Granit Montana Ultime 2016 : Je t’aime, moi non plus

4h en ce dimanche 12 juin 2016 : le réveil sonne mais j’ai le sourire. Mon rhume semble s’être dissipé, je vais pouvoir rejoindre les monts d’Ambazac et sa petite équipe d’irréductibles passionnés du vrai VTT pour une journée mémorable. 72km et 3200 m de D+ au programme, de quoi passer de longues heures de selle dans ce terrain technique mais ludique que j’affectionne tant.

8h sur place, je découvre des monts dans la brume et un terrain humide. C’est une constante cette année : la pluie ne nous laisse aucun répit, les hommes souffrent, les mécaniques couinent. Je file chercher mon package spécial dossard 190 : un bidon de 750, un t-shirt Granit et des échantillons de boisson énergétique. Je croise rapidement JM et Mary, et file me préparer. C’est l’occasion de saluer Damien, avec qui j’ai fait les Démons de Guéret 2 semaines plus tôt : peut-être que l’on roulera encore ensemble, ça nous avait bien réussi.

Je teste le vélo : le jeu de la roue arrière s’est encore aggravé aux Démons, mais c’est sa dernière sortie, sa remplaçante, la Crossmax est arrivée. Ma pédale gauche n’est toujours pas automatique, je la sers au maximum, et nouveauté post Démons : un jeu important dans le boitier de pédalier. J’espère ne pas être handicapé. Quelques sprints, tout passe bien, les jambes sont bonnes, le vélo répond bien, les vitesses passent. Je file à 3 min du départ sur la 2ème ligne, à côté de Damien justement et aperçois Pat et JP : ouf tout le monde est là malgré les mésaventures de ces derniers jours. On discute jusqu’au décompte final, j’enclenche les pédales et au 0 appuie de toutes mes forces sur les pédales : je vise moins de 6h30, et ma place de 26ème en 2015 me laisse penser qu’il faut que je sois bien situé au premier chemin pour être dans le bon groupe. Mais ça, c’était sans le fameux CRAC. Ce crac, c’est le bruit de ma transmission qui décide de me lâcher. Ouf, la chaîne n’est pas cassée, j’entends indistinctement Damien, il faut qu’il file. Je vois des dizaines de vététistes me passer. Je joue de la gâchette pour remettre la chaine sur mon grand plateau, me hisse de nouveau sur mes pédales, et ré appuie de toutes mes forces pour rattraper mes congénères. Re-CRAC. Même constat : tout a sauté. Je retente en appuyant doucement : j’ai un problème au niveau du pédalier. Le jeu de mon boitier de pédalier peut-il créer ce saut de chaine ? Il faut croire. Je passe donc le petit plateau et redémarre dans les 150 : les premiers sont déjà au bord de l’étang.

Le couteau entre les dents, un peu de serre fils à l’arrêt dans le premier single, je veux lâcher tous mes watts sur le chemin dégagé autour de l’étang pour reprendre un maximum de monde. Je passe le grand plateau et enquille. Ah oui, mais non. D’abord, Re-Re-CRAC. Je renquille. Re-re-re-CRAC. Je vous vois venir : il va nous le redire combien de fois ? Promis c’est la dernière puisque je comprends que mon grand plateau sera définitivement inutilisable aujourd’hui. Embêtant pour moi qui ai l’habitude de monter sur le 40 devant et le 34 ou 36 derrière. Après m’être fait redoubler par une partie de ceux que je venais de reprendre, je repars donc le couteau entre mes dents, mais un peu moins aiguisé, pour une partie de moulinette de folie. Le 28 dents de mon double plateau est très limite, surtout que je ne peux pas utiliser les 10 pignons de ma cassette pour cause de jeu latéral dans ma roue arrière. Quand la mécanique ne veut pas…

Je suis bien réchauffé et attaque la première côte : le constat est sans appel. Mes pneus sur gonflés (je roule en chambres car mes jantes ne sont plus étanches en tubeless) alliés à un pneu arrière été en fin de vie me font les mêmes sensations que de courir sur un lac gelé en chaussures de villes. Ça glisse ! Les premières côtes sont gravies en courant, je patine trop. La boue est omniprésente, je dois beaucoup doubler, c’est plus rapide comme ça. Si vous avez vu passer un gars qui trouvait plus marrant de courir plutôt que de pédaler, sur votre droite, c’était moi ! Je double à qui mieux-mieux mais me retrouve bouchonné à de nombreuses reprises : je suis avec des vététistes moins aguerris et ils refusent les obstacles, ce qui a pour conséquence de m’obliger à passer à pieds aussi. L’horreur. Ça me rappelle mes premières Granit quand j’avais un niveau qui m’obligeait à être en milieu de paquet. Ce n’est pas aussi fluide. Je demande régulièrement le passage, et suis obligé de m’engager physiquement dans le D- et de m’arracher dans le D+ pour doubler des paquets entiers.

J’aperçois Jean Pierre, mon copain de raids Breton (qui finira 14ème et 1er Master 3). Je profite de cette trace magique que j’apprécie tant et la trouve particulièrement engagée cette année, peut-être à cause du passage, assurément à cause des pluies qui ont ravinés et rendus ultra glissant chaque pierre, chaque racine. Au passage du premier ravito, je rattrape Jean Marc Pédalator, qui roule sacrément bien avec son nouveau 29 pouces, taillé pour ce type de terrain.
Les passages roulants (oui, oui, on peut en trouver sur la Granit Montana) sont rendus énergivores à cause de la pluie et des coupes forestières qui ont dévastés les chemins. Pour mon Cobra en 26 pouces c’est patinage artistique assuré. Les jambes ne me permettent pas d’accélérer le rythme en montées : est-ce à cause de mes efforts consentis en début de balade ? Est-ce lié au réveil à 4h ? Ou tout simplement le rhume qui m’a fatigué toute la semaine ? Toujours est-il que je stagne et suis obligé de laisser filer le Pedalator remonté comme un coucou.

De toute façon, je suis passé en mode rando depuis bien longtemps : je profite de cette Granit comme je ne l’ai jamais fait finalement. Je connais chaque chemin, chaque pierre, chaque raidar. J’ai des souvenirs qui ressurgissent à chaque difficulté. Avec Bastien, avec mes casses de chaînes, sous la pluie, au soleil. C’est un voyage dans le temps que je m’offre, entre deux descentes ultra ravinées. Quand on ne regarde pas le chrono, elle est belle cette forêt. Je mets toujours une dent de plus que ce que je pourrais emmener. Je ne me fatigue plus. Que c’est technique ! Plus que les années précédentes, la pluie, l’enduro de la veille, le passage au fils des années ont vraiment abimé le terrain qui devient limite en 26 pouces. Je ferai quelques refus d’obstacles, et quelques descentes à pieds, ce qui ne m’était jamais arrivé sur une Granit. Le pilote y est forcément pour beaucoup, le matériel aussi, mais pas que, j’en suis sûr.
Le deuxième ravito a été déplacé après la traversée de la route (pour les connaisseurs !) et c’est tant mieux : je remplis mon bidon, discute avec les bénévoles toujours aussi adorables ici. On vient aussi pour ça, pour cette ambiance sur et en dehors de chemins. Je roule maintenant seul, passe la bifurcation sans un regard pour le 55 km. Je ne vais certes par bien vite aujourd’hui, mais je suis venu pour l’Ultime quand même. Seul jusqu’au 3ème ravito, je me rappelle que c’est une partie sacrément ardue. Ça monte tout le temps. Mais comme je ne fais pas la course, ça va en fait ! Les montées sont moins techniques, tout passe sur le vélo, et je pense à mon futur 29 pouces qui me permettra d’envoyer un peu plus. De temps en temps, quelques gouttes viennent me rafraichir, rien de méchant, mais le terrain est parfois sacrément détrempé.

J’arrive au 3ème ravito et une voix familière m’interpelle : c’est Damien qui après avoir flirté avec le top 15 a dû laisser filer et roule avec Antoine. Le temps de faire les niveaux on repart, en mode rando cool tous les 3. Damien, avec un peu plus de roulage peut vous faire très mal. Un sacré bagage technique, une belle humilité et de vraies capacités : on entendra parler du jeune creusois dans les prochaines éditions. Je roule derrière lui, et Antoine derrière moi, sur ces gros blocs de granit. Je discute avec Damien quand ma roue avant glisse et vient se bloquer entre deux blocs de granit, perpendiculairement à l’axe du vélo. L’effet est immédiat, le son est saisissant : plongeon à plat sur le bloc de granit. Je ne suis pas passé loin du menton sur le granit, mais seul le genou a tapé fortement. Quelques instants pour me relever, le sang coule mais le genou plie. Maintenant il ne faut plus s’arrêter car ça sera pire.

Heureusement, maintenant que nous sommes en mode rando, nous nous attendons et nous encourageons en échangeant régulièrement. Cela ne nous fait pas vraiment aller plus vite, bien au contraire, mais le plaisir est au rendez-vous et permet de partager entre deux sorties de piste. Car malgré le rythme rando, quand la pente s’inverse, l’engagement est au rendez-vous : faut dire qu’ils nous gâtent sérieusement. Ces descentes sont incroyables (avec le vélo adéquat), ça glisse, ça flotte, ça dérape, ça re-rape, ça tournicote, ça passe juste entre deux blocs de granit sur 3 racines.

Il faut quand même reconnaître pour atteindre ces petits plaisirs, il faut grimper, parfois grimper longtemps, parfois grimper raide, mais toujours grimper. Tant et si bien que l’on a parfois réellement l’impression de ne faire que grimper. Les 3000 de D+ ne sont pas exagérés, vous les sentirez. A cela s’ajoute un terrain extrêmement accueillant, un terrain qui ne veut pas vous laisser partir, qui vous colle et re-colle, un terrain qui vous use les muscles. Ne regardez jamais votre compteur au risque de déprimer sévère ! 10 km/h sera déjà une moyenne honorable ! Rouler à trois nous permettra de passer plus rapidement ces longs kilomètres. Tous les ans je me fais la réflexion : mais qu’est-ce que ça monte ! Comment font-ils pour nous en coller autant sur les portes bagages ?

L’un dans l’autre, après des moments parfois difficiles pour mes acolytes, nous passons le pointage à 13h45. Maintenant, c’est tout schuss jusqu’à l’arrivée. Enfin. Avant, il faut monter, traverser des champs de boue dévastés par les précédents passages, monter, descendre sur les chaussures, monter, monter, monter et finalement s’arrêter au 4ème ravito. Il a mis du temps à arriver celui-là, ils nous avaient encore réservé quelques belles côtes ! Et comme ce n’est pas la course, l’arrêt sera conséquent : on recharge les batteries, les gourdes, les estomacs mais aussi on rigole avec les gars du 50 bornes. C’est qu’eux aussi, ils en bavent sur ce terrain granitique. Je leur promets que c’est en descente jusqu’à l’arrivée, mis à part quelques côtes. J’ai du mal à faire repartir mes deux compagnons, mais on finira ensemble, la course c’est aussi ces bons moments partagés.

En repartant je m’aperçois que finalement, à force de faire de la rando, de prendre mon temps, les jambes ne sont pas attaquées. J’hausse doucement le rythme entre deux dépassements de gars sur le 50, et monte bien mieux les innombrables dernières côtes. Damien met du rythme en descente et la dernière heure se fait à rythme course, quand nous ne sommes pas bouchonnés. Mon objectif temps du jour est bien dépassé, mais l’essentiel est ailleurs : sur un petit single, entre deux arbres, autour d’un bloc de granit, je me suis souvenu du pourquoi le VTT est un sport si magique. Et je l’ai partagé. On a perdu Antoine dans les dernières descentes, et c’est au ralenti que l’on tire un bilan sur cette Granit version 2016, alors que nous tournons autour de l’étang de Jonas. Engagé, la Granit l’est assurément. Ludique et technique, elle vous comblera de plaisir, si, et uniquement si, vous êtes affuté pour affronter l’un des parcours les plus exigeant que je connaisse. 70 km dans cet enfer vert, ce n’est pas une balade dominicale classique. Si vous aimez la monotrace à n’en plus finir, si vous aimez vous faire pêter les veines dans des cotes sans fin, si vous aimez flirter avec les limites de l’acceptable en descente, glisser, les dévers et manger encore plus de D+ que vous pensiez pouvoir le faire, tout cela avec une bande de passionnés dévoués, vous savez où aller. Ah oui, et nous, Damien et moi, franchissons enfin la ligne d’arrivée, en se serrant la main comme si nous avions vaincu ce terrible parcours, en 6h40 et sous la pluie. Comme aux Démons 2 semaines plus tôt finalement, mais en 39eme position ! 280 participants, 157 à l’arrivée, la granit se mérite. 9ème de ma catégorie.

Granit montana 2016

Granit montana 2016

Mes 2 compagnons reviendront. Et s’ils ont quelques heures de selle en plus, je vous conseille de vous en méfier. Car en plus d’être sympas, ils ont un coup de guidon et un physique à faire pâlir les plus affutés d’entre vous. Moi, je ne les suivrai pas !

Pour ma part, après un rapide nettoyage du vélo, direction la protection civile : osculation, nettoyage, j’évite les points de suture pour cette fois, mais hérite d’un hématome qui me permet d’avoir 2 rotules. Rien de moins !

Le repas sous la tente est toujours aussi bon, quoi qu’un poil juste en quantité pour un affamé comme moi.

Le bilan est donc mitigé pour moi : j’espérai pouvoir terminer mieux que ça, mais mon rhume allié à de nombreux ennuis mécaniques m’ont contraint à rouler un ton en dessous. Ma chute a fini par me faire douter dans les moments d’engagement physique et certains passages que je passais sur le vélo seront franchis à pieds cette année. Le parcours est toujours aussi dément, dans tous les sens du terme. J’y reviendrai, c’est sûr, mais, et je l’écris noir sur blanc ici, uniquement avec un vélo adapté : roues, pneus, transmissions et un entrainement adapté aussi à ces longues heures de selles.

Les copains ont connus des destins divers :

  • Pat’de bol obligé d’abandonner au bout de 10 bornes sur casse de roue libre
  • Jean Marc finit loin devant en 31ème position et 2ème de sa caté
  • Mary réussit à boucler le grand parcours
  • Et JP, malgré le vol de son beau destrier la veille, s’en tirera en moins de 8h30 !

24h après cette parenthèse granitique dans mon emploi du temps, le constat est sans appel : physiquement en pleine forme, je n’ai pas connu de coup de moins bien pendant mes 6h40 dans les monts d’Ambazac et me sens en pleine forme, sans aucune douleur (en dehors d’un écrasement du cartilage de mon genou, qui m’arrêtera quelques semaines !) et aucune courbature ; le mode rando a du bon 🙂

Résultats : granit montana 2016

 

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5 réflexions au sujet de « Granit Montana Ultime 2016 : Je t’aime, moi non plus »

    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci JP, mais c’est en partie grâce (à cause ?) de toi tout ça ! Tu m’as fait découvrir la Granit via ton blog, maintenant je suis proche de l’addiction à ce type de VTT engagé et prends bcp de plaisir à le raconter. A bientôt donc, sur de beaux parcours

      Répondre
  1. Hervé

    Cela devient une petite ballade pour toi la Granit ;-), dommage que ta monture ne soit pas aussi au top que toi. Aucune douleur, tu me fais rêver moi qui ai encore mal aux jambes après une fpm pourtant bien roulante. Bravo David, vivement tes prochains exploits.

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci Hervé, Ça reste un sacré morceau, je finis en 6h40 quand les premiers bouclent ça en 5h, j’ai une bonne marge encore 🙂 par contre c’est vrai que physiquement c’était moins dur, mais il ne faisait pas chaud !

      Répondre
  2. Le père

    Je viens de relire le compte rendu de …. 2013, et la partie prècédant la randonnée ! (1er Cr de ce blog).
    Que de chemin parcourus depuis juin 2013.

    Donc, à l’année prochaine et surement en 29″

    Répondre

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