Col de Furfande, raid vauban 2015, David

Raid Vauban 2015 – 7ème édition

C’est un peu par hasard que je me retrouve au départ du Raid Vauban, un raid VTT ou Vélo de Montagne qui revient aux sources du sport : dur, engagé, physique, dans une bonne ambiance de partage autour de paysages grandioses sous un soleil de plomb. Retour sur une longue balade à vélo loin d’être de tout repos ! Il y a quelques jours, je décide de me joindre aux futurs Embrunmen/woman de l’US Cagnes sur Mer triathlon pour une reconnaissance du parcours vélo à Embrun, évidemment ! La date est fixée au vendredi 5 juin. Ayant le temps et la place de prendre deux vélos (route et VTT) je recherche une rando VTT dans cette belle région et tombe… Sur le fameux raid Vauban. Il reste de la place (350 participants maxi sur le grand parcours) et au bout de quelques heures de réflexion, à quelques jours de l’épreuve je m’inscris. Malgré de gros doutes sur ma capacité à réaliser ce genre de course avec mon équipement XC parisien ! Pour 35€, je suis inscrit, j’ai un repas, et une navette qui me ramènera de Guillestre (arrivée) au lieu du départ (Arvieux). La reco du vélo de l’embrunman se passe très bien : 140km / 2800 D+ avec les copains tri athlètes, un tour du plan d’eau d’Embrun le samedi (2km de nage en combi). La nuit d’avant le raid, je plante ma tente au camping de l’izoard, à quelques kilomètres du sommet : la nuit est fraîche et calme au milieux des arbres. Camping à recommander : le gérant est un amoureux de la montagne, les installations très suffisantes pour un prix forfaitaire riquiqui pour les vetetistes.

Départ du raid vauban 70km à Arvieux

photo : Jérôme Canonge

C’est déjà l’heure de se placer sur la ligne de départ, après avoir déposé un sac que je pourrai récupérer à l’arrivée, que j’ai rempli de vêtements secs. Mon numéro de dossard, le 268, m’impose d’être en fond de grille, ce qui ne me gêne absolument pas : je prévois entre 8 et 9h de selle aujourd’hui, et je ne suis donc pas à 5 min. Le briefing, difficile à entendre, me rappelle que je suis en terrain inconnu : portages, passages à pieds obligatoires, descentes « exposées », responsabilité du cycliste, sont des termes qui parviennent doucement à mes oreilles. 8h, le clocher, d’Arvieux sonne : il est temps de laisser filer la meute.

Col de Furfande, raid vauban 2015, David

Col de Furfande, raid vauban 2015

Les premiers partent à un rythme très élevés sur leurs beaux 29 pouces : on sait déjà qu’on ne les reverra pas. Au bout de quelques instants, je peux enfin clipser mes pédales et débuter une longue partie de manivelles contre moi même. Le départ consiste à une ascension de 10 km sur une piste forestière, qui nous emmène d’Arvieux au col de la Furfande, soit de 1500 à 2500 mètres d’altitude. Bien que je parte tranquillement, je me retrouve à doubler de beaux 29 pouces suspendus pendant la première demi-heure d’ascension. Parti en manches courtes, la chaleur monte rapidement sous le casque et je ne regrette pas mon choix. Au bout d’environ 30 min, les places se figent, je ne double presque plus, et me fait passer que 2 ou 3 fois. Je roule en souplesse, sauf dans les passages à plus de 15% qui nécessitent de lâcher quelques forces. Il me faudra 1h pour franchir ce premier col quand les premiers mettront 47 min. Vu de Paris, ces longues pistes forestières paraissent facile, « il suffit de trouver son rythme ». Néanmoins, les pierres roulent parfois sous les roues, la chaleur peut faire son travaille de sape, et la longueur est impressionnante : mon expérience route (ascension de l’Izoard) m’a été bien utile pour me réguler, gérer l’hydratation et cet effort long en prise constante. Les paysages sont magnifiques et les efforts sont bien vite oubliés devant la beauté de la montagne à 9h malgré un ciel couvert.

Col de Furfande

Photo : Grégory Hache

On enchaîne sur une descente herbeuse, humide, qui ne me convient pas vraiment : glissante, je ne trouve pas mon rythme, et crains pour la suite : j’ai la sensation de ne pas être à ma place et je me fais doubler par des vététistes plus à l’aise que moi (je réaliserai par la suite que je dois en réalité être dans les 30 d’où les écarts de niveau). Heureusement, une forte côte refait son apparition avec portage nécessaire : l’ascension du col Garnier, 300 de D+. J’imagine alors que mon entraînement trail me permettra de reprendre rapidement du temps. Que nenni ! En réalité, je pense que l’altitude et le fait que je me bats à bien positionner mon vélo sur mon dos font que je ne gagne pas un kopeck sur les autres vététistes. Je me fais même doubler par de véritables « montagnards » qui semblent habitués à ce genre d’exercices ! En même temps, ils sont nombreux à porter des vestiges (chaussettes, maillots, plaques etc.) d’autres grands raids prestigieux : TransV, Vauban, Terres Noires etc. Le paysage reste toujours aussi grandiose, et le ciel se dégage quand je franchis le sommet.

Furfande, Vauban 2015

Photo : Grégory Hache

Je passe rapidement le 1er ravito, et on descend ensuite de 1000m en 30 min, via une descente absolument splendide, technique, (très) aérienne, que je réaliserai accroché à un autre 26 pouces titane, le seul autre 26 SR que je verrai sur le raid 70, prenant peu à peu la confiance dans ces singles tournicotant qui s’enfoncent dans la forêt en direction de la Maison du Roy. Le soleil est maintenant là pour le reste de la journée. Je tente de préserver au mieux mes bras et mes mains, de peur que les douleurs apparaissent trop vite. Les épingles passent tant qu’elles ne sont pas trop serrées, mais j’ai encore du travail à ce niveau là. On remonte ensuite sur une route ce qui me permet de reprendre quelques places qui se figeront ensuite plus ou moins jusqu’à la fin du raid, avant d’attaquer un magique single : ruisseau à gauche, vide à droite, erreur INTERDITE ! Le Canal Salva, si vous passez dans la région, est un must ! J’enquille en me faisant plaisir, sur ce terrain qui me convient mieux, en direction du deuxième ravito. Tout aussi bien achalandé, j’en profite pour me faire doubler par les 3 premiers du raid 55km, et recharger les batteries : il reste encore 39km ! Je repars dans ces petits singles toujours aussi jolis, à flanc de montagne, dans les arbres, qui longent les canaux de Risoul pour attaquer une boucle spécifique aux grands parcours (nécessitant de repasser deux fois au même endroit) : les bénévoles veillent à la sécurité et la bonne orientation en fonction de la plaque de course. S’en suit une terrible ascension, de Risoul jusqu’en haut de la descente des Eyminas. 300 de D+ en plein cagnard, je commence à bien comprendre ce que raid de montagne signifie : il me faudra 30 minutes pour en venir à bout ! Je pars en moulinant, gardant à distance constante mes poursuivants. Puis au bout de 20min, lors d’une relance en danseuse, au lieu de descendre 2 pignons comme à mon habitude, je place la plaque. Je me rassois et à mon plus grand étonnement, ça tient : je peux monter comme ça. En quelques secondes, je ne vois plus mes poursuivants et double quelques vététistes qui moulinent comme je le faisais il y a quelques instants. J’attaque donc seul la magnifique descente des Eyminas. Technique, ultra étroite, je ne la recommanderai pas à tous les vététistes ! Je laisserai repasser un Sobre 29 pouces qui je venais de doubler dans la côte et nous nous dirons à dans 5 minutes, dans la prochaine ascension ! Je rejoins néanmoins le parcours commun, malgré quelques difficultés dans des passages à pieds, le vide à ma gauche ne me convenant… pas du tout ! impossible de marcher le long du vélo, je dois le porter au dessus du vide et longer la parois rocheuse : une première pour moi et un manque de confiance évident. je me ferai donc rattraper avant de poursuivre sur le magnifique sentier de Panacelle qui nous ramène à Guillestre. Le soleil cogne, et le ravitaillement sur la ligne d’arrivée est une bénédiction : je refuse de recharger mon Camelback car il me reste 1/2 litre et que le prochain ravito est dans 10km. Erreur de débutant… J’ai 4h03 de VTT au compteur et un peu moins de 50km et 2000 de D+ dans les pattes, je suis plus rapide que mes prévisions, tant mieux ! Je repars donc rapidement pour la boucle Guillestre – Guillestre de 22km et 1000 de D+, à la poursuite de quelques vététistes que je doublerai sur le plateau de Simoust et dans la côte du Mon Dauphin pour atteindre le magnifique fort Vauban, que nous traversons par les fossés : quelle chance !

Fort Vauban

Photo : Grégory Hache

raid vauban 2015Le rythme est bon, je suis toujours poursuivi par les mêmes gars dont le 26 pouces titane et je pense déjà au 4ème ravito qui ne devrait donc logiquement pas tardé, à l’attaque d’une nouvelle ascension. On rentre dans le plus dur du raid : la répétition des ascensions et des descentes techniques ont fatigués les organismes, le soleil cogne, on note près de 35 degrés, et on sait qu’il en reste encore. Je gravis à rythme d’escargot ce long chemin, tentant de reprendre les vététistes que j’apperçois au loin, mais en vain. C’est donc parti pour 45 minutes d’ascension et 400 de D+. Je vide rapidement ma réserve d’eau, attrape un gel et me mets en mode survie : on éteint le cerveau, on regarde le paysage et on se rappelle qu’on a de la chance de faire ça. La chaleur est forte, et ça n’en finit pas. J’en profite pour doubler mon Sobre de tout à l’heure. Les 5 minutes auront été un peu longues ! ça me fait penser à ces longues heures de trails, ou il faut parfois attendre que le coup de mou passe pour repartir de plus belle. En milieu d’ascension, un ravito à l’ombre avec des bénévoles toujours aussi sympa. Je ferai une longue pause pour manger, boire, recharger le camelback et discuter de la suite des hostilités avec les bénévoles : encore 12km, dont une ascension de 200 de D+, une descente très aérienne, une descente hyper engagée qui mène à la conduite forcée de Guillestre pour finir par une dernière ascension de 100 de D+ qui ramène à l’arrivée. Je me suis fait donc dépasser par plusieurs coureurs, et bien que je sois bien avec les gars du coin, il faudrait s’y remettre. J’en redouble la majorité dans les 200 de D+ suivants puisque je me rappelle que quand je mets la plaque, ça marche aussi, et attaque la fameuse descente technique ouverte par les bénévoles cet automne tout spécialement pour le raid. Il y a des panneaux Danger partout, des passages à pied obligatoires, de la rubalise, des secours et des bénévoles à chaque difficultés. C’est en effet engagé, technique, et il faut une vitesse minimum de passage si l’on veut espérer rester sur le vélo. Néanmoins, certaines épingles, trop serrées pour moi, m’obligent à passer pied à terre, le reste passe (quand c’est autorisé). On atterrit sur une route, pointage, avec une légère remontée pour la dernière descente. Je file à près de 30 km/h pour rattraper ceux que j’aperçois au loin mais en vain. J’attaque la descente de la conduite forcée seul, et il me faudra près de 15 min pour en venir à bout, avec des passages à pied obligatoire, et des cordes accrochées à la parois. C’est nouveau pour moi et pas de chance le vide est côté gauche : côté droit aucun problème, ça ne me fait rien, mais à gauche… c’est une autre histoire ! La descente se termine par des épingles très courtes. Je devrai laisser passer 3 poursuivants dans les dernières que je franchis à pied par manque de technique évident !

Raid vauban 2015

Photo : Grégory Hache

WP_20150607_012 WP_20150607_013 On arrive dans la vallée pour la dernière remontée jusqu’à Guillestre, 3km plus haut. J’en suis à 6h05 de course et j’ai 3 cibles dans le viseur. Le fameux « coup de la plaque » me revient en mémoire et je m’emploie donc à  franchir cette dernière difficulté sur le gros plateau. Je reprendrai ma dernière cible au sommet, dans un râle (le siens, pas le miens !) et après une belle course poursuite dans les singles puis la ville qui nous ramène sur la ligne d’arrivée, nous franchiront ensemble la ligne d’arrivée en 6h19min48s de course et en 52ème position sur 204 finishers (et 300 partants environ).

Je termine donc en 6h20 avec 15 minutes de pauses, 72,5m, 3100 D+ et 3750 D-.

Profil RV 73km 2015

Profil RV 73km 2015

Un repas plus tard, après 45 min d’attente pour la navette, [une ballade en navette à marquer dans les anales tant le conducteur engageait sévère dans la vallée du Guil et l’ascension de l’Izoard] je récupère ma voiture à Arvieux, récupère mon vélo au parc fermé à Guillestre et je quitte les montagnes quand les derniers arrivent à bout de cet exigent raid, alors que les premières gouttes de fin d’après midi tombent.

Un raid magnifique, une organisation parfaite, un balisage nickel, des ravitos bien achalandés, des difficultés bien indiquées, des paysages à couper le souffle. J’ai découvert ce que le vélo de montagne signifiait. C’est physique, engagé, dur. Ce n’est pas pour le premier vététiste venu. Il faut une sacré caisse pour venir à bout des acensions et résister à l’usure des descentes. Mais j’ai énormément apprécié ce raid qui me paraît être le plus dur que je n’ai jamais fait en VTT.

Mon vélo : Le 8XC PRO n’est pas l’arme idéale pour ce genre d’aventure néanmoins j’ai apprécié sa légèreté, sa maniabilité, sa nervosité, notamment pour les singles et ascensions. Pour les descentes, des pneus mieux cramponnés que mes Cobra tubeless light en 2.0 n’auraient pas été superflu, et des freins plus endurants que mes Avid X.O 160 mm aussi. Surtout, le pilote manque d’entrainement quand le vide devient très proche des roues et que les épingles se raccourcissent.

A refaire ? Je ne sais pas encore, car c’est physiquement très difficile. Il faut arriver bien préparé avec un bon morale. L’équipement joue aussi un rôle primordial. Mais qui sait, avec un 29 pouces SR, pour voir la différence ?

Les résultats sont en Ligne ici  https://drive.google.com/file/d/0BwZz45U4bfDxSkJWMFhia2dmbGc/view

Publicités

4 réflexions au sujet de « Raid Vauban 2015 – 7ème édition »

  1. Jean-Pierre Dumoulin

    On s’y croirait en lisant ton CR . Superbe performance , ça me rappelle ton CR de la Granit l’année dernière où tu avais sur la fin aussi découvert que tu grimpais plus vite sur la plaque 🙂

    Répondre
  2. SOBLER Patrick

    Bravo David, merci de nous faire vivre tes exploits par procuration, une chose est sure c’est que ce raid qui me tentait n’est pas fait pour moi, les parties aériennes c’est pas ma tasse de thé.
    Pat
    ps: David t’oubliera pas de me rendre ma paire de jambes pour la Granit 🙂

    Répondre
  3. bast

    Salut David,
    Bravo pour ce bel exploit !
    Le parcours semble très intéressant techniquement, et comme par hasard nous serons sur Embrun avec Alain début juillet 😁
    Si tu as la trace ça nous intéresse.

    Bonne Granit à tous.
    A+
    Bast

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s