Alpsman Xtrem Triathlon 1ère Edition

Dans le microcosme triathlétique, l’Alpsman a beaucoup fait parler de lui : annoncé en 2015, ce nouveau triathlon se veut « extrême » et reprend les codes des grands triathlons que sont le Norseman, le Swissman ou encore le Celtman. Je suis donc aller voir ce que ce triathlon français, concurrent de l’Embrunman et de l’Altriman, pouvait proposer au coeur de nos Alpes, au Lac d’Annecy. 

Les chiffres sont à la hauteur d’une communication agressive : une natation intégralement de nuit pour cause de date tardive (1er octobre 2016), un vélo de 183km et 4300 mètres de D+ et un marathon en deux parties : une première de 27 km, roulante jusqu’au fameux « Tournant » : si les coureurs arrivent avant 18h (soit 12h de course) à cet endroit, ils obtiennent le droit de monter au Semnoz (15 km / 1300 mètres de D+) et devenir Top Finishers, les autres finiront leur marathon au bord du magnifique Lac d’Annecy afin de devenir Lake Finishers.
Tous les éléments sont donc réunis pour en faire le triathlon XXL (distance Ironman) le plus difficile de France, et compter dans le top classement des épreuves Européennes.
L’agence Links qui pilote la communication de l’épreuve ne s’y est pas trompée et surf allègrement  sur cette vague.

Dans mon cas, la saison est stoppée nette le 12 juin 2016 avec une chute sur le raid marathon VTT Granit  Montana. Je finirais cette course au mental (merci Damien !) avec un écrasement des cartilages du genou. S’en suivent 3 semaines d’immobilisation totale, 5 cm de tour de cuisse perdu avant que je sois pris en charge, fin juillet, par des kinés. Je peux donc nager le crawl et faire du vélo avec parcimonie. Je fais donc une seule sortie longue à vélo (Paris – Deauville à rythme cool) et du vélotaf régulièrement afin de re donner de la flexion à mon genou.
Courant août, les douleurs s’estompent et je reprends les footings (pas la course à pieds !) et peut même monter un peu sur le vélo. Le dénivelé m’est toujours prohibé. Tout s’améliore au mois de septembre et je fais des grands progrès, les douleurs disparaissent quasiment totalement et il ne me manque plus que 2cm de tour de cuisse.
N’ayant rien pu faire de l’été, et ne voulant pas louper une première édition qui s’annonce mythique, je m’inscris alors qu’il ne reste que 6 dossards en jeu, le mardi, pour une épreuve le samedi. Le prix est de 350€ + 10€ de frais, ce qui n’est pas donné pour une première édition, comparé aux tarifications Embrunman ou mieux, Altriman. Le prix de 2017 est identique, puisque les inscriptions sont déjà ouvertes pour le weekend du 10 juin.
Je n’ai donc rien préparé, mais au moins j’arrive avec la fraîcheur, l’absence de stress et d’objectif.
Pas d’objectif ? Enfin si quand même : n’avoir aucun regret quand 18h sonnera et être sûr que j’aurai fait le maximum pour passer cette satanée barrière horaire.

J-1

zamora alpsman

zamora alpsman

Vendredi, c’est la journée « course » avant la course : la route entre Paris et Annecy (St Jorioz pour être précis) se fait bien, mais le planning est minuté. Sur place à 16h, après avoir serré la main de Zamora, partenaire de l’épreuve (je le reconnais maintenant que j’ai fait quelques bornes dans ses baskets  sur l’Embrunman 2015) il faut récupérer le « sac de bienvenue » sur le salon mis en place pour l’Alpsman et mutualisé pour la Cyclo Scott en Cimes, qui s’effectue sur le même parcours vélo, mais le lendemain à savoir le dimanche et permet de rationaliser de nombreux coûts.

salon alpsman

salon alpsman

Nous sommes gâtés pour cette première édition : l’Alpsman porté notamment par Ludovic Valentin, a su attirer de nombreux sponsors tels que Jacuzzi (qui offre un magnifique Jacuzzi au vainqueur, et en met à notre disposition sur l’aire d’arrivée), Compressport, Powerbar, Evian, etc.
Notre sac richement garni de produits de ces marques avec une mention spéciale pour le maillot Compressport TR3 Aéro aux couleurs de l’AlpsMan.

dossard alpsman

dossard alpsman

J’hérite du dossard 116 sur 127, et file au bord du lac voir le minuscule parc à vélo. Pour cette première édition, il n’est pas obligatoire de laisser le vélo et on peut le déposer le lendemain matin, option que je retiens. Je profite un peu du soleil au bord du magnifique lac.
Il faut vite aller récupérer notre chalet à Sévrier avec vue sur le lac, pour préparer les 7 sacs de transitions prévus :
–   Pour le bateau : celui là permettra de laisser les affaires inutiles une fois à l’eau (chaussures etc.)
– T1 : classique
– Lacheraines : nous y passons deux fois à vélo. J’y mets un kway en prévision de la pluie annoncée, du matériel de réparation, et du saucisson
– T2 : classique
– Le tournant : nous y passons lors des 3 tours de CAP et avant de monter au Semnoz pour ceux qui pourront. Il faut y laisser sa frontale. J’y ajoute une veste Gore Tex, un T-shirt sec, une paire de chaussettes, des saucissons, 1 gel
– Col de Leschaux : avant d’attaquer les 1000 de D+ pour atteindre le Semnoz. J’y laisse un T-shirt sec
– Arrivée Semnoz : Il fait froid là haut et j’y mets donc une polaire, des chaussettes, de la St Yorre, des mouchoirs, de quoi grignotter
– Arrivée Lac : je ne prévois pas ce sac, par superstition.

derniers-preparatifs-alpsman

lac-annecyAvec tout ça, il est presque 19h, l’heure du briefing. Précis, mais manquant un peu de structure, celui-ci reprend majoritairement ce que l’on peut trouver dans le règlement. Un poil long (ou trop tardif), nous sommes pressés d’attaquer la Pasta Party est finir de nous préparer pour enfin nous reposer. Cette dernière, classique, est vite avalée.

briefing alpsman

briefing alpsman

Les 127 concurrents présents sont composés de 20 étrangers, 10 femmes. Nous sommes 10% à avoir moins de 30 ans, ce qui montre que pour se lancer dans ce genre d’aventures, l’expérience est primordiale (sans oublier les coûts).
Je suis agréablement surpris par les profils. Pour une fois, je ne suis pas le seul en Jeans – t-shirt de ville. Il y a évidemment le lot de t-shirts finishers (Evergreen, Embrunman, Swissman, …), de tenus absolument immettables de clubs, de chaussettes de compressions et autres, mais aussi, des gens « normaux ». Ouf.

Aujourd’hui, c’est Alpsman

Je passerai sur cette dernière nuit où le sommeil ne veut pas vous rejoindre et j’arrive à 4h45 au parc à vélo pour un embarquement sur le « Libellule » à 5h.

parc à vélo alpsman

parc à vélo alpsman

Il faut déposer le vélo, organiser sa chaise, déposer les sacs T1 et T2 dans une tente prévue à cet effet (bien que dans les derniers, je trouve une petite place près de la sortie), et les sacs de ravitos perso auprès du sieur Patrick, une sorte de Big Peuf (sur un plan charisme) version Alpsman.
Cette fois, aucune « effervescence silencieuse » comme j’ai pu le vivre sur d’autres épreuves. Le départ est encore loin, dans une heure, et nous aurons le temps de nous concentrer dans le bateau chauffé. Ça discute, ça s’interpelle, ça s’embrasse, ça grelotte, ça fait des selfies, ça se raconte ses faits de guerres… Dans ma tête, je rigole : « Rigolez, rigolez, on fera moins les malins dans ce lac noir tout à l’heure ! ».

bateau alpsman

bateau alpsman

On embarque lentement sur le bateau : nous avons le droit à un accompagnateur par personne ce qui permet de partager ces moments exceptionnels. Je suis évidemment le seul à commencer mon petit déj (Gateau sport) et boire mon bidon de malto. Ils sont déjà tous en tenue, la plupart ont même déjà le bonnet et les lunettes !

gateau sport alpsman

gateau sport alpsman

La traversée en bateau est très agréable, avec musique. La rotonde vitrée, à l’avant du bateau, est exclusivement réservée aux concurrents et cela nous permet de voir… RIEN. Les 3 bouées lumineuses (1 par km) sont invisibles ou presque, et on aperçoit le contour des blocs rocheux le long d’une eau bien noire. Étonnamment, je ne stresse absolument pas, attendant juste impatiemment l’heure, puisque de toute façon, la course commence sur le vélo pour moi.

bateau attente departQuelques minutes avant 6h, une haie d’honneur se met en place dans le bateau : les caméras sont là, les flashs crépitent, « Requiem for a Dream » résonne. La musique fait échos avec les applaudissements soutenus. Patrick nous tape dans les mains (future mascotte !) et nous nous avançons lentement mais surement sur l’arrière du bateau. J’entends les premiers ploufs caractéristiques. Je me pose une seule question : est ce que je saute avec ou sans les lunettes !!! Chacun ses problèmes hein. Mon tour arrive plus vite que prévu, certains se poussant sur le côté au dernier moment pour retarder le début de la journée. Je suis le mouvement et me retrouve en 2 temps 1 mouvement au fond du lac. Elle est bonne et je n’ai pas perdu mes lunettes !

le grand saut alpsman

le grand saut alpsman

Il est 6h, nous aurons donc quelques minutes de retard. Je me dirige sur la ligne de départ où m’attendent déjà de nombreux autres concurrents : je nage d’abord sur le dos pour regarder le bateau s’éloigner, puis en brasse et enfin, après un petit temps d’acclimatation, en crawl. Parfait pour s’échauffer et être prêt au départ.
C’est un peu long. Un bruit court comme quoi nous avons pieds. Je tends les jambes et… Ah oui ! Marrant car nous sommes vraiment au milieu de rien !

à l'eau alpsman

à l’eau alpsman

Natation

6h08, comme convenu, 3 coups de corne de brune. Le départ sera donc lancé dans 2 min maintenant. Je regarde autour de moi. On vit un truc, j’en suis persuadé. Pas besoin de vous préciser que l’on ne voit pas à 20m devant, et encore moins les bouées que l’on est censé viser. Tout le monde à le doigt sur sa montre GPS.
Longue corne de brune. J’appuis moi aussi sur ma montre, une grande inspiration, la tête dans l’eau, et je crawl directement en trois mouvements. ça part vite, très vite autour de moi. Comme nous ne sommes pas nombreux, tout se passe super bien, un bonheur. Je ne veux faire que des premières éditions moi !
Je nage non stop, sans lever la tête, je vois des nageurs à quelques encablures quand je prends ma respiration donc tout va bien. A 500m, une bouée Redbull non éclairée comme prévu, je la passe à droite à 5 cm, je suis parfaitement sur le parcours. Je suis maintenant totalement seul dans la nuit noire, je n’entends rien et ne vois aucun bonnet bleu quand je sors la tête de l’eau.
Je nage une éternité sans m’arrêter. Enfin, une bouée lumineuse que je passe encore une fois à droite comme prévu. Elle a été très longue à venir celle là. Je m’arrête pour regarder ma montre avec une Allemande à ma gauche : je lui lance « Half an hour ». En fait ça fait même déjà 35 min que j’ai lancé le chrono, je devrais déjà avoir fait près de deux kms, que se passe-t-il ?
Ensuite, l’obscurité s’estompe et je m’aperçois que je suis totalement seul. Je ne vois même pas les kayaks ou paddles (ils étaient huit apparemment). Je sais, pour en avoir discuté sur le vélo avec d’autres concurrents, que je ne suis pas le seul à m’être retrouvé totalement seul). Au tout début, je les voyais avec la tête de course, mais maintenant, je ne vois que les lumières des villages qui longent le grand Lac d’Annecy, et je n’ai absolument aucune idée des distances et des directions.
Comme jusqu’à présent j’ai nagé très droit, je ne panique pas et continue mais en tirant plus fort sur les bras, car je n’ai pas prévu de passer 1h30 dans ce lac moi !
Sans que je m’en rende compte, le vent s’est levé, et les vagues m’empêchent d’apercevoir l’horizon. Il n’y a pas de panique puisqu’au pire en 20-30 min j’estime pouvoir rejoindre un bord du lac, mais une grande déception de perdre du temps et certainement la possibilité de monter au Semnoz.
L’organisation a fait amende honorable sur cette histoire : ils n’avaient pas réalisés la complexité de la natation de nuit, et le dispositif en place était loin, très loin, d’être suffisant. Les bouées se sont envolées, donc nous pouvions toujours les chercher ! Et nous n’avions aucun repère visuel. Certains, et je ne les blâme pas, couperont directement vers la plage (éclairée par le bateau revenu à quai entre temps). Ils sont ainsi une quarantaine de concurrents à avoir clairement coupés, souvent sans le savoir, (ils n’arrivaient pas du bon côté de la plage) et nous apprendront plus tard qu’ils écoperont d’une pénalité de 20 minutes.
Pour ma part, je continue à chercher cette foutue dernière bouée (entre temps j’ai passé la deuxième lumineuse qui indique les 2 kms). Sauf qu’en réalité, celle que je crois être la deuxième, est la troisième ! Je ne le découvrirai que plus tard. Je nage donc sans le savoir, hors parcours jusqu’à ce j’aperçoive deux nageurs arriver sur ma droite ! Eux sont aller chercher la troisième bouée plus à droite, et tirent maintenant tout droit jusqu’à la plage. J’en arrête un : « Excuse moi, je suis complètement perdu, c’est par où ? ». Il me rassure et m’indique les lumières du bateau et me dit qu’il faut les viser. Je réalise alors que je fais des détours depuis un petit bout de temps. Rassuré, je me remets à nager comme un damné, mais face au vent cette fois vers la plage, à m’en arracher les bras. Je profite néanmoins du magnifique levé de soleil sur les montagnes sur la droite.

Je sors enfin de l’eau et vois plusieurs concurrents très énervés indiquant qu’ils se sont perdus. Je passe en courant vers le parc à vélo (on me demande alors mon numéro de dossard ce qui aura son importance plus tard). Je regarde ma montre : 7h28 ! Le coup de massue est important : c’est l’heure à laquelle je devais enfourcher mon vélo pour espérer passer le tournant. Je n’ai plus une seule minute de marge, quelle galère !
Le parc à vélo est bien vide, et je sens bien les 4300 m de natation dans les bras parcourus en 1H20.

lever de soleil alpsman

lever de soleil alpsman

Dans la tente, à T1, alors que je me change, chacun y va de son anecdote sur cette natation épique que l’on sait déjà être dans les annales (un peu à la sauce Altriman 2015) et certains ont des distances phénoménales, proches des 5000 mètres, quand d’autres ont péniblement 3000 mètres.

Vélo

Après avoir enfilé 2 T-shirts, une peau de chamois, un short, une paire de chaussettes et mes chaussures de vélo, je mets mes lunettes dans une poche, idem avec les manchettes, je clipse le casque et le dossard et c’est parti pour 8h tout rond de vélo estimé.

lac-annecy-alpsmanLe vélo, c’est un morceau de bravoure, une étape digne du tour de France, avec 183km et 4300 de D+. Plus dur qu’Embrun que je parcours en 7h15, il est plus facile sur le papier que l’Altriman que je parcours en 8h30. Néanmoins, c’est un parcours sans phase de repose, où nous sommes en prise tout le temps, en altitude. Je suis certes peu entraîné, mais je l’ai trouvé usant moralement, et j’ai dû passer plus de 75% du temps sur mon plateau de 34.
On commence avec une ascension du Semnoz, via le col de Leschaux que nous verrons plusieurs fois aujourd’hui, splendide mais roulante avec la lumière qui apparaît en prime. Les paysages se découvrent et on en prend vraiment plein les yeux. Je double énormément, faut dire que je suis pas sorti devant en natation avec toutes ces histoires. Je mouline à qui mieux mieux, sachant pertinemment que je n’ai pas le kilométrage dans les jambes pour ce genre de journée (une seule sortie longue à vélo depuis fin mai !) et surtout, aucun col gravi depuis l’Isoard lors de l’Embrunman 2015, il y a plus d’un an. Mais je ne peux pas aller moins vite que lentement, et enroule donc chaque virage au mieux, à une cadence comprise entre 80 et 85 rpm que je surveille (ne jamais rien tenter en course), souvent sur le 25 dents, plus régulièrement encore sur le 27.
Leschaux, KM13, je ne regarde pas le ravito : j’ai un bidon surdosé et un bidon vide avec de la poudre pour ne pas être trop lourd.
Km 29, me voilà déjà en haut du Semnoz, que j’espère revoir ce soir. Mais ça paraît tellement haut par rapport au lac, comment peut on monter, à pieds, jusqu’ici après 180 km de vélo ? La vue, relativement dégagée sur les Alpes est époustouflante. Mais hélas, je manque de temps pour contempler longuement.
je profite du replat pour attraper un coupe vent sans manches enroulé autour de mon guidon et tel un acrobate, l’enfile sans m’arrêter (ne jamais rien tenter en course). Je choppe un verre de cola (marque Carrefour) ayant mal au ventre et ne pouvant rien avaler d’autre. J’ai doublé une bonne vingtaine de concurrents dans l’ascension.
Je peux maintenant mettre du braquet pour attaquer la descente sur mon 50-11.
{Chers concurrents, si vous avez entendu le dossard 116 hurler dans cette descente, c’était de plaisir !}
J’ai du retard sur ma feuille de route approximative (la barrière horaire) et m’emploie donc très franchement dans ces 15 kms de descente. Près de 60 km/H de moyenne sur certaines portions, des pointes à 90 km/H, 2 voitures dépassées, et encore quelques cyclistes mis derrière, j’ai la banane à défaut d’en avoir à manger.
Après Quintal, la seule partie roulante du parcours : quelques kms avant le ravito de Lacheraines, KM58. J’ai pas les jambes à cause de se bidon ballonné. Ai-je bu l’eau du lac ? Le stress ? Le Malto du matin (ne jamais rien tenter en course) ? Déshydratation ? Le problème c’est que rien ne passe et je n’ai ni mangé ni bu en dehors du verre de cola en haut du Semnoz.
Je ne suis clairement pas un rouleur et deux trois cyclistes reviennent sur moi. Avec leur prolongateurs, je les sens beaucoup plus facile et dois m’employer pour les suivre (à distance réglementaires, les motos veillent).

A Lacheraines je remplis mon deuxième bidon bien que le premier soit à peine entamé, attrape des chips et un verre de cola (mais où sont le saucisson, le fromage, les barres énergétiques, les gels, qui me semblaient indiqués dans le règlement ? Comment va t-on tenir sans manger ? Je n’ai rien prévu moi !). Je garde jalousement mon unique gel « de secours » pour le moment où ça n’ira plus car j’ai l’impression de ne pas pouvoir compter sur les ravitos.

J’attaque le col de plainpalais, deuxième de la journée, à rythme constant. Je me fais doubler alors par Verena, deuxième féminine, que je verrai plusieurs fois pendant la course et surtout par un impressionnant Cédric Jacquot, très facile, qui attaque sa remontée magique vers la première place (preuve que j’ai bien roulé jusque là) et que je reverrai sur le marathon. Il me mettra une heure sur le vélo, ce quinzième de l’Embrunman.
Une demi heure plus tard, au sommet, après un verre de cola, j’attaque la descente, à tombeaux ouverts, vers le col des Près. Il paraît que celui là est difficile. C’est très perturbant, car les 2-3 premiers kms de ce col sont à profil descendants, mais ensuite ça grimpe sec. C’est raide, mais pas de quoi être scotché comme dans les Pyrénées. Mais je suis quand même tout à gauche pendant plusieurs dizaines de minutes.
Les places sont figées maintenant, j’aperçois toujours les mêmes coureurs, parfois devant, parfois derrières, au grès des ravitos et appétences de chacun.
Ce col est long, et moralement difficile car on sait qu’on y repasse. J’ai près de 80 bornes dans les pattes, et suis un peu dans le dur. Je vois d’ailleurs Antoine, revenir vers moi alors que je l’ai dépassé au col de Leschaux.
Dans la descente suivante, nous arrivons à une intersection : 1er tour direction Lacheraines pour refaire le Col de plainpalais puis des Près, 2ème tour, direction le col de Leschaux.
Je file donc vers Lacheraines. Il ne pleut pas encore donc laisse mon kway dans mon ravito perso mais attrape  du saucisson que je partage avec un concurrent qui entame seulement son premier tour. Un verre de cola plus tard, à l’attaque.
Je monte ce deuxième col de plainpalais en moulinant encore plus, et le fait de prendre mon gel de secours et de me forcer à finir mon premier bidon me permet de faire disparaître ma douleur au ventre.
Au sommet, arrêt pour faire les niveaux, je ne remplis pas mon premier bidon maintenant vide, mais salue la famille accompagnatrice d’Antoine qui me dépasse à ce ravito. Je ne le sais pas encore, mais nous nous suivrons beaucoup sur la fin de cette épreuve.
Nous calculons tous, on ne parle que de ça d’ailleurs, et bien que nous soyons dans les 20, nous ne sommes pas sûrs de passer le cut off de 18h (reporté à 18h10 car nous sommes partis à 6h10). Je ne cesse de calculer, parfois ça passe, souvent ça ne passe pas.
Le deuxième col des Près passe beaucoup mieux, j’essaie de ne pas lâcher le 69 qui emmène gros. La pluie s’invite comme prévu à la fête, mais je ne coupe pas avant le sommet.
Arrêt au sommet pour mettre un coupe vent et boire du cola (Ah non, y’en a plus…), enfiler des lunettes et attaquer la fin du parcours.
La pluie devient diluvienne à 14h, et plus le temps passe plus le Semnoz s’éloigne. Nous roulons à 3-4 de concerts (sans drafting). J’appuis fermement  sur les pédales, je ne veux avoir aucun regret. Je descends petit à petit mon deuxième bidon de la journée. J’appuis sans cesse, si bien que je prends souvent de l’avance dans les côtes. Car oui, nous avons déjà franchis 5 cols, mais avant d’attendre le col de Leschaux il faut encore monter.
Sur les parties roulantes je me fais à chaque fois reprendre.
Obligé de m’arrêter avant le col de Leschaux avec Antoine car les vaches barrent la route.
Il pleut, on grelotte, on s’arrête plus aux ravitos, il fait trop froid. Je suis tellement trempé. Embrun 2015 en pire car il fait froid. A croire que je suis abonné aux éditions compliquées. Mais j’ai tellement froid que je veux rentrer au plus vite sur Annecy. Je n’ai pas le choix. Alors on en remet encore une couche avec Antoine, il est solide. Les freinages sont de plus en plus longs, on utilise toute la route. On passe Leschaux en trombes sans un regard pour les cyclistes qui abandonnent.

conditions extremes pour les accompagnateurs
La dernière descente ? Interdite au moins de 18 ans. Je tremble de tout mon corps, mes trajectoires sont mal assurées. Je n’arrive plus à attraper mon bidon, mes doigts sont surgelés. On ne voit rien, Les gerbes d’eau se mélangent à la pluie. Les freinages sont de plus en plus aléatoires. Antoine fait la descente, je ne peux que suivre en espérant qu’il ne tombe pas, car je ne pourrai pas m’arrêter. Puis finalement, tout se fini bien, nous arrivons en trombes du côté de St Jorioz. J’ai déconnecté le cerveau depuis un bout de temps et mes coups de pédales sont rageurs. Je ne suis pas venu pour le froid et la pluie, je suis venu pour les paysages et le défi.
Je ne relâche pas la pression et fonce me réfugier sous la tente de transition. Je suis enfin dans les temps, nous avons rattrapé notre retard, si je suis encore capable de courir, ça peut le faire.

Il est 15h15, 183 km et 4300 m de D+ avalé en 7h45 tout rond. Rude.

Nous sommes 4-5 dans la tente de transition : une armée de zombie bleus. Personne n’a vraiment envie de retourner sous la pluie.
On nous propose de l’aide, même le speakeur est là. Il nous raconte. La natation épique. Les abandons à vélo à cause du froid. Il nous rassure : « les gars, courrez à 10,5 km/h et ça va le faire, vous avez jusqu’à 18h10 ». En attendant il pleut.
On nous explique que 40 coureurs (1 tiers) vont écoper d’une pénalité de 20 min pour avoir coupé la natation. Quoi ? Je suis inquiet, je n’ai pas trouvé toutes les bouées malgré mes 4,3 kms de nage. Je calcule : il faut donc, pour assurer, que je passe le tournant du 27ème km avant 17h50 pour assurer ma montée au cas où.
Chaussures et chaussettes sèches, je change le bas, mais garde mes trois épaisseurs en haut : j’ai un t-shirt et une veste sèche au tournant, à 3km de là.

Je me lève et miracle : je n’ai mal nul part. Alors on y va !

Course à pied.

cap alpsman 1er tourJe tremble comme un damné et j’ai beaucoup de mal à boire mon cola et attraper un tuc. Mais il faut y aller, sous la flotte. 3km pour se mettre dans le rythme autour de 5’15 / km dans la boue et les flaques. Je me perds un peu, n’arrive pas par le bon chemin au tournant mais récupère mon bracelet vert : je repasse encore 2 fois ici et j’ai le droit de monter.
Je me fait alors doubler par Cédric Jacquot qui entame son dernier tour, il est 16h, il est facile, je le laisse filer.
Antoine me dépasse à gros rythme aussi, je n’essaie pas de la suivre, toujours encouragé par son frère et ses proches sur le bord de la route.
La pluie diminue puis cesse. Je commence à être vraiment bien, je déroule sans difficulté, un verre de cola au parc à vélo avec 11 km dans les pattes : je calcule avec les bénévoles qui me rassurent : pour 18h10 ça va passer tout juste. Sauf que par bêtise, car je ne suis pas concerné, je veux arriver à 17H50.
3km de trail, et je débarque au tournant pour récupérer mon deuxième bracelet, et hausse maintenant sérieusement le rythme avec le retour du soleil. Je me réchauffe enfin et sèche un peu.
Deuxième tout très concentré, rythme constant, je ne profite pas, je cavale.
cap alpsman sans fléchirJ’arrive au parc à vélo avec maintenant 16 km au compteur : ils sont surpris de déjà me voir : il est 16h50, pour eux c’est joué, mais moi, toujours aussi bêtement, j’ai une horloge dans la tête qui sonne à 17h50.
Je repars pour 3km de trail vers le fameux tournant où la foule commence à s’amasser. Ils sont 5 à avoir pris la route du Semnoz.
J’hausse encore le rythme, double quelques mecs, mais tout le monde court non stop : le plateau est relevé, ils sont vraiment solides les mecs sur cet Alpsman, c’est beau. Je cours à plus de 12km/h, sans douleurs.
Je commence à vraiment profiter le long du lac, à regarder une dernière fois les montagnes. J’en encourage un ou deux, car ils vont eux aussi aller au Semnoz. Je me fais moi même encourager par des mecs qui savent qu’ils ne monteront pas.
Je discute 1 min avec Verena, que je rattrape enfin : elle est dans le dure, mais c’est une guerrière, elle va le faire.

le tournant alpsman

le tournant alpsman

Au parc à vélo, je remercie les bénévoles : il est 17h34, je vais monter !
Je fonce encore pendant 3 kms, toujours cette horloge de 17h50 et j’arrive à 17h49 au tournant, le doigt pointant le Semnoz : je vais monter !
Les bénévoles nous prennent en charge : je change de chaussettes, met un t-shirt sec, une gore tex autour de la taille, et la frontale autour de la tête. Antoine s’attaque au monstre, je pars 2 min derrière lui à 18h.
Il me faudra presque 3h pour aller en haut.

a-la-poursuite-du-black-tshirt-alpsman

C’est difficile de repartir : j’ai fait une longue pause et j’ai couru toute l’après midi pour avoir le droit de monter. Maintenant que je suis là, il faut aller se battre pour chercher le t-shirt noir, ce n’est pas encore gagné.
Au début on peut courir, mais très vite, le chemin monte. Les gars devant moi marchent. Je tente de trottiner. Je double Verena qui m’a repassé au Tournant : elle marchera jusqu’en haut sans faiblir. On parle un peu des ravitos trop légers, de la natation. Les risques d’une première édition.
Dès que je peux, je cours dans cette première heure d’ascension. Ce qui est rageant c’est que tout ce qu’on monte on le redescend. Des vrais chemins boueux, empierrés, raids. Du trail en somme. J’aperçois toujours Antoine au loin, mais ne peux pas le rattraper.
Ravito au km 30, ça déroule bien, j’enchaîne jusqu’au point d’eau d’Entredozont. ça fait déjà de nombreuses minutes que les cotes sont  telles que je ne peux plus du tout courir. J’ai besoin de manger un gel, mais j’en ai qu’un donc je prends des chips et du cola à la place. Le frère d’Antoine m’accompagne jusqu’à la route en direction du col de Leschaux : ce qui me permet de lui demander d’envoyer un texto à mon accompagnatrice de choc : il est 19h pile, je suis au 35ème kilomètres, je marche, tout va bien.
2 km de goudron pour le col de Leschaux et ensuite, l’ascension finale. Je ne suis plus qu’à 9km/h sur ces 2 kms, mais continue à courir car je sais que sinon le temps sera trop long. J’arrive à Leschaux, en bout de course, je n’ai qu’un t-shirt dans mon ravito perso, ce qui ne me sert à rien. Je bois du cola, allume ma frontale et repars bien vite, seul, à l’attaque de la montagne.
la nuit tombe alpsmanLa nuit tombe en quelques instants. Et je croise alors mon futur Sauveur, Stéphane. Membre du staff, il sécurise les 4 km d’ascension et 600 m de D+, il fera l’intégralité de cette partie avec moi, à discuter. C’est pentu, glissant, bourré de cailloux en tout genre. Je n’avance pas, je le sens bien, mais je ne peux rien y faire. Je sais que j’irai en haut, je n’ai aucun doute là dessus, mais en combien de temps ?
Malgré nos discussions très sympathiques, je m’éteins à petit feu. Plus de carburant. Je me fais doubler par 3 types très solides, je ne peux rien faire, ils courent presque quand je rampe presque ! Alors Stéphane me raconte la suite, m’aide à calculer. « Encore 30 min, puis 45 min pour les 2 derniers kms et tu es en haut, tu fais du 600 m heure, c’est bien ! »
A force d’insister, Stéphane réussi à me faire prendre mon gel et à boire un peu.
J’arrive enfin au dernier ravito : je suis acclamé, accueilli en héro ! Ils étaient inquiets car j’ai mis énormément de temps entre le 37ème et le 40ème km, environ 1h15 ! Ils sont aux petits soins, le verre de cola dans une main, le paquet  de chips dans l’autre, tout va beaucoup mieux !
Verena me dépasse alors sans un regard pour le ravito, suivie par Vincent.
Je lâche tout, les remercie vivement (je repasserai même en voiture en redescendant), et rattrape bien vite Vincent. Je vais mieux. Je me mets dans ses jambes. Le parcours est découvert maintenant. C’est boueux, il pleut, il nous reste 2km et 400 de D+. Très vite, on parle, de tout de rien. Le temps passe beaucoup plus vite et on partage ensemble cette expérience mythique.
On voit enfin le chalet, puis, tout en haut, l’arche éclairée de l’arrivée. Encore 100 de D+ mais ça paraît au bout du bras. Je me retourne, nous ne serons pas rejoint, on peut profiter.
Vincent se remet à trottiner : il a raison finalement ça le fait et on arrivera plus vite. Je lui laisse prendre quelques mètres d’avance dans la dernière bosse, on doit chacun vivre sa propre arrivée et j’ai été dans ces jambes non stop.
Il passe l’arche : je m’arrête, coupe ma frontale pour ne pas éblouir tout le monde et 20 secondes plus tard, repars en trottinant : je suis top finisher, accueilli par des bénévoles merveilleux, mon accompagnatrice.
Antoine et sa famille aussi sont là, ils m’ont attendu 30 min (le temps que j’ai perdu sur ces 3kms de misère) pour me féliciter, merci !
Un black t-shirt, une médaille, un ravito, on est pas bien là, dans le noir complet, le vent, la pluie, à plus de 1700 mètres d’altitude un 1er octobre 2016 ?!
Je suis annoncé comme 20ème et 4ème de ma caté (Vincent prend la 3ème place, Antoine la 2ème) mais les classements seront revus plusieurs fois.
Aller, on redescend au lac récupérer nos affaires trempées, boire une bière, manger du saucisson.

top finisher alpsman

top finisher alpsman

Le lendemain à la remise des prix, nous profitons tous de ce moment convivial avant de retourner au travail lundi.
Je suis 18ème en 14h30. Il y avait 127 inscrits, 121 partants, 120 sur le vélo, 34 en haut du Semnoz, 51 au Lac soit 85 finishers de cette première édition !
Il y en aura d’autres car l’équipe de l’Alpsman a su poser les bases solides d’un futur événement majeur. Les 250 bénévoles et l’investissement conséquent des sponsors n’y est pas étranger.
De nombreuses choses sont à revoir (natation, gestion des bidons, ravitos, sécurisation de certaines zones etc.) mais c’est une première édition réussie.

Les résultats Finaux de l’Alpsman 2016

 

Pour voir la vidéo officielle de cette première édition c’est ICI
V
ous y verrez ma tronche à 0’47.

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6 réflexions au sujet de « Alpsman Xtrem Triathlon 1ère Edition »

  1. Antoine

    Merci pour ce super récit David, je revis toutes les émotions de la course en te lisant, j’aurais envie d’y être encore 🙂

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Top, j’essaye de partager un peu ce qu’on a pu vivre ! C’est vrai qu’etonnament, cette journée est passé tellement vite, on a du mal à se rendre compte…

      Répondre
  2. laboule

    Excellent CR, et belle performance, j’espère faire aussi bien le 10 juin. Bravo.
    Maintenant il faut que tu ailles faire l’evergreen, une autre course de fou, superbe.

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci Laboule de m’avoir lu, tu te lances dans une belle aventure !
      Je vois sur ton blog qu’on a le même plaisir à se faire de belles sorties en VTT aussi
      Pour l’evergreen, je dois apprendre à courir à la montagne avant, mais j’y viendrai, c’est sur 🙂

      Répondre

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