Paris – Saumur

Si un jour on m’avait dit que je ferai 300 km d’une traite sur un vélo, j’aurais trouvé ça absurde, j’aurais beaucoup rigolé, j’aurais trouvé ça fou et impossible. Alors, j’ai décidé de le faire. Logique non ?
Ce dernier weekend de juin marque un événement majeur dans le monde du vélo ancien : l’Anjou Vintage Vélo.
Quitte à participer à la rando de 40 km du dimanche, Anatole Laguibolle, je décide de me rendre à Saumur, que je connais bien, directement à vélo depuis Saint Germain en Laye.

Je prépare à l’avance une jolie trace sur ma carte pour la mettre sur mon GPS : Paris – Chambord, suivi de quelques détours par les beaux châteaux de la Loire, « pour la photo », puis direction Saumur. L’ordinateur mouline avant de m’annoncer le kilométrage fatidique : 390 km. J’ai beau aimer les défis, celui là est trop important pour moi (je dois être à Saumur en fin d’après midi). Je trace donc un itinéraire plus droit, au plus droit finalement, par les routes bien connues de la Vallée de Chevreuse, puis en évitant les grands axes dans la Beauce et le Perche.
Sur le papier, une jolie balade à travers champs d’environ 12h, pauses comprises.

La chance est avec moi, puisque la canicule de la semaine fait place à des températures plus clémentes (entre 10 degrés à 6h et 27 degrés l’après midi) pour ce beau samedi. Hélas, un petit rhume (merci la clim chaotique du travail), génère une fatigue non souhaitée pour une grande journée.

Mais à 6h en ce samedi matin, il faut y aller. Je pars minimaliste, comme pour une rando dominicale, j’ai juste ajouté un paquet de saucisson et une barre Powerbar à mon attirail habituel.
Je file donc vers l’Etang La Ville pour la première ascension de la journée, en direction de la Vallée de Chevreuse via Montigny le Bretonneux. Mais à peine entré dans l’Etang la ville que je sens quelque chose qui ne me plaît pas du tout : vent d’ouest.
Pour l’instant je ne m’en formalise pas.
Les longues journées de juin sont agréables pour les rouleurs du matin, car cela évite l’attirail nocturne. L’objectif est donc d’abattre, en souplesse, un maximum de kilomètres avant le déjeuner et les premières chaleurs.
En moins de 25 km je suis dans la jolie Vallée de Chevreuse, encore endormi, et peux tracer ma route sur des axes habituellement très empruntés.
Arrêt glouglou au château de Dampierre, puis direction Ablis pour quitter définitivement la vallée parisienne.

Saint Robert, je fais une bataille de regard avec un aigle royal doré (ou un rapace approchant) : la joie du cycliste en goguette, qui, dans le petit matin, peut profiter de l’éveil de la nature. La température est d’ailleurs idéale, tant et si bien qu’en deux heures de temps, je n’ai pas encore bu le quart de mon premier bidon.

La Celle les bordes, Clairefontaine, Sonchamps, je traverse l’A11 : le voyage va commencer.

Si ce n’est ce vent, qui commence m’énerver.
Heureusement un lièvre, puis un deuxième, traversent à quelques mètres de ma roue.
Ne jamais courir deux lièvres à la fois.

Si vous préférez le lapin, j’ai aussi, celui là aurait pu finir écrasé par un Michelin Pro 4 Service Course de 23C !

Auneau, la campagne est bien réveillée, et je fais face à une étendue ininterrompue de champs de blés. Je suis sur la route du blé en Beauce, que je croiserai plusieurs fois.

Un chevreuil me regarde passer le long de la départementale. J’ai plus l’habitude des vaches, mais cela me va aussi.

Je vous ai parlé de ce vent qui commence à m’énerver ?

Francourville, 3h de vélo : j’ai fait 80 km, je suis dans le bon rythme. Des champs entiers de blés sont parsemés d’éoliennes. Leur têtes sont tournées dans la même direction que moi.
Je ne suis pas ingénieur en énergies renouvelables, mais j’ai la sensation que c’est pas bon signe pour le cycliste que je suis. Me trompe-je ?

Je vous ai parlé de ce vent qui souffle non stop dans mes oreilles ?

Parfois, dans une traversé de village, je suis quelques secondes abrité du vent : la vitesse passe allègrement au dessus des 32 km/h ! Si je suis scotché à 26 dans ces longues portions de champs, ce n’est donc pas à cause de mes jambes enrhumées, mais bien ce vent qui souffle dans mes oreilles.
Où sont mes boules Quies ?

Je vous ai parlé de ce vent de face ?

Montainville, 100km et 3h35 de roulage, je ne vais pas battre le record de l’heure aujourd’hui ? Ont-ils du vent comme ça, les fadas du Paris-Brest-Paris ?
Si je fais demi tour maintenant, j’ai le temps de rentrer à la maison, vent dans le dos du coup, avec un 200 dans la besace, avant le départ, en voiture, de madame pour Saumur ! C’est une bonne idée ça ? Et puis ça ne serait pas vraiment un abandon. Sinon, je file au Mans, je trouverai bien une voiture pour m’embarquer à Saumur ? ça fera là aussi un bon gros 200 quand même ?

Je vous ai parlé de ce vent qui ne me laisse pas la force de réfléchir ?

Guibert, 120 km, 4h25 de roulage : je n’avance plus, scotché, accroché à mon guidon, la nature est plus forte que mon poids plume.
Arrêt de 5 min pour faire le point : une barre powerbar à la banane, qui vous tient bien au cœur et au corps, qui a surtout le même goût que les bonbons bananes. 1 bonne rasade d’eau, et puis, il va bien falloir s’y remettre, non ?

Mais je vous rassure, le vent est toujours là !

Je longe maintenant le Loir, et suivrai, pendant de nombreux kilomètres, le parcours vélo dédié.

5h10 de roulage, 134km, me voilà au centre de Chateaudun. 11h10, c’est l’heure idéale pour un déjeuner cycliste. Je cherche rapidement sur la place centrale, et trouve une boulangerie avec une très longue attente : elle doit être bonne, tant pis pour les 10 min perdues. Royale, ça sera un sandwich, une canette et un beignet au Nutella en prime pour rentrer dans le menu midi à… 4€. Et un bidon rempli en eau claire, merci M’sieur Dames ! Je file déjeuner au château de Chateaudun, long arrêt pour se remettre de toutes ces émotions !

Je repars, remonté à bloc, 300 mètres.
Ensuite, je ne sais pas si je vous en ai parlé, mais une légère brise de face, décide de délicatement me caresser. Sans autorisation, il va de soi.

Je vois le frère de Malcom, le jeune Douy (28220).

Je file à Danzé, où, j’avais repéré, je m’offre 12 km de départementale rectiligne sans aucun intérêt, et passante. Direction Le Mans, à 70 km. Ils ont des trains au Mans, non ?

A 6km (sur les 12) je suis complètement…

Je suis Epuisay

Je suis Epuisay

La fin de cette route est marqué par un allié que je boude actuellement, j’ai nommé le bon…

Monplaisir se fait prier !

Monplaisir se fait prier !

J’ai bien fait de reprendre la campagne, je suis sur des routes absolument magnifiques, où deux vélos ne pourraient pas se croiser, une sorte de western français. Pas âme qui vive, les rares fermes sont closes. Vive la France !

180 km, face au vent, je suis aussi fatigué qu’après un 250. La distance restante semble surréaliste. Alors on y va !

Joli Château à St Hilaire sur Yerre, mais je n’ai plus le temps de prendre le temps !

Je traverse, avec un peu de fraîcheur, la forêt de Fréteval, dans le Perche, où se court, le soir même, un marathon. Je suis prêt à laisser mon vélo là et courir 42 km si on promet qu’il n’y a pas de vent !

Sans même voir le moindre prêtre, je traverse La Ville aux Clercs.

Je ralentis devant Les Caves, mais on ne me propose rien à boire, il n’y a pas âme qui vive !

Je suis maintenant à Troo, accompagné par le vent, mes bidons sont vides, archi vides après 200 km et 8h de vélo.
Je trouve un restaurateur, unique commerce du village, ouvert, qui, sans un mot malgré mes tentatives, me remplira d’eau fraîche et salvatrice mes 2 bidons.

Je picore un peu de saucisson, et c’est reparti.

Je longe le Loir, le soleil tape maintenant, et je descends 1 bidon à l’heure.

Je vous ai parlé de ce vent qui me fait faire (seulement) 24 km en heure alors que je ne ménage pas ma peine ?

Tréhet, la Chartre sur le Loir, Marçon : minuscules routes perdues et désertes. Le fin fond de la campagne française. Les cimetières sont clos, les bâtisses abandonnées. Pas un arbre à l’horizon. Je consomme trop d’eau, je suis sec. J’attrape 3 pâtes de fruits coup sur coup, je crois que je n’ai plus d’énergie. Déshydraté ? Pas loin.

Je vous ai parlé de ce vent qui pourrait me rendre fou ?

Grimper au dessus de l’A28, avec ce vent, c’est pire que de franchir un col. Ils ont de l’eau par ici ? Je commence à envisager de descendre me ravitailler dans le Loir moi !

247 km, quelque part en raz campagne : 5 min d’arrêt pour avaler goulûment mes derniers saucissons, je crois que j’ai faim. Un Gel aussi, ça peut plus faire de mal à cette heure là, après 10h de roulage !
J’ai bien fait de m’arrêter, car je peux attaquer, un peu plus frais, le mur de Saint Germain d’Arcé.

KM262, mon sauveur apparaît sous la forme d’un joueur de fléchette dans un minuscule troquet désert, seul commerce à des kms à la ronde : il me remplira, d’eau fraîche et minérale mes 2 bidons. J’avais sacrément soif moi.
Il m’annonce 40 km pour Saumur, je commence à y croire.

Mais, vous ai-je parlé du vent ?

Je file au plus cours sur la D767, cet espèce de long ruban d’asphalte de 38 km en direction de Saumur. Dès que je peux, je pose mes coudes sur le guidon : je gagne instantanément entre 1 et 2 km/h. Je pense que des prolongateurs, pour ce genre de sorties, peuvent être bénéfiques.
Quand ça descend, je me mets sur le cadre, afin de soulager mon postérieur meurtri.
Dès que le vent se calme, je file bien au delà des 30 km/h, mais quand le vent revient, je tiens difficilement le 25 à l’heure.
L’apéro est proche alors je pédale gaiement, d’autant plus quand j’aperçois, au loin, le château surplombant la Loire : Saumur en approche.

Heureusement, les bidons sont vides !

Et puis, c’est finalement déjà la fin…

 

 

 

 

J’arrive sur l’Anjou Vintage Vélo avec l’impression d’avoir 400 km dans les pattes.

Pour la récup, c’est facile : l’Anjou et l’Anjou Vintage Vélo sont parfait, avec le forum tonton vélo http://forum.tontonvelo.com/ :

 

 

La trace strava : https://www.strava.com/athletes/6534080

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s