Conditions démoniaques sur Les démons de Guéret

Cela fait maintenant 3 ans que j’entends parler de cette pépite creusoise, petite sœur légitime de la fameuse Granit Montana. Alors malgré des conditions météorologiques à ne pas sortir un islandais dehors, je suis allé poser mes pneus à crampons lisses sur un terrain de jeu ultra ludique à quelques kilomètres de Guéret. Et je n’ai pas été déçu du voyage par bien des aspects !

Une fois n’est pas coutume, mais je tenais à commencer par des remerciements : les premiers pour Hervé, compagnon des grandes sorties, qui m’a motivé à venir et surtout a géré toute la logistique de ce petit weekend creusois : Merci ! Et merci à Jean-Marc et Mary Pédalator, à Jean-Pierre « KHS » de nous avoir vanté les mérites de cette petite rando sans prétentions du côté de Guéret : le parcours et la gentillesse des bénévoles valait les quelques heures de route (et les quelques orages que l’on s’est pris sur la tête).

Je passerai rapidement sur les orages qui ont ponctués les plus de 4h de route pour rejoindre Guéret depuis notre douce région parisienne, les problématiques logistiques liées au manque de gasoil, la nuit dans une maison d’hôtes coupée du monde, sans réseau ni tv, les doutes météorologiques et le bon repas avec les copains parisiens sous le barnum de l’organisation.

Au réveil de ce dimanche matin, après une nuit pluvieuse, le ciel s’est enfin éclairci. Tant et si bien, qu’à 8h30, un rayon de soleil vient frapper la petite centaine de vététistes affutés en 29 pouces (je compte 3 26 pouces au total, dont le mien et celui d’Hervé !) et nous convainc de partir léger (= pour moi ça signifie Short – Tshirt, bidon de 750, sacoche de selle et manchettes que je baisserai bien vite).

Après quelques minutes d’attente dans la bonne ambiance, le numéro 79 s’élance avec ses congénères, derrière le quad de l’organisation : départ groupé pour cette rando, ce qui permet de faire une course officieuse entre les participants.

Les paysages sont déjà superbes, la Chapelle Taillefert étant perdue au milieu de la verdure. Dès la première côte, une cassure s’opère dans le peloton et je fais un rapide serre-file pour rejoindre les 10 premiers qui s’échappent dans la roue du quad. A l’orée du premier chemin, le quad nous crie « c’est à droite » et nous laisse filer dans la première d’une série incomptable de côtes. Je suis dans la roue du célèbre Pédalator national qui étrenne son superbe nouveau Orbea et sa nouvelle tenue, à faire baver tous les amoureux de All moutain, et Mary qui attend le siens 🙂 Nous sommes dans les 10, et je souffle déjà fort, le départ étant un poil rapide, pentu, long et chaud ! Une longue sortie nous attend et j’essaye donc de gérer sans m’affoler en voyant que 2-3 vététistes prennent déjà la poudre d’escampette. Permission de sortie les gars, on se reverra à l’arrivée, amusez vous bien ! Très rapidement, nous nous retrouvons à 3-4, avec mon copain de raids Breton, qui résiste lui aussi au 29 pouces pour l’instant. Comme lors de nos raid Vauban et Granit Montana courrus ensemble en 2015 (voir mes récits), nous avons le même rythme, nous permettant de rouler de concert et profiter de cette trace digne de ce que j’ai pu rouler de plus agréable sur des pneus à crampons : il descend plus vite que l’année dernière (ou je vais plus lentement) et je monte légèrement plus vite. L’absence de chrono nous permet de discuter des raids passés et à venir : nous nous reverrons encore à la Granit ! La trace monte beaucoup, le granit à une facheuse tendance à se jetter sous nos roues. La filiation avec la mythique Granit est indéniable, tant on retrouve cet esprit ludique de la recherche de la trace ultime, parfois hors-piste, entre deux blocs de granits, trois racines, le chemin ouvert pour l’occasion (merci l’ONF creusoise, comme quoi, c’est possible !), la montée ultime, la descente qui vous fait mal jusqu’aux épaules mais qui ne peut vous empêcher de vous tirer un cri de joie (ou de peur !) tant le plaisir est le maitre mot de ce parcours. Plaisir parfois sado masochiste, puisque qu’il ne faut pas s’y tromper : c’est un parcours physique, engagé, qui monte beaucoup beaucoup beaucoup et qui n’est pas à mettre entre les mains du premier cycliste venu tant par la difficulté physique que par les notions de pilotage qu’il impose. Les moins aguerris pourront alors se rabattre sur le 22, 35 ou 50 kilomètres qui sont des alternatives de choix !

Vous l’avez compris, je m’éclate avec mon breton et son collègue : nous roulons tous les 3, ayant laissé filer 2 affutés qui roulaient beaucoup trop vite pour nous (ou pour la distance) et ayant distancé nos poursuivants.

18 km, une grosse heure de roulage, on shunte rapidement la ravito 1, il fait soleil et on se fait tellement plaisir que l’on veut continuer au plus vite cette orgie de monotraces ludiques. On se fera plusieurs fois la réflexion, tant par la beauté des paysages qui se révèlent parfois au détour d’une ascension que par la qualité indéniable de la trace. Mention spéciale pour la descente entourbée (mot compte triple) et tout en épingles qui débarque rapidement, c’est le sourire jusqu’aux oreilles que je me la jouerai skieur dans cette portion, sans pour autant une légère appréhension, mes pneus étés (Cobras trop gonflés en fin de vie) et des freins légers me rappelant que je ne maitrise pas l’intégralité des paramètres.

Les côtes s’allongent et se raidissent, pour notre plus grand bonheur, nous permettant de rattraper l’un de nos 2 affutés, surement parti un peu vite. En fait, on appuie tellement sur les pédales, que ce sont les ouvreurs que l’on surprend au détour d’un petit chemin : les ouvreurs aux basques, on ne lève pas le pied dans ce bonheur de single empierrés et on rattrape le dernier des affutés qui rencontre quelques doutes avec le balisage non finalisé, et pour cause, les ouvreurs étant avec nous.

Sensation grisante et inédite pour moi : je me retrouve à ouvrir une rando, et quelle rando ! Je surprends ainsi les bénévoles aux croisements de routes qui sont encore au chaud dans leurs voitures, les photographes ne sont pas encore en position et surtout je découvre que de nombreux passages sont ouverts pour l’occasion : une trace unique, certainement d’un ouvreur matinal, me permet de voir que l’on est en hors-piste total. Je navigue à vue, d’une balise à l’autre entre les gros rochers, tel un aventurier. Damien, jeune étudiant d’origine creusoise me rejoint. C’est le début d’une longue partie de manivelles sympathique, ponctuée d’échanges sur nos raids et notre vision simpliste du VTT. Le jeune homme roule en 29 pouces acier Ritchey, qu’il a monté lui-même avec des pièces d’occasions dans son appart. Ça ne nous empêche pas de gazer quand il le faut, Damien ayant un sens du pilotage impressionnant, les gènes creusois sans doute, et une capacité à envoyer du très lourd en descente, qui me laisse du coup une longueur derrière. Heureusement, j’envoie un peu plus de braquet dans les côtes roulantes, mais il me rattrape dans chaque côte technique et caillouteuse, son 29 pouces se jouant des difficultés avec une facilité déconcertante. Mon 26 lui, cherche toujours à sortir de la route, à faire des bisous aux pierres, à glisser sur une racine. Je ne suis pas aidé par mes pneus en fin de vie et un problème de pédale fort pénible : ma pédale gauche n’a d’automatique plus que le nom, tant et si bien que si je tire le pied vers le haut, mon pied gauche se déclipse. Peu pratique lorsqu’il faut tirer sur les pédales pour passer un bloc de granit ou une racine et ce qui me vaudra de beaux bleus aux jambes (et quelques jurons difficilement ravalés).

Nous sommes maintenant en binôme pour ouvrir cette Démon de Guéret 4ème du nom, et pendant quelques kilomètres, il nous faudra toute notre concentration et notre bon sens afin de ne pas nous perdre : les rubalises sont posées au sol, on nous expliquera après que les ouvreurs étaient alors derrière nous et n’avaient pas eu le temps de les mettre en place. Nous avons distancé les autres participants et il en sera ainsi jusqu’à l’arrivée.

La boucle spécifique au 70 kilomètre est plus difficile puisque sacrément dénivelée. Arrêt éclair au ravito spécifique, un des bénévoles courra à côté de moi dans la côte qui y mène pour m’encourager et me demander mon ressenti : faut dire que je me suis souvent fait la réflexion, le terrain serait idéal pour un trail et je n’irai pas forcément beaucoup plus lentement en courrant ! Arrêt éclair (1 min top chrono) avec Damien : nous avons 2h36 de roulage, 35 km et la pluie débarque. Les bénévoles installent rapidement un barnum pour se protéger de la pluie. Si on ne faiblit pas, dans moins de 2h45 nous serons à l’arrivée. Mais il faut se remettre au turbin et piocher dans les réserves caloriques, tant cette partie grimpe : le froid généré par la pluie battante à ce moment-là ne nous aide pas et Damien connaît le fameux coup de moins bien inhérent à chaque sortie longue de ce type. Le chrono ne tournant pas, et notre binôme fonctionnant très bien, je reste naturellement avec lui, baissant un peu le rythme. Mais bien que les kilomètres passent, tous en monté (j’exagère ?!), et après plusieurs relances de sa part, je prends subrepticement la poudre d’escampette, espérant qu’il ira bien et qu’il me rejoindra vite.

J’alterne alors entre phases d’euphories pures quand le chemin devient engagé, dans les passages de ruisseaux, plus que nombreux, les descentes où toucher aux freins serait alors un crime, et périodes plus compliquées où je me dis que je ne suis pas venu là pour rouler tout seul, sans voir âme qui vive, si ce n’est un chevreuil ou un lièvre au détour d’un champs. Le soleil revient et pendant une bonne dizaine de kilomètres j’ouvre seul cette superbe rando que je classe d’ores et déjà dans mon top côté parcours.
Quelques hésitations quand je reconnais des chemins déjà pris quelques heures plus tôt, maintenant dévastés par le passage et les heures de pluie. Heureusement, c’est normal, le but est de nous refaire passer au ravito 1, dans le parc des Loups de Chabrières. Bonne idée pour éviter de gérer plusieurs ravitos. La pluie vient de revenir, le terrain est détrempé. Je fais un long arrêt (le premier finalement) afin de discuter avec les bénévoles (je suis dans le groupe des 20 premiers du 50 apparemment) et voir si Damien revient sur moi. C’est chose faite au bout de quelques minutes, non sans quelques appréhensions après que les bénévoles nous annoncent que c’est la partie la plus difficile qui nous attend pour les 15 kilomètres finaux.

Damien est maintenant en pleine forme et nous nous amusons à dépasser les cyclistes des autres parcours, parfois plusieurs fois au gré des passages difficiles que nous prendrons tous. L’engagement est de plus en plus important, peut-être à cause de la pluie, de la fatigue et du passage des autres cyclistes.

C’est une partie magnifique que nous n’apprécieront hélas pas à sa juste valeur, la pluie ayant décidé de tomber drue maintenant, nous trempant jusqu’aux os. Comme nous étions déjà mouillés par les passages à haute vitesse de quelques gués, nous ne levons pas le pied et laissons nos vêtements s’imbiber gentiment. La fatigue et l’état du terrain avec un vélo peu adapté me rendent la tâche ardue et j’ai du mal à rester au contact de Damien, surtout après une chute, sans conséquences, à haute vitesse dans une descente glissante. Fair play, Damien m’attendra et nous gravirons ensemble les derniers raidars pour finaliser ce parcours de 70 km et 2250 m de D+ (contre 2600 annoncés, mais c’est tant mieux !) ensemble, côte à côte sous l’arche déserte, les bénévoles s’étant réfugiés à l’abris pour cause de pluie maintenant battante !

Démons de Guéret 70 km 2016

Damien et David à l’arrivée

Nous nous reverrons à la Granit dans 2 semaines ! 5h15 de roulage, environ 5h30 au total, nous avons le droit à un moment « paparazzi » pour immortaliser l’arrivée « des 2 premiers du 70 km » et filer au camping laver nos enclumes à boues (aka nos vélos). La pluie s’arrête alors… S’en suit une douche brulante (pas d’eau froide, ça fait bizarre après plusieurs heures sous la pluie gelée) et un repas avec des angevins sous les barnums de l’organisation à attendre l’arrivée des copains parisiens.
Jean Marc à la banane, la KHS team semble s’être fait plaisir, mis à part les derniers kilomètres trop compliqués dans ces conditions et Hervé n’a pas faiblit et me ramènera même à l’heure à Paris pour la fête des mères !

Rendez-vous l’année prochaine sous le soleil pour manger du single ludique mais pas trop technique ? Ne changez rien à la difficulté svp, c’est idéal selon moi comme ça.

Les +

LA TRACE !

Les loups que je ne verrai pas cette fois à cause de la pluie

Prix : 8€ à l’avance, 10 € sur place

Ravitos : ce qu’il faut pour ce type d’épreuve (eau, coca, fromage, saucisson, chocolat, fruit secs, pâtes de fruits)

Possibilité d’acheter des repas sur place

Gentillesse des bénévoles

Point d’eau à l’arrivée (vélo et douches)

L’absence de chrono officiel rendant bon esprit la balade

Les –

Il faudra commander le soleil la prochaine fois !

Les plaques de cadre (aller, c’était pour trouver quelque chose à dire !)

Une organisation légère (peu de bénévoles), pas vu de secours non plus.

Les CRs

Mary

KHS 91

 

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7 réflexions au sujet de « Conditions démoniaques sur Les démons de Guéret »

  1. Jean-Pierre Dumoulin

    Génial ce CR , j’ai eu l’impression de refaire le parcours en le lisant . Ah cette descente après le ravito 1 , super top . A refaire , sur le sec … et avec un frein arrière en état de marche jusqu’au bout pour mieux profiter des passages techniques. Tu as quand même du te faire quelques frayeus avec les Cobra .

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Merci JP ! Je signe quand tu veux pour y retourner par beau temps, car la fin c’était vraiment du patinage artistique ! Merci de nous avoir fait découvrir cette jolie rando

      Répondre
      1. PEDALATOR

        C’est un HUTCHINSON COBRA Tubeless MRC-H HARDSKIN 26″x2.10″
        acheté 41,95€ (04/07/2009) une seule sortie
        poids=714g
        il est à 34.90€ neuf sur Alltricks, je te le cède à 25€
        J’ai d’autre pneus en 26″ neufs, ou très peu servis, Tubeless (Cosssmark, Racing-Ralph…) ou Tubetype (TORO, Rocket-Ron), si t’as besoin…

        Répondre
  2. Ping : Les démons de Guéret – Après la pluie, le beau temps | Récits de mes pérégrinations sportives

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