arrivée David saintélyon 2015

Une Saintélyon en or : récit de ma Saintélyon 2015

A l’ouverture des inscriptions le 13 avril 2015, je n’hésite pas une seconde, et m’allège de 60€ afin de prendre part à la Saintélyon Solo 72km le 6 décembre 2015. Je viens juste de terminer l’Ecotrail de Paris 80 km en 8h34, 308ème / 1300 sans souffrance et rêve donc de refaire la « course parfaite » sur la Saintélyon. Et ainsi oublier l’édition 2014 qui m’avait fait terminer dans un état de souffrance avancé.

Saintélyon halle tony Garnier

Cette année, les dossards se récupèrent à la Halle Tony Garnier, superbe endroit à la hauteur de l’évènement

La Saintélyon en 2014 était mon premier trail : je partais à toute vitesse, tenais un bon rythme sur les 50 premiers kilomètres, en étant même dans les 400 premiers sur 6000 à Soucieu. Puis, la réalité m’avait rattrapé à grande vitesse, jambes tétanisées, adducteurs en feux… Je passais à deux doigts de l’abandon pur et simple. Finalement, j’allais au bout, claudiquant d’un pied sur l’autre pendant 22 kilomètres que je mettais plus de 3h à parcourir. Alors que sur les 50 premiers kilomètres, j’étais sur une course en 7h45, je franchissais finalement la ligne en 8h50 (sainté d’argent quand même), au bord des larmes, des larmes de douleurs. Il me faudra plusieurs jours avant de pouvoir tenir sur mes jambes et plusieurs semaines avant de recourir « normalement ». J’avais poussé mon corps au bout de ses limites musculaires, alors que cette course était censée être magnifique. Je m’étais alors promis de revenir, pas forcément pour faire un chrono, mais pour en profiter, prendre du plaisir, ce plaisir qui m’avait quitté à 20 bornes de l’arrivée. Courir jusqu’au bout, n’avoir aucun regret. Voilà l’objectif de 2015.
La Saintélyon, par son positionnement dans le calendrier est difficile à gérer : après une saison bien remplie (l’écotrail 80 km en mars, le raid Vauban et la granit montana 80 en juin à 1 semaine d’intervalle, l’Altriman en juillet, l’embrunman en août) il faut mener de front activité professionnelle, vie sociale (!), VTT, cyclo, natation et course à pied alors que l’hiver s’installe doucement. Heureusement, les températures clémentes de cette fin de saison incitent à s’extirper du lit, parfois bien avant l’aube, et d’aller parcourir les forêts voisines, à la recherche de biches endormies ou de sangliers affamés. Cette fin saison est aussi marquée par un renouveau dans mes sorties, que j’ai la joie de partager avec d’autres passionnés que ce soit à vélo et même en course à pieds. Cela est un changement radical par rapport à 2014 et une motivation supplémentaire.

Saintélyon mizuno

Mes Mizuno Wave Ryder 18 pour la Saintélyon solo 72 km 2015

Samedi 5 décembre, après un bon repas en famille, il est maintenant 23h30, et je suis déposé à 100m du départ à Saint Etienne, comme en 2014. Je viens de manger un gâteau sport Décathlon complet (il m’aura fallu une heure pour l’avaler !) et finir ma gourde de malto, Décathlon aussi !

L’équipement

équipement saintélyonCette année, et après avoir échangé avec Grégo On The Run (merci pour tes conseils !), je décide de partir le plus « light » possible, tout en respectant au mieux le règlement. Avec des températures comprises entre 1 et 8 degrés sur la course, je sais que je suis capable de la faire en short / T-shirt. Mais passer 8h dehors dans de la moyenne montagne nécessite tout de même d’être prudent :

– 1 T-shirt manches courtes premier prix Kalenji. Il finira à la poubelle vu l’odeur à la fin de la course !
– 1 short premier prix Kalenji
– Un boxer en lycra Dim
– 1 paire de chaussettes courtes Kalenji, technique
– 1 veste Active Gore Tex Salomon (pas du premier prix celle-là !)
– 1 chasuble dossard : important de le noter car cela fait une couche en plus, qui coupe du vent
– Une paire de gants running Kalenji premier prix, 1 buff Michelin publicitaire (je m’en débarrasserai au bout de 8km, il me tenait trop chaud), le bonnet Saintélyon fourni au retrait des dossards, 1 frontale Petzl Tikka RXP.
– 1 paire de Mizuno Wave Ryder 18 avec 600 km : ce sont des chaussures à profil route, mais mon expérience 2014 m’a montré que c’était une solution viable sur la Saintélyon, surtout que peu de boue est annoncée cette année.
– Ma Garmin 920 XT qui va faire sa première course !

Je décide de ne pas prendre de sac à dos cette année : il me tient trop chaud et me tire trop sur les épaules. Néanmoins, je souhaite être 100% autonome afin d’éviter si besoin les ravitos. J’embarque donc :

– Dans la poche de ma veste : une couverture de survie « La croix Rouge », les papiers obligatoires saintélyon (fiche de secours notamment), 1 tube de crème de marrons (non consommé)
– Dans les poches de mon short : 1 pâte de fruit Aptonia, 2 Gel Aptonia (consommés)
– Dans mon gant, au creux de ma main : 1 Gel Aptonia (consommé)
– Dans ma main droite : 1 bidon Isostar de 600 ML rempli de boisson énergétique Overstims (échantillon offert) sous dosée (consommée, re-remplie plusieurs fois)
– 1 sifflet Kalenji accroché à ma fermeture de veste
– Dans mes manches de vestes : 3 mouchoirs, 2 barres Isostar (1 grande, 1 petite). Seule la petite (échantillon offert) sera consommée.

Ce qu’il me manque pour être 100% en conformité :

– Réserve d’eau insuffisante : je n’ai pas les 1L d’eau nécessaire. Cela ne m’a pas fait défaut.
– Des piles de rechange pour ma lampe. C’est une lampe à batterie, donc pas de piles de rechanges. L’autonomie de ma lampe, testée régulièrement puisque je cours avec tout l’hiver par températures fraîches, me permet, très largement, de tenir toute la nuit avec une forte intensité lumineuse.
– Un gobelet : je n’en ai pas besoin puisque j’ai mon bidon, que je viderai en arrivant aux ravitos pour boire.

La course

23h45, il est largement temps de s’extraire de la voiture : j’ai attendu le dernier moment, car étant en short par 3-4 degrés, j’ai peur de me refroidir très vite. Un dernier pipi et je parcours les 100 m qui me séparent du départ. Je croise tous les élites qui finalisent leur échauffement : je fais donc quelques pas avec eux. Les sensations sont correctes et je ne ressens pas de gènes aux adducteurs. En effet, depuis 3 semaines, j’ai été obligé de réduire drastiquement mon entrainement à causes de douleurs répétées. Cela me rassure un peu.
Il me faut maintenant remonter les 7000 participants pour aller me placer dans le sas des départ. Je n’irai pas jusqu’au bout, voyant un espace libre le long d’une barrière, je l’escalade et m’insère. Pas très sympa pour ceux qui font la queue, mais honnête au vue de mon classement, je suis au milieu de la foule (donc dans les 3-4000èmes).Très vite, le speaker prend la parole.
Nous aurons le droit à un émouvant hommage aux victimes des attentats, avec un jeu de lumières Bleu-Blanc-Rouge et une longue minute d’applaudissements mis en place pour l’occasion. C’est un moment intense où l’on pense tous à tous ces disparus, et plus particulièrement à Lola pour ma part. Je sais que j’ai une chance inestimable de pouvoir prendre le départ de ce genre de course, et je compte bien en profiter.

Après l’habituel Light My Way de U2, les fauves sont lâchés : j’allume ma montre et marche doucement jusqu’à l’arche de départ dans une foule compacte, le temps de capter les satellites : en effet, j’ai oublié mon chargeur à Paris et n’ait donc que la moitié de la batterie à disposition, ça risque d’être juste pour toute la course ! J’enclenche le chrono au passage sous l’arche à 00h02 et presque instantanément nous nous mettons tous à courir. Je suis bien positionné, comme l’année dernière, sur la droite de la chaussée. Il y a déjà des milliers de personnes devant moi.

C’est parti pour 8h de course estimée (contre 8h50 en 2014). Si les jambes sont là, je compte accélérer sur les 15 derniers kilomètres afin de grappiller 15 min et tenter le défi fou d’être Sainté d’or (en moins de 7h45 donc). Mais pas avant surtout !

Saint Etienne – Saint Christo

15,3 km / 419m D+

On commence par 6 km de bitume plat : je me cale autour des 150 pulsations (un gros 75% de FC max) et déroule très souplement, pour cette partie que je considère comme l’échauffement. Il fait 4 degrés. Je double un peu, mais je me fais surtout doubler par des paquets entiers. J’ai l’impression d’être à la ramasse totale, de ne pas être à ma place. Je vais beaucoup moins vite que l’année dernière dans le but de me préserver. C’est moralement très difficile de laisser tous ce monde me passer devant. Je tiens bon, je ne veux pas me cramer trop vite même si je sais que je pourrai dérouler à 4’30 du km sans rien sentir. Mais je me maintiens autour des 5’15, comme prévu. Les gens autour de moi ont très chaud, beaucoup s’arrêtent déjà pour enlever des couches en trop. Pour l’instant, je suis ravi de mon équipement, mes jambes sont déjà réchauffées.

Arrive la première côte : les 4 prochains kilomètres comptent environ 50m de D+ par kilomètre. Là les choses changent : très rapidement, la plupart des trailleurs se mettent à marcher. Ce qui est largement recommandé sur ce genre d’évènement. Pour ma part, je tente la technique du cardio (ne jamais rien tenter en course, bien sûr !) et me focalise sur une FC entre 160-165. Ce qui me permet de passer les premières côtes en trottinant et de doubler des dizaines de personnes. Ça me tire un peu dans le bas des mollets, mais rien d’alarmant, mes chaussures sont très confortables et je sais que je tiendrai. Parfois, quand la FC passe au-dessus de 170, je marche. A chaque fois que la pente devient moins raide, je repars en trottinant. Je slalome entre les marcheurs, mais ça reste bon enfant.

Tous les kilomètres, ma montre sonne, et j’en profite alors pour boire une gorgée. L’hydratation avait été une de mes nombreuses faiblesses en 2014, je fais donc très attention à cet aspect. Le bidon que je tiens à la main ne me gêne pas trop, et surtout me permet (1) de penser à boire (2) d’identifier rapidement la quantité bue. La prochaine fois, je me confectionnerai une sangle afin qu’il soit attaché à ma main afin d’éviter des crispations au bout de 7h de course !

A Sorbiers, les odeurs de la ferme nous saisissent encore, je revis les souvenirs de 2014 et les premiers chemins me rappellent des bons souvenirs. J’en profite pour allumer ma lampe qui est éteinte depuis le départ (40min de batterie de gagnée). Cette fois, j’envoie beaucoup moins dans les descentes et relance moins fort. L’économie est le maitre mot. Le terrain est beaucoup plus sec (voir totalement sec) ce qui permet de ne pas se fatiguer, d’éviter les changements d’appuis mais cela « tape » beaucoup plus dans les jambes. Les chaussures de route me permettent d’être dans un relatif confort. J’aperçois alors mon père à un croisement, grâce à la lampe rouge, avec des bénévoles : super, on a réussi à ce voir, ce qui n’est pas évident ! En effet, les accompagnateurs ont le faisceau de nos lampes dans les yeux. Arrêt ultra éclair pour lui laisser mon buff que je comptais mettre dans une poubelle sinon et lui dire que tout va bien ! On se reverra plus tard.

Je déroule tranquillement mais continue à me faire doubler, ce qui m’étonne énormément. Dans chaque côte par contre, je passe en trottinant, déposant des dizaines de participants. Je recroise mon père à quelques encablures de St Christo, je suis toujours dans un gros pack de coureurs. La température a bien baissé, tant mieux, car je transpire à grosse gouttes malgré mes 2 épaisseurs légères seulement.
J’en profite pour attraper le gel caché dans mon gant.

Temps de passage : 1h27
Temps estimé : 1h30
Temps 2014 : 1h23
Classement : 1172ème
Classement 2014 : 468ème

Saint Christo – Sainte Catherine

12,5km / 302 m D+

Comme l’année dernière, je ne m’arrête pas à ce ravito, j’ai encore un demi-bidon de boisson, je préfère grappiller quelques minutes ici, et doubler du monde.
La physionomie de la course changera du tout au tout à partir de ce moment : autant jusqu’à Saint Christo je me fais énormément doubler, nous sommes très nombreux, autant à partir de là, je peux dérouler à mon rythme. Je ne cours avec personne en particulier, mais je double énormément. Je croise régulièrement le dossard 1505 : je monte et descends plus vite que lui, et il me double sur toutes les parties roulantes. Faut dire que je n’ose toujours pas imprimer de rythme, de peur d’avoir mal quelque part.
Un mec me double : il est en en boxer violet. Cela illustre bien la chaleur ressentie à ce moment de la course ! Je plains tous ces mecs en collant hiver, qu’ils doivent avoir chaud !
C’est selon moi, la plus belle partie de la SaintéLyon, la plus nature. Nous sommes « seuls » dans la campagne, dans les bois, à gravir un nombre de côtes incalculables. Les descentes sont longues, empierrées et très techniques. Boueuses aussi. Alors moins qu’en 2014, c’est sûr, mais boueuse quand même. Je me retiens de dévaler à pleine vitesse, mes cuisses me remercieront peut-être plus tard. C’est la partie de la course où on peut tout perdre selon moi. C’est technique, c’est long.

Panneau des 50 km avant l’arrivée : rassurant.
Ma cuisse gauche se rappelle à mon bon souvenir. L’horreur. Je ne veux PAS revivre 2014. Surtout pas. Je m’en veux. Je vais encore trop vite c’est sur. Ralentis David. Bois. Ne t’affole pas. Je ne veux pas souffrir, ce n’est pas le programme, surtout pas. J’avais ressenti cette douleur aussi à l’écotrail. La jambe gauche, toujours. J’imagine que ma foulée n’est pas parfaite. J’attrape donc le deuxième Gel de la course, me force à boire de longues gorgées, et je cours le plus légèrement possible. Au loin, Saint Catherine.
Un arrêt rapide dans la descente pour un petit pipi, afin de faire un arrêt éclair ici. Je vide mon bidon et rentre, plus motivé que jamais dans ce ravito.

Il y a du monde, et surtout la queue pour remplir les camelbacks. Je me faufile donc sur une table et attrape la première bouteille qui me tombe sous la main : de la St Yorre. Quelle bonne idée ! Je suis ravi, sachant tous les biens faits de cette eau et remplis gaiement mon bidon. J’attrape deux tranches de saucisson, mais ne compte pas moisir ici, j’ai hâte d’aller à Soucieu, mon mouroir personnel.

Temps de passage : 2h44 (1h16)
Temps estimé : 2h50
Temps 2014 : 2h37
Classement 2015 : 759ème (-413)
Classement 2014 : 434ème (-34)

Sainte Catherine – St Genoux

12,2 km / 389m d+

La Saint Yorre, c’est une bonne idée sur le papier. En vrai, c’est nul. En 2 temps, 3 mouvements, mon gant est trempé puisque la pression du gaz fait sortir l’eau de ma gourde qui coule sur ma main. J’hésite à la vider, mais j’ai quand même prévu 1h20 pour rejoindre St Genoux et ça ne serait pas raisonnable sans eau. Heureusement, de grandes côtes nous attendent, notamment avec la côte du signal St André, nouveauté 2015 qui nous permet d’atteindre le point culminant de cette Saintélyon. Après ça redescend jusqu’à Lyon. Enfin presque. Je bois donc la moitié de mon bidon afin qu’il ne déborde plus et complète cela avec ma pate de fruit. (Il me reste donc 1 gel, 2 barres et de la crème de marrons).
Les 2 longues côtes de cette portion sont… longues. Et la descente pour rejoindre St Genoux l’est tout autant. Je continue à doubler lorsque ça monte, je fais toujours le yoyo avec le dossard 1505, mais je descends beaucoup plus calmement. Je reconnais chaque chemin, chaque descente par rapport à l’édition 2014, et me souviens alors que j’étais déjà en souffrance à ce moment-là de la course. Si tôt. Ma cuisse me fait toujours mal, mais tant que je maintiens un rythme raisonnable, c’est tout à fait supportable. Pourquoi mes jambes ne sont pas capables d’encaisser cela ? Peut-être parce que le plus gros dénivelé que je fais à l’entrainement est de 250m en 30 km quand là je dois fait 1950 m D+ et plus de 2300 de D-. Surement même !

J’aperçois la voiture de mon père dans un champ (pas facile de nous suivre le long de la course !) : C’est qu’il ne doit pas être loin. Encore une fois, c’est moi qui le repère, lui ne peut pas nous voir. Il m’accompagne sur le chemin légèrement boueux, presque le seul du parcours d’ailleurs !
Je ressens les premiers effets de la fatigue. En 2014, j’avais dormi une bonne partie du samedi. Cette année, seulement du repos. Cela n’influe pas sur ma façon de courir, mais je rêve parfois d’un bon verre de coca au fond des bois pour me rebooster un peu ! Promis à St Genoux, je m’envoie du Pepsi Max (bon, j’avais déjà trouvé ça absurde en 2014, mais je réitère en 2015 : POURQUOI DU COLA LIGHT sur une course ? Je veux du SUCRE moi… Franchement absurde.)
C’est aussi un passage très joli de course, plus forestier, qui me rappelle mes courses de nuit dans « ma » forêt des Yvelines ! Je serai beaucoup ralenti dans ce passage, ne pouvant pas trop doubler. Tant mieux, j’avance quand même, mais je refais du jus.

Je double de nombreux blessés, de nombreux abandons. Beaucoup ont des problèmes intestinaux, dont je serai, encore une fois, épargné. Je double plusieurs mecs enroulés dans les couvertures de survie, qui marchent tout doucement vers le prochain ravito. Dur.

Temps de passage : 4h07 (1h24)
Temps estimé : 4h10
Temps 2014 : 3h59
Classement 2015 : 478ème (-281)
Classement 2014 : 377ème (-57)

Saint Genoux – Soucieu

11km / 209m D+

Après avoir rempli mon bidon d’eau plate, en sortant du ravito, panneau des 35km avant l’arrivée, soit la moitié. Ça va le faire, je le sais. Je l’ai toujours su, je me pose pas la question. En plus, je suis censé avoir un fan club à Soucieu. Je n’ai plus qu’à dérouler sur cette partie à profil descendant. Je reconnais chaque passage, chaque route, chaque chemin. Chaque descente, que j’arrive à descendre à relativement bon rythme me rappelle encore les souffrances de l’année dernière. J’étais vraiment mal en point. Ma montre m’annonce que la batterie est à plat. Je ne pourrai plus surveiller ma FC dans les côtes. Tant pis, je visualise bien les sensations que je dois avoir maintenant et devrais pouvoir gérer.

Je double encore un peu, mais moins. Le rythme autour de moi s’est stabilisé, c’est homogène. Je fais mes calculs. Je suis avec un pack qui sera Sainté d’or si on ne lâche rien. Motivant. Le goudron se fait plus présent sur la fin de cette étape : ce qui me permet de remettre un peu de rythme. C’est encore trop tôt pourtant, mais je ne peux m’empêcher de cavaler. Je gagnerai du temps par rapport à mon plan de route, que j’avais scrupuleusement suivi jusque-là. Quelques courtes mais raides côtes me rappelleront que rien n’est encore gagné. Le froid est plus présent, mais je suis toujours bien et ne regrette en aucun cas ma stratégie vestimentaire.
Puis, sans prévenir, sorti de nulle part, la faim. Mon gâteau sport a laissé place à un grand vide dans mon estomac. Une barre isostar et ça ira mieux, mais c’est rare ; je ne ressens que très rarement la faim quand je cours.

A force de redescendre, et après un trop long passage sur goudron où je double des coureurs par grappes entières, j’arrive à Soucieu ou j’aperçois mon père ; Je pensais qu’il était parti se coucher, ne l’ayant pas vu depuis plusieurs heures ! J’apprendrai finalement qu’il a pris en charge un blessé (tendinite) puisque les secours n’arrivaient pas, afin de le déposer à un poste de secours. Hors la circulation le long de la Saintélyon est compliquée du fait des interdictions de circuler. C’est une bonne chose, je le vois à l’entrée du ravito, je sais qu’il m’attendra donc à la sortie ; j’avais perdu 20 minutes l’année dernière à cet endroit, voulant abandonner. Cette fois, cela sera un arrêt éclair. Je complète mon bidon avec de l’eau plate, attrape 1 tuc, 2 tranches de saucissons et… BUG complet à la sortie : j’aperçois que je suis en 404ème position (405ème après révision des résultats) ce qui pour un Geek est cocasse. J’en rigolais encore 3 bornes plus loin !

Je n’ai même pas jeté un regard aux autres concurrents, ni aux bancs qui m’avaient happés en 2014. Dommage, je n’ai pas réussi à apercevoir Bernard et Yves, venu me voir à Soucieu, cela sera réparé à Chaponost.

Temps de passage : 5h16 (1h06)
Temps estimé : 5h30
Temps 2014 : 5h25
Classement 2015 : 478ème (-73)
Classement 2014 : 497ème (+120)

Soucieu – Chaponost

10,1 km / 190m D+

Je repars doucement avec mon père et on se donne rendez-vous à Chaponost. Je sais que les 8h seront faites. Je passe rapidement le panneau 20 km : il ne me reste même pas un semi à faire. Ce qui était un chemin de croix en 2014, va être un sprint en 2015. Enfin toutes proportions gardées, hein ! Ce passage, très routier, me paraît extrêmement court. Heureusement qu’il y a quelques côtes pour casser le rythme et nous permettre de marcher. Le corps réclame de la marche, ce que je faisais en 2014, mais là je n’ai aucune bonne raison pour le faire. Les côtes sont l’occasion de se reposer, boire. Je n’ai aucune difficulté à relancer après, ce qui est rassurant sur mon état, tant moral que physique. Je vole d’un souvenir à un autre. J’ai vraiment mis un temps interminable en 2014 sur ce passage ! Les descentes se font toujours en courant, et j’en vois beaucoup qui souffrent ! Je double mes premiers marcheurs et quelques concurrents des autres courses. Mon rythme me fait courir principalement avec des relayeurs. Je m’accroche à eux comme une sangsue : ils sont frais, ils courent donc régulièrement, il ne faut pas les lâcher. Panneau des 15km : ça y ‘est j’ai le droit d’accélérer enfin ! La ville est vite là, il fait toujours nuit noire, et j’avale avec gourmandise mais une certaine lassitude les derniers kilomètres avant le ravito.
supportersJ’aperçois Bernard, Yves et Papa ! Ça fait plaisir d’avoir du monde sur le bord de la route !
J’ai encore gagné 7 min par rapport à mes prévisions. Je n’ai pas fini mon bidon, je ne le rempli donc pas, attrape un tuc et ressors bien vite de ce ravito.

Temps de passage : 6h23 (1h07)
Temps estimé : 6h45
Temps 2014 : 7h01
Classement 2015 : 340ème (-65)
Classement 2014 : 731ème (+234)

Chaponost – Lyon

10,8km / 232 m D+

Il est 6h25 : je suis en avance sur mon temps, je prends donc le temps de dire bonjour à mes supporters avant de repartir. Un pipi, mon dernier gel, et je m’élance pour le sprint final. Le morale est à son maximum, je veux me faire un beau finish. J’ai mis 1h50 l’année dernière, je ne veux surtout pas revivre ce calvaire. Le parcours, gravé dans mes souvenirs me paraît vraiment plus court et roulant ! Les côtes sont gravies en courant, plus besoin de s’économiser. Je double même des relayeurs maintenant. Le 1505 est toujours là ! Mais ça grimpe toujours beaucoup, avec plus de 230m de D+ en 10 km. Roulant, mais pas tant !
La vue sur les lumières de Lyon donne du courage. Le ciel s’éclaircit. Vite, vite, je veux arriver de nuit moi !

Kilomètres 63 à 67, je lâche tout. D’abord dans les jambes d’autres coureurs, puis finalement en tête, j’augmente régulièrement le rythme. Enivrant. Au fur et à mesure, le faisceau des lampes derrière moi s’estompe. Les martellements des chaussures sur le sol s’estompent. Il n’en reste plus qu’un dans mon dos, accroché à mes basquets. J’ai définitivement perdu mon 1505. Après quelques kilomètres ce coureur me dépasse. Il me félicite et me remercie de l’avoir tiré. Il me propose de m’accrocher à lui maintenant. Je ferme les yeux, je souffre, mais cette souffrance est celle du plaisir. Je suis aussi vite que possible. On reprend quelques coureurs, encore. Il est très fort, je me rappelle l’avoir doublé plusieurs fois sur la course. La dernière grande descente : je croise encore Bernard et Yves avec Papa : je suis à mach 2 avec mon acolyte, ça sera juste un signe de la main (on est à 13 km/h, les cuisses sont tétanisées par le rythme que je leur impose). La montée des aqueducs que j’avais cru être obligé de devoir faire en rampant en 2014 nous fait face. Je cours le plus longtemps possible aux côtés de mon compagnon d’échappée : ça y’est, il faut marcher. Surpris tous les 2, nous sommes par l’heure. Il est 6h56. Il reste 6 kilomètres. Il veut faire moins de 7h30, a encore des réserves, ça le fera pour lui. Moi je sais que je ne pourrai pas tenir encore à ce rythme. Un léger replat, nous relançons de concert. Mais ça monte encore bien raid. La marche est obligatoire pour nous. Finalement nous avons gravi cette dernière côte. Enfin dernière… Il en reste encore une. Courte. Terrible.

Je repars, mais ne peux plus suivre. C’est étonnant, d’habitude j’adore « emballer » la fin de course, je retrouve toujours des forces insoupçonnées. Tant pis, le panneau des 5km me rappelle que je serai en moins de 7h45, donc Sainté d’or. Mon rêve ! Je ne peux m’empêcher de calculer. Mais les 7h30, dans mon état semblent difficiles. Je n’arrive plus à relancer et me traine lamentablement à 9 à l’heure. Je tiens bon dans la terrible dernière côte, arrive même à relancer ensuite. La ville est encore endormie, mais le soleil va bientôt pointer le bout de son nez. 3 km, je traverse le parc. 2km, ça sent bon !

Je me fais rattraper par 2-3 coureurs, je ne fais plus le poids. La descente de la Mulatière maintenant. Les escaliers. Wahou ! Cette année je descends en trottinant ! pas besoin de m’accrocher à la rambarde ! En bas, le long du fleuve, je suis ému. Le ciel va bientôt s’embraser et une nouvelle journée va commencer. Une larme. Mais cette année, ce n’est pas la douleur. Mais le bonheur. La joie d’une belle course, d’une course bien menée, d’un objectif atteint et même dépassé (explosé !). Pas besoin de forcer pour passer sous les 7h30, ça n’a aucune importance en fait. Une satisfaction immense s’empare de moi. Je ne raconterai pas les 2 derniers kilomètres, le long des voitures, à me trainer à 10km/h.

arrivée David saintélyonSur le pont Raymond Barre, Bernard, Yves et Papa sont encore là. Ça fait 5 bornes que je sais que je dois courir car ils ont fait l’effort de me soutenir, de m’accompagner, au cœur de la nuit. Je n’ai pas le droit de marcher alors que l’on m’encourage.
Papa m’accompagne en courant jusqu’à l’arche. 7h32. Le soleil se lève, une nouvelle journée commence. Vous y croyez-vous ? Moi, pas encore !

Je suis 307ème (comme ma voiture et après une 308ème place à l’écotrail !) sur 7000 dossards et 5323 à l’arrivée.

 

Temps de passage : 7h32 (1h09)
Temps estimé : 7h59
Temps 2014 : 8h50
Classement 2015 : 307ème (-33)
Classement 2014 : 1027ème (+296)

Ma trace Strava : https://www.strava.com/activities/445627930

Conclusion

Merci aux bénévoles qui s’affairent avant, pendant (toute la nuit) et après, pour que nous puissions accomplir notre passion.

Merci aux nombreux supporters sur le bord des chemins et parfois au milieu de la forêt : vos feux, vos cris, vos bras tendus, vos cloches de vaches sont très réconfortants.
Dans ma bulle tout le long, je regrette de ne pas avoir échangé avec d’autres coureurs. Le fait de ne pas se voir, la nuit, y est surement pour beaucoup.

Je ne vous ai pas parlé de la joie de courir la nuit, des rubans de frontales, de toute a magie de la Saintélyon. J’en avais parlé en 2014, c’est toujours le cas. Il faut le vivre, pas forcément sur les 72 km qui sont très exigeants. C’est splendide, c’est hors du temps. Le retour en ville marque la fin de la magie et de cette belle nuit.

Cette année, l’absence de boue (terrain très sec) et la chaleur permettait d’aller « claquer » un temps. C’est évident. Mais la difficulté c’est que tout, ou presque, peut se faire en courant sur cette Saintélyon, d’autant plus sèche. Il faut de la volonté, du mental pour courir tout le temps, non-stop. Que ça tape ! Le bon équipement permet de ne pas mourir de chaud (mal dont j’avais souffert en 2014). Je ne note aucune ampoule (mais j’avais les pieds secs à l’arrivée, ce qui est exceptionnel sur une Sainté), et seulement un hématome sur un pousse (j’ai peut-être tapé une pierre dans une descente ?). Beaucoup plus fatigué qu’en 2014, l’absence de sommeil le samedi en est surement la cause (à noter pour les courses de nuit).

Et la question. Est-ce que je peux marcher 24h après ? OUI ! Bon, c’est laborieux, mais tellement mieux qu’en 2014 que je considère cela comme un succès.

Je pense qu’il faut vraiment partir lentement, ne pas se laisser avoir par la foule, faire « sa » course sans s’affoler. Ne pas s’emballer dans les descentes, mais ne pas faiblir dans les côtes. Le fait d’être autonome permet de ne pas s’arrêter aux ravitos. En courant moins vite en moyenne, je fini le parcours aussi vite que certains qui couraient peut être plus vite (seulement 11 minutes de pause en 7h30, ravitos, bonjours et pipis inclus).

Maintenant, c’est repos. L’année 2015 a été sportivement très remplie, j’ai besoin de couper un peu (saison de mars à décembre !) Elle sera plus light en 2016, mais vous n’avez pas fini de me lire !

En 2016 ? Je ne pense pas, l’Origole me tendant les bras. Une autre fois ? Pas tout seul. Je l’ai fait, j’en suis ravi. Mais je me souvenais de tout le parcours, et le paysage reste difficile à observer la nuit. Je peux encore améliorer légèrement mon chrono (quoi que…) mais ce n’est pas un but pour moi. Si je reviens un jour, ça sera pour partager 8h (ou plus !) d’une belle nuit avec des copains, de prendre le temps de partager cette expérience unique.
Merci à tous, parents, amis, familles au bord des routes, derrières vos écrans ou votre téléphone, pour votre soutient, vos attentions, votre sympathie, vos encouragements. Ça me fait chaud au cœur, et ça me donne envie de me dépasser. C’est un vrai moteur quand le physique est défaillant. Merci !
Je vous donne donc rendez-vous très bientôt.

Vivement la suite !

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4 réflexions au sujet de « Une Saintélyon en or : récit de ma Saintélyon 2015 »

  1. Sylvie

    Super David toujours agréable de te lire, quelle performance !!! C’est une course vraiment bien géré le résultat en est la preuve ! Félicitations encore une fois tu peux vraiment être fier de toi, c’est un beau travail. Résultat d’un entraînement intense et d’une course intelligente.

    Répondre

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