Superides #3

Après ma désormais classique traversée de la banlieue ouest parisienne de nuit, avant que les rues ne se remplissent, je rejoins quelques cyclistes frigorifiés sur le parking de la grande cascade, à Longchamp. Je suis accueilli avec entrain par Stéven Le Hyaric, qui a créé son propre regroupement cycliste : les Superides, « Begin with legs, finish with mental ».

accueil superides

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Nous sommes une trentaine à avoir répondu à l’appel de l’ancien coureur, que j’avais croisé sur l’Alpsman il y a un an, et lors de mon Paris-Chantilly Express.
Alors que nous prenons les photos d’usages et grelottons avant de nous élancer, Steven nous raconte sa soif d’aventures sportives, humaines et humanitaires. Son constat aussi, devant la difficulté, pour les quelques cyclistes qui veulent « se faire mal », ou du moins progresser avec un bon niveau de départ, de trouver compagnons à leur coup de pédales. Des groupes comme le RCC, le fameux club Rapha, ou encore Steel proposent régulièrement des sorties dans les banlieues parisiennes, mais force est de constater que le niveau n’est pas forcément compatible avec des profils coureurs, livreurs ultra rapides, amoureux de longues distances.
Steven a donc mis en place les Superides, pour les Superiders : à l’image de tous ces mouvements, il fournit gratuitement un cadre, une trace GPS renouvelée à chaque sortie, et une passion, celle du dépassement de soi sur 2 roues. Pour cette 3ème édition (la deuxième à Paris, les autres étant à Bordeaux), nous partons pour une boucle de 100 bornes en forêt de Montmorency, avec 1000 de D+ annoncé, et quelques très sérieuses bosses, parfois à plus de 20% et une longue ascension de 4km pour faire chauffer les cuissots, si nous en avons encore d’ici là. Je connais quelques personnes, dont Yves vu la semaine précédente, et des cyclistes que j’ai l’habitude de voir sur des événements ou à Longchamps, dans les groupes très rapides.
Le but est d’essayer de rester ensemble, ou du moins de ralentir en haut des bosses.

Nous partons à 8h45 dans la fraîcheur matinale de ce mois de novembre, bien gris alors que la météo était plutôt positive : j’ai bien fait, au dernier moment, de troquer la tenue légère, pour passer en tenue d’automne !
Le rythme est bon alors que nous quittons Paris dans le sillage de notre ouvreur, accompagné par la musique sortant de la sacoche d’un des participants. Ambiance sympathique entre les coureurs, les coursiers, les personnalités plus ou moins connues du petit monde parisien cycliste.
Je fais attention à bien rester dans les roues, même si, contrairement à la semaine précédente, le but n’est pas de lâcher tout le monde dès le départ.
Beaucoup de zones urbanisées, le défaut de partir dans cette direction, mais nous sommes tranquille à cette heure et les habitués nous guident bien dans les dédales de rues, ce qui fait que la moyenne est élevée.
Le premier coup de cul qui se présente à nous est assassin, et les profils de chacun se dévoilent rapidement : grimpeurs, puncheurs, endurants, triathlètes, coursiers… Chapeau au deux fixies qui nous accompagneront jusqu’au bout avec leur technique caractéristique.
Regroupement général en haut, nous rejoignons la forêt pour enchaîner une grosse demi-heure intense en termes d’effort : la majorité des difficultés sont concentrés dans 6 côtes et les écarts se creusent vite. Rapidement, je dois me mettre dans le rythme et pars, pendant de longues minutes à la chasse au Yves, le grimpeur le plus rapide du groupe.


Finalement, regroupement général à une fontaine, les groupes vont se former pour la deuxième partie de la matinée. L’ambiance est conviviale, les échanges nombreux : nous sommes tous là pour nous faire plaisir et progresser ensemble. L’émulation est positive et bénéfique.

La longue ascension que nous attendions se dresse enfin devant nous : comme à chaque fois, j’ai du mal à prendre mon rythme sur les premières centaines de mètres. La forêt est magnifique et j’en profite pleinement. Steven et un autre cycliste, me passent. Je saute dans les roues. Nous apercevons Yves le superider au loin. Steven fera un long effort solitaire pour nous ramener dans la roue d’Yves. C’est dur, nous sommes 4 à ne rien vouloir lâcher. La ligne d’arrivée va bientôt se profiler, nous avons déjà plus de 3km d’ascension et les jambes carbonisées par l’effort. Le cardio ne cesse de monter, alors qu’Yves appuie de plus en plus fermement. Je me décale pour dépasser tout le monde dans les dernières centaines de mètres : Steven et l’autre cycliste lancent le sprint de très loin, alors qu’Yves reste scotché après l’effort intense fourni pendant plus de 3,5 km. Je souffle fort, essaye de revenir. 2ème en haut, c’est déjà pas si mal vu le niveau des lascars qui m’accompagnent !
Nous faisons tourner les jambes en attendant le regroupement général, en se remémorant cette belle ascension forestière. Je sais déjà que je reviendrai participer à ces superides, mais qu’il faudra être frais pour tenir le rythme imposé !
Ensuite, nous roulons plus tranquillement, mais en oubliant quand même le rythme balade, pour rester grouper.
Le ciel est de plus en plus menaçant et le  froid s’abat vite sur nous. Le groupe réduit. La pluie commence à tomber, de plus en plus drue. Un coursier fait un tout droit dans un virage rendu ultraglissant par le mauvais temps, sur les fesses. Le bonhomme est rayé mais solide. Il a eu beaucoup de chance, que, dans ce virage à l’aveugle, aucune voiture ne soit en sens inverse.
Nous remontons en haut de la forêt de Montmorency dans la tempête, avant de redescendre tout doucement, freins serrés au maximum, pieds sortis. C’est la débandade, chaqu’un tente de survivre dans cet apocalypse cycliste. Il faut moins de 1 degré, nous sommes littéralement trempé, la route est détrempée. Nous ne sentons plus nos membres, impossible de boire ou manger. Attraper les freins demande un effort intense. Avais-je aussi froid à l’Alpsman ? J’ai du mal à l’imaginer.


Chaque cycliste file au plus vite à une gare ou chez lui en fonction de ses possibilités. Nous ne sommes plus que 10 à rallier Paris, en essayant de ne pas glisser dans les ronds-points. Nous tremblons de tous nos membres, c’est un vrai calvaire. Les plus solides sont frigorifiés, les autres c’est pire. Sauve qui peut !
En arrivant sur les quais, au niveau de Villeneuve la Garenne, nous disons en revoir d’un vague signe de la main. Il fait beaucoup trop froid pour s’éterniser. Ça fait plus d’une heure que nous subissons une pluie soutenue. Nous ne sommes plus que quelques survivants dans cet enfer.
Je rêve de m’arrêter au chaud ou d’appeler pour que l’on vienne me chercher. Mais j’ai tellement froid que l’arrêt serait pire, alors je remets du rythme en pensant au 20km qu’il me reste à abattre. Je file par la Défense puis mon itinéraire classique de vélotaf. Le soleil, après 2h de pluies intenses, fait son apparition et réchauffe le cœur à défaut du corps.
Il me faudra 30 min pour ressentir mes extrémités avec bouillottes et draps chauds. Peut-être ma première hypothermie ?
Après un bon repas et une réhydratation expresse, je garde un excellent souvenir de ces 100 bornes en bonne compagnie et je compte bien en faire d’autres : c’est très agréablement de se retrouver dans un groupe avec des personnes d’horizons divers (coursiers, chef d’entreprise, chef de produit de marques de sport, cadre, entrepreneur etc.) qui n’ont qu’une envie, se challenger mutuellement à bon niveau pour progresser encore plus, sur des petites routes inconnues et sans voitures, dans de magnifiques forêts.


Définitions d’un Superides :

  • C’est pour les mecs qui ont envie de se faire mal et de s’entrainer pour de vrai.
  • SUPERIDES c’est 4h de vélo, quel que soit le temps.
  • Un Superider a envie de jouer avec ses limites.
  • Un Superider est un mec qui ne lâche jamais rien.

La trace Strava : https://www.strava.com/activities/1289685881

Les photos proviennent de Steven, organisateur des Superides. https://www.superides.club/

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Une réflexion au sujet de « Superides #3 »

  1. Michel

    Et tu appelles cela du vélo ! Vous avez inventéun nouveau sport, le « sado-vélo », on arrète plus le progrès.

    Répondre

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