension.
Nous traversons San Sébastien le sourire aux lèvres, chauffés par le soleil, regardant le phare, évitant les nombreux touristes.
Notre surprise est alors immense quand nous découvrons la Chilkootmobile, au pied de l’ascension du phare, celle-ci n’étant pas possible pour y positionner une arrivée.
Yoann, Fanny, Alpha, Joan nous ont précédés et nous accueillent avec le sourire. Luc, le capitaine, nous tamponne une dernière fois : notre brevet est terminé en 67h, 1200 km, des souvenirs pleins la tête et les jambes.
Il est rapidement temps de refaire le match dans le café d’en face, et accueillir, au compte goutte, nos compagnons du bac matinal ou ceux qui ont traversé dans la nuit.

Brevet BTR 2018 en 67h

Brevet BTR 2018 en 67h

Je ne saurais jamais si j’aurai été capable de suivre Gilles jusqu’au bout de cette aventure, mais je suis pleinement satisfait de ne pas arriver épuisé et d’avoir su gérer mon effort, rouler vite quand il le fallait. J’ai surtout fait de nombreuses rencontres et passé beaucoup de temps avec Gilles, Pierre-Yves, et consorts, ce qui est pour moi, une aventure aussi.
Les enseignements sont nombreux, tant sur la gestion, sur la notion de plaisir, sur le matériel et me permettront d’aborder les prochaines expériences avec un peu plus de maturité, moins de poids, et des composants plus adaptés.
L’alimentation n’a pas été un problème, l’eau par contre, m’handicape plus.
Le sommeil, quant à lui, est un vrai sujet à approfondir : ceux qui me connaissent savent qu’il y a du travail sur le sujet !

Je suis déjà prêt à repartir sur ce type d’aventure, mais je crois que le plaisir passera par le partage de la route avec un quelqu’un d’un niveau similaire.

Alors que je redescends vers la France, dans une tempête incroyable, je croise quelques BTRistes qui tentent de rallier le dernier phare : j’ai une pensée très émue pour tous, les grands, les petits, les hommes, les femmes, les connus, les inconnus qui ont pris part à cette BTR, qu’ils soient allé au bout ou non : nous avons vécu une belle histoire, sous les ordres de notre capitaine Luc. Et nul doute qu’ils seront nombreux, l’année prochaine, à tenter l’aventure.

Chilkoot Finisher BTR 2018

Chilkoot Finisher BTR 2018

——
Un grand merci, dans le désordre, à :

– tous ceux qui me soutiennent, avec leurs petits messages, avant, pendant et après la traversée, ça fait toute la différence dans les moments difficiles de savoir que vous allez voir ma progression.
– mes proches qui m’ont aidé lors du vol de mon vélo, qui assurent la logistique derrière tout ce que cette passion peut représenter
– Sylvain B., qui sait pourquoi !
– Quentin, qui nous a sauvé notre soirée et nuit au Cap Ferret.
– les bénévoles aux CPs qui ont été des Phares, de jour et de nuit, avec un immense sourire, des paroles réconfortantes. Un pouce vers le haut particulier pour le CP4 : les gars et les filles, vous nous avez régalés, avec votre ravito surprise, vos massages, vos sourires. Merci Zéfal, merci à vous !
– Luc de Chilkoot qui nous offre un cadre, une aventure, un état d’esprit.
– les milles et une boulangeries qui nous ont ravitaillées, parfois alors que nous étions tout crotté.
– les anonymes qui ont acceptés de remplir nos bidons souvent bien vides
– le groupe de cyclistes Italien, à Royan, qui n’ont jamais voulu croire que je venais de faire 850 km en 40 heures
– les BTRistes, pour votre état d’esprit, votre bienveillance, vos anecdotes, vos maps rebelles, vos fanures, vos relais appuyés
– les compagnons de route qui ont marqué, un peu plus que les autres, cette aventure (Alpha, Jacques, Gilles, Pierre-Yves…)
– tous les autres que j’oublie.

Etape 3 : https://www.strava.com/activities/1632543579

VIVEMENT la suite !

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11 réflexions au sujet de « BTR 2018, j’y étais ! »

  1. Hervé

    Oui vivement la suite !
    Quel plaisir de suivre tes aventures David, tu nous fait rêver.
    Pas trouvé de superlatif assez fort pour ce nouvel exploit, alors BRAVO tout simplement.
    (Comme d’hab tu reviens à ton point de départ en vélo ? :-))

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci Hervé, une belle expérience de plus, peut être que tu m’accompagneras sur du plus long à l’avenir ?!
      Figure toi que certains rentrent à vélo après ce périple, pour ma part, ça sera du repos 🙂

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  2. Jean-Pierre Dumoulin

    Super récit , merci David pour le partage . Un point m’intrigue sur le moment où tu te retrouves sans trace GPS : tu as déjà testé la fonction « parcours » de Garmin Connect ? Tu tapes la destination sur ton smartphone et il te calcule l’itinéraire vélo adapté pour la rejoindre. Une synchro et c’est dans le GPS .

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci JP pour ton soutient !
      Je connais la fonctionnalité pour trouver des parcours autour d’un point choisi mais pas de fonctionnalité de guidage entre un point A et B ! Je vais étudier cela, ça pourrait m’être utile ! Mais il faut surtout, si je refais ce type d’événement, que je prépare mieux en amont les différentes possibilités !

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  3. sylvainblairon

    Super de lire ton CR et de vivre cette BTR par procuration. A très vite sur la route pour en parler de vive voix 🙂

    Répondre
  4. Julien

    incroyable !
    Tu prends en plus le temps de faire des photos, d’écrire ces souvenirs. C’est génial.
    Je suis par contre très étonné de l’esprit de compétition. Je voyais plus ça comme une aventure presque tranquille, un voyage touristique avec comme but de rallier l’arrivée.
    Mais quand je lis la gestion optimisée du sommeil, des bacs (officiels ou privés!)
    Il y a quelque chose à gagner ?

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci Julien ! J’essaye modestement de partager mon expérience, en espérant que cela donnera à d’autres, l’envie de se lancer dans ce type d’aventure.
      La BTR est un brevet avec barrières horaires, il y a un temps pour chaque concurrent mais pas de classement. Mais un temps quand même 😉
      Chacun y va avec des objectifs différents : certains juste pour quelques kilomètres, d’autres pour rentrer, sans respecter les délais, d’autres pour être juste dans les délais, certains pour partager la route avec leurs amis, d’autres se font des bons restos, certains ont déjà planifiés toutes les étapes depuis des mois (hôtels réservés etc.)
      Mon récit n’est que la représentation de mon cas, pas celui des 250 participants (et 180 à l’arrivée).
      Mais ce n’est pas une balade tranquille, à partir du moment où tu dois enquiller près de 250 km / jour, calculer tes horaires pour passer les bacs, rogner sur ton sommeil pour être dans les délais.
      Dans mon cas, et je l’avais annoncé, je visais moins de 72h. Pourquoi ? Car je m’en sentais capable, car je voulais tester ma résistance à la fatigue, aux longues journées de selles. Je fais la French Divide cet été, et cette expérience était primordiale pour dessiner ma stratégie de roulage.
      Enfin, comme tu as pu le voir, j’évolue dans le top 10 / 20 en fonction des aléas du trajet : forcément, les objectifs ne sont pas les mêmes que pour le ventre mou du peloton.
      Rien à gagner au bout, que ce soit le premier ou le dernier, si ce n’est un tampon et le temps total nécessaire pour faire 1200 km.
      Finalement, comme pour un marathon : rien à gagner à viser les 2h57, tu auras la même médaille que celui qui fait 4h15, mais pour toi, sur un plan personnel, ça change tout 🙂
      Au plaisir d’en parler sur un vélo ou lors d’un run !

      Répondre
  5. Le père

    Une réflexion sur toute épreuve et une forme de réponse à julien !
    « dans une boulangerie chauffée de Biscarosse. J’ai envie de tout arrêter, de laisser le vélo là, de trouver une chambre d’hôtel, de prendre une douche chaude »
    Donc, oui il y a quelque chose à gagner, (et le mental y est pour beaucoup), c’est la satisfaction de se dépasser et de faire aussi bien que d’autres. La compétition est l’un des moteurs de la réalisation personnelle. On se fixe un objectif en se disant : »je vais juste le faire » et à la fin on va vers : il faut que je fasse aussi bien ou mieux que celui qui est près de moi …….

    Encore bravo David.

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  6. Irvin

    Hello David,
    Je me suis régalé a te lire….je revois les quelques kilomètres parcouru ensemble.
    Même si nous n’avons pas trop papoter j’ai vu tout de suite le guerrier que tu étais.
    @ bientôt et bonne FD

    Répondre

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