L’Origole 2016 – ça ne rigole pas

Après ma Saintélyon 2015 avalée en 7h30 de pur plaisir, je planifie l’Origole 110 km pour 2016. Cette 10ème édition est une édition spéciale en deux boucles seulement (contre 3 d’habitude) avec un supplément de km pour fêter les 10 ans. Elle se déroule tous les ans, au coeur de la nuit, dans la région du Perray en Yvelines, et a bâti sa réputation sur sa difficulté et les mauvaises conditions (boue, froid etc.). De quoi passer une belle nuit comme je les aime !
Finalement, suite à mon accident cet été sur la Granit Montana, m’empêchant de courir pendant plusieurs mois, je prends au dernier moment un dossard pour le grand trail de 56,3 km et 2000 de d+, pensant que mes 3 séances par semaine le midi de 10km au bois de Boulogne, seraient suffisantes.

Ce samedi 3 décembre au soir, je serai donc au départ au Perray en Yvelines, pour un trail de nuit dans les vaux de cernay avec l’ami Steve. Différent des Monts du Lyonnais, mais réputé bien plus difficile, j’ai hâte de découvrir ce que les traceurs nous réservent.
Les craintes des copains et des forums sur les bourbiers et le froid me font doucement rigoler : la forêt est archi sèche cette année, et les températures sont loin d’être gênantes pour courir, d’autant plus qu’il y a très peu de vent et que le fond de l’air est bien sec.
Malgré une sinusite aigue maxillaire, et sous antibiotiques, je rejoins Steve et Benoit dans le Gymnase du Perray. Nous sommes nombreux (600 ?) à nous élancer pour une plus ou moins longue nuit. Environ 200 sur le 110, de sacrés guerriers, et 400 sur le petit 56, pas si petit que ça, puisqu’il se gagne en plus de 5h (même temps que pour les 72km de la Saintélyon).
Equipement minimaliste, comme à mon habitude, pour environ 6h30 estimée. Le briefing, à 19h15 est inaudible, mais nous permet de discuter avec Steve et Benoit.

Bien placé au départ avec l’ami Steve, nous nous élançons sans chichis dans la zone industrielle, à l’image de la Saintélyon, l’ambiance en moins, juste le temps d’apercevoir mon père, qui tentera de nous suivre comme à son habitude. Le rythme est ultra rapide, nous sommes à 4’30 / km sans réussir à tenir la tête de course, dont certains sur le 110. Les premiers chemins de forêts permettent de réduire le rythme qui reste tout de même élevé compte tenu de la distance… Courir à 2 est très sympathique, nous pouvons discuter et les kilomètres descendent bien.

Les premières côtes, ou raidars, permettent de rattraper les « marcheurs ». Je suis surement parti trop vite, et le paierai plus tard, mais c’est difficile de se raisonner quand on peut suivre… Le manque d’expérience encore !
Très sympa, je discuterai avec quelques coureurs sur cette première partie de trail : j’en profite, car je sais par expérience, que le peloton va vite s’étirer et que je passerai de longues heures seul, à la poursuite du faible halo de lumière de ma Petzl. J’aurai le droit, à plusieurs reprises, à des remarques concernant ma chausse : oui, je sais, les Mizuno Wave rider ne sont pas des chaussures de trail. Néanmoins, les 25 mètres de boue de l’ensemble du parcours ne me semblaient pas nécessité des chaussures qui tapent, à moi qui ait tant besoin d’amorti pour éviter les périostites (dont je semble épargner au lendemain de ces 56 km).

Après une dizaine de km de chemins plus ou moins accidentés avec Steve sur mes talons, une cassure s’opère, et je ne le reverrai plus. J’apprendrai plus tard son abandon à mi course, malade. Les chemins sont de plus en plus rares, et les traceurs s’en sont vraiment donné à coeur joie : le hors piste, ou presque, est omniprésent. Le balisage réfléchissant est suffisant, mais je navigue régulière d’une balise à l’autre sans même essayer de trouver un semblant de chemin. C’est un peu l’aventure, dans 10 cm de feuilles mortes, entre les racines et les pierres que mes pieds ne peuvent pas voir (sic), le lierre s’accrochant aux pieds, les ronces vous griffant, les branches dans la tête. Je passe le 13ème km en 1h10, en 26ème position.
Pour les vététistes, ce trail me fera souvent penser à la Granit montana : un D+ à faire pâlir un montagnard dans une région qui cache bien son jeu, où les traceurs ont décidés que les chemins n’étaient pas les bienvenus, et qu’il serait plus drôle de monter et descendre droit dans la pente.
L’absence de dénivelé important (185 m de point culminant) nous a obligé à monter et descendre des talus sans discontinuer, des descentes souvent archi raides. Je verrai d’ailleurs de nombreuses chutes, le plus souvent sans gravité, et serai bien content d’en être épargné.
Très sympas, je me lasserai au fur et à mesure de tourner en rond, et de voir, parallèle à la trace que j’escalade, les coureurs devant moi me croiser à quelques mètres dans une trace qui redescend. L’impression de tourner en rond, de ne pas avancer, me gagnera petit à petit. Heureusement, certains passages sont de toute beauté, et me rappellent de bons souvenirs à vélo, puisque nous emprunterons, sur de petits distances, des passages bien connus des randos VTT de la vallée de chevreuse, avant de retourner dans nos hors pistes, droit dans les talus !

Mon père, fidèle au poste, sera posté à plusieurs occasions, un des seuls accompagnateurs d’ailleurs dans ces heures fraiches de la nuit, me permettant de noter l’avancement de ma progression. Quand je le croise autour du 20ème kilomètre, après 2h de course effrénée et alors que je suis dans le top 20, je lui fais part de la douleur qui irradie mon pied, suite à un coup franc magistral dans une pierre que je n’avais pas vue. Je claudique néanmoins, mais je sens bien que le déroulé de mon pied droit n’est plus aussi naturel qu’à son habitude.
Le 30ème kilomètre arrive déjà, en 2h52 je suis dans le bon paquet, en 18ème position, avec le top 10. Arrêt rapide pour ne pas se refroidir, juste de quoi boire un coup, je repars, seul pour l’autre moitié des hostilités. Il me faudra un peu de temps pour me remettre dans le rythme et me réchauffer.
Je cours avec 4-5 mecs, je suis plus lent sur le plat, mais fait la liaison dans les côtes et descentes, qui sont toujours aussi nombreuses. Faut bien se les farcir ses 2000 m de D+ en à peine 56 km ! Mon GPS se mettra d’ailleurs souvent en pause, la vitesse d’ascension étant proche du néant !
Peu à peu, je me retrouve tout seul. Je sais que j’ai des compagnons de route quelques centaines de mètres devant, d’autres derrière, mais j’évolue dans l’obscurité et le silence. Certains passages sont plus frais que d’autres, et l’eau dans les bidons que je tiens à la main me glacent les doigts. Ma sinusite se rappelle souvent à moi, avec des douleurs dans les dents. autour de 42ème kilomètres, je décide, après mures réflexions d’en rester là. En effet, ma douleur au pied irradie à chaque impact, et je ne prends plus le plaisir que je viens habituellement chercher sur ce type d’évènement.

Je ne vois plus l’intérêt de passer les 2 voir 3 prochaines heures dans cette forêt, à grimper à travers les arbres, à descendre dans les pierres au risque de me tordre une cheville. Les cuisses sont douloureuses et je m’en veux de m’être lancé dans un trail réputé comme difficile à la légère, avec un entrainement de cap très léger, et aucune sortie de plus de 12 bornes au cours des 2 derniers mois ; je manque cruellement de kilomètres dans les jambes. Ne voulant pas en faire un mauvais souvenir, et être finisher n’étant pas, pour moi, une fin en soit, ma décision devient vite irrévocable, et c’est le coeur léger que je trottine jusqu’à la dernière barrière horaire et contrôle du 45ème kilomètres que j’atteins en 5h18 et 21ème position. On m’annonce 12 km de l’arrivée.
Les bénévoles me félicitent pour mon classement, et mon père n’étant pour une fois pas là, je décide, en marchant, de le rejoindre jusqu’à la prochaine route. S’en suit 5 kilomètres d’une longueur extrême et d’une technicité qui ne me fait plus rire. Mais, sachant que dans quelques kilomètres tout au plus, je serai dans une voiture chaude, j’avance, en marchant, presque en sifflotant, remerciant les 2-3 coureurs me dépassant et me souhaitant bon courage. J’ai beau marcher, je ne me fait que très peu doubler, ce qui m’étonne au plus haut point. Je suis à sec, plus rien à boire, et c’est une raison supplémentaire pour ne pas courir, et éviter de « trop » me déshydrater. Nous étions nombreux à être à sec : en effet, les km 30 à 45 étaient vraiment très techniques, avec du vrai gros D+ inside, consommant alors beaucoup d’eau et d’énergie. Ma gourde de crème de marrons me fait tenir et me réchauffe le coeur alors que le paysage alentours blanchit à vue d’oeil, les températures devant être bien sous les 0 degré.

J’arrive enfin à Aufargis, où deux bénévoles font la circulation, mais toujours pas de Papa en vue. Mince. « Comment on fait pour abandonner ? », demandais-je ? Ma voix devait être un peu trop enjouée, et le rythme trop élevé pour que les gentils bénévoles me prennent au sérieux. Ils me disent que je suis dans les 25 et qu’il ne reste que 7 kms, non vraiment ça serait dommage d’abandonner maintenant surtout, qu’il faudra attendre longtemps. Par la route il reste « 3 – 4 kms » pour l’arrivée. N’étant plus à 3 bornes prêt, autant finir et aller chercher ma polaire. A 57 euros l’inscription, j’y ai bien le droit.
Je repars donc, marchant plus (beaucoup plus) que je ne trottine pour passer la barre des 50 km et me diriger vers la délivrance. Evidemment, il reste encore de sacrés côtes, et descentes associés, mais j’ai mis un buff sur mes oreilles, diminué la luminosité de ma lampe au minimum : j’ai alors l’impression d’être dans un nuage, en dehors du temps, à flotter entre les arbres, d’un balise à une autre. Je me ferai beaucoup doubler, par une petite dizaine de coureurs dont la 1ère féminime.
En arrivant à la dernière route de ce parcours forestier, je vois enfin mon père. Il m’explique alors qu’il a pris en charge le 3ème de la course, qui a décidé d’abandonner, manque de plaisir.  Finalement, cet abandon me permettra d’être finisheur, n’ayant pas eu d’autre solution que de continuer d’une route à l’autre en espérant trouver une voiture pour me mettre au chaud. On m’annonce alors 4km pour l’arrivée. En marchant, j’en ai pour 45 min. On va viser les 25-30 min, et sans plaisir, mais sans mal non plus, je me dirige vers la zone industrielle du Perray. 2km, puis 1, ça sent l’arrivée et le bon repas chaud.
Je passerai la ligne sans émotions, et sans ambiance, au fin fond de la nuit, après 6h49 de course, en 32 ème position sur 435 partants et 271 finisheurs soit 62% de finisheurs sur le 56km.
Sur le 110 km, 171 finisheurs sur 347 partants (49%) : un grand bravo à eux.

resultats origole 2016

resultats origole 2016

Je me dirige rapidement vers le ravito pour refaire les niveaux, boire boire boire. Hélas, en dehors d’un verre (oui un verre) de pâtes, le ravito est léger. Je suis admiratif devant les 110 bornars, qui se préparent à repartir pour un deuxième tour, et suis moi, bien heureux de rejoindre mon lit, pour une fin de nuit bien méritée.
Il me faudra finalement faire un séjour aux urgences pour constater que j’ai effectuer les 46 derniers kilomètres avec l’orteil fissuré. Les mauvaises sensations venaient donc de là !

Les résultats : http://ipf-oxybol-pp.cognix-systems.net/detail-de-la-course.php?crs_id=66

Equipement

1 veste Salomon Active Gore Tex
1 T-Shirt ML Aerofit Décathlon
1 buff
1 short trail Kalenji
1 boxer Dim en Lycra
1 paires de chaussettes de compression Kalenji
1 paire de Mizuno Wave Rider 19
1 Petzl Tikka RXP +, 1 gant flask salomon de 500ml d’eau (merci Steve), 1 bidon de 600ml d’eau sucrée, 2 gels ( 1 consommé), 1 barre énergétique, 1 gourde de crème de marrons (consommée), 1 sifflet, 1 couverture de survie avec informations importantes, 1 paquet de mouchoirs, 1 téléphone Sony Xperia étanche, 1 batterie portative de secours avec câble

Les +
Un vrai parcours d’homme, technique
Des bénévoles à tous les croisements, dans la nuit
Très bon balisage réfléchissant

Les –
Le prix au regard des prestations
Un parcours peu accessible au commun des mortels.
L’absence de repas à l’arrivée.

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3 réflexions au sujet de « L’Origole 2016 – ça ne rigole pas »

  1. Hervé

    L’abandon se refuse à toi :-). Sacré épreuve et bravo pour cette très belle performance malgré l’handicap. Bon rétablissement David.

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Il faut croire que je suis voué à être finisheur, c’est pas faute d’essayer ! Merci Hervé, normalement, je peux reprendre rapidement le vélo !

      Répondre
  2. Le père !

    Le père contrit de ne pas avoir été là ou on l’attendait …. mais grace à cela, « Finisher » et à une très très belle 32e place compte tenu de la blessure.
    Donc un grand Bravo, admiratif sur ta volonté comme d’hab !

    Répondre

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