Ecotrail 80km 8ème édition : la course intelligente

Samedi 21 mars, 6h. Bien que le départ soit à 12h à la base de loisirs de Saint Quentin en Yvelines, j’ai déjà les yeux grands ouverts devant le nouveau défi qui m’attend aujourd’hui. 80km sur les chemins parisiens (à 90%) : ma plus grande distance en course à pied. Il est bien trop tôt pour se lever, je ne veux pas tourner en rond et stresser.
Je n’arrive à manger qu’une part de mon gâteau sport, mais j’ai bien mangé cette semaine, alors je ne m’affole pas. Je n’ai pas l’habitude d’un départ à 12h.

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Dernière lecture du règlement avant le départ. Qu’est ce qui est obligatoire dans le sac ?

10h45, il est déjà temps de prendre la voiture pour la base de loisirs. 11h15 sur place, c’est agréable un départ à domicile. La température n’a cessé de diminuer pendant le trajet pour atteindre 6 degrés. Courir en short – T-shirt à manches longues va être compliqué, mais je n’ai volontaire pris aucune autre couche, pour ne pas me surcharger.

Je reste le plus longtemps possible au chaud dans la voiture, à regarder les champions s’échauffer, les autres concurrents essayer leurs tenues (la palme d’or revient à mon voisin de parking qui changera pas moins de 3 fois de tenue en 10 minutes, tout ça sous le regard amusé de sa famille).

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Dernière discussions avant le départ

11H30, il est plus que temps d’y aller. Il fait un froid de canard, je suis très inquiet, n’étant pas équipé pour ce genre de températures et n’ayant pas un physique me permettant de résister au froid. Je suis plutôt du genre à aimer la chaleur !
En me rendant sur l’aire de départ, je me réchauffe un peu, et surtout, je tombe nez à nez avec un groupe de copains d’école / collègue qui font aussi la grande distance. C’est motivant, on a des objectifs similaires, ça permettra de ne pas se sentir seul sur la course.
Derniers préparatifs et c’est déjà l’heure de se rendre dans le sas de départ.
Je reste avec les copains, satisfait de ne pas être aux avants postes.
La stratégie est simple : partir le plus lentement possible, ne pas me cramer, et tout lâcher à la fin, si jamais j’ai encore des forces. D’ailleurs le briefing rappel aux concurrents qu’il ne faut absolument pas partir vite bien que les 23 premiers kilomètres soient « roulants ». Pas de stress pour moi, pas de grosse émotion, mais l’envie d’en découdre enfin.

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Il va falloir y aller. Vite, il ne fait pas chaud !

Objectifs :

  • Pouvoir marcher le lendemain
  • 10h, et dans le meilleur des cas 9h20-30 de course
  • Arriver à St Cloud avant la nuit.

Balade dans l’ouest parisien

Après un faux décompte de départ, le vrai départ est lancé. Je suis dans le milieu de peloton, je pars très tranquillement à 10-11 km/h, avec les copains derrière. Attention aux pieds, c’est un champ de mine ce terrain ! On rentre rapidement dans les petits chemins. Un peu frustrant car ça n’avance vraiment pas vite, mais il faut que je me tienne à mon plan de course. On verra dans 70km comment je me sens !

Bon an mal an, le peloton s’étire. On est en paquet, mais on peut enfin dérouler tranquille, à la vitesse supersonic de 10-11km/h estimé au pifomètre. J’ai l’impression d’assister à une course de tortues. Je n’ai pas l’habitude d’avancer aussi lentement et c’est un vrai effort que de m’y tenir. Très rapidement j’accroche le fameux Jack du forum Kikourou (dossard 1996), qui semble avoir un rythme similaire au miens. Au courra quasiment jusqu’à la fin de la course ensemble, ce qui me permettra d’assister à la bonne ambiance qui règne au sein de cette communauté Kikourou.

C’est un forum dédié à la course à pied sous toute ses formes où champions et coureurs lambda se côtoient dans la bonne ambiance et dans le respect du sport. J’ai tout appris de la saintélyon puis de l’écotrail en lisant les fils de discussion dédiés à ces courses. Je croiserai de nombreux membres du forum pendant la course, et courrai avec certains d’entre eux (Yves94, patfinisher, Jack, Caro etc.). Ça donne envie d’adhérer à la communauté !

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A la sortie de la base de loisirs de SQY

Après avoir fait le tour de la base de Saint Quentin, plate comme une pizza, et quelques temps avant d’arriver au nouveau Vélodrome, mes parents sur le bas-côté ! Ça fait une petite heure que je cours et c’est agréable de se sentir soutenu dans cette longue journée qui s’annonce !  Je traverse la nationale sur la passerelle toujours dans les pattes du fameux Jack qui doit me prendre pour une sangsue, et j’enchaîne vers la Minière. C’est marrant de passer à des endroits connus à VTT, ça ne change pas la course, mais ça ajoute une touche sympa. Je continue à me réguler, ce n’est pas marrant, mais ça fait le job comme on dit. Je n’ai pas froid mais le temps est vraiment gris-couvert, chacun est dans sa bulle, l’ambiance n’est pas aussi impressionnante que la Saintélyon, mon seul point de comparaison en trail. Je commence à me faire beaucoup doubler. Soit j’ai ralenti, soit tout le monde en a marre de cette course de tortues. Difficile de ne pas s’affoler, mais je résiste, et refuse d’accélérer.

Au loin des cyclistes connus : Séb & Julie venu me souhaiter bon courage aux abords de Guyancourt. Ça fait du bien d’échanger quelques mots à 13h20, je sais alors que le premier ravito sera dans 50 minutes environ. Ils me souhaitent bon courage pour la remonté qui s’annonce, le premier dénivelé de cet Ecotrail, et m’attendent 30 minutes plus loin, sur un chemin que je connais par cœur à vélo.
La côte justement, est avalée à rythme d’escargot. J’ai un objectif, ne pas me cramer et je m’y tiens. Dur de laisser filer les autres devant, mais je me suis promis de ne pas faire n’importe quoi, j’ai trop souffert à la Saintélyon à courir comme un dératé en début de course. Je prends mon mal en patience, et je sais que mon fan club est un peu plus loin. D’ailleurs les voilà à 13h46 ! Un petit film, mais je ne m’arrête pas, ils peuvent voir que je suis ok, direction le ravito, sur des chemins bien connus de la Minière. Ça va plus vite en VTT ! Beaucoup de supporters autour de Buc, très motivant.

pour l'instant, ça va !

pour l’instant, ça va !

Première côte vraiment raide, beaucoup de marcheurs. Je la jauge, je suis capable de courir. Mais non, David est raisonnable aujourd’hui. Et il faut que je reconnaisse que je n’ai pas non plus des jambes de feu, je ne me sens pas d’envoyer « sévère ». C’est ce moment que choisissent les copains pour me dépasser à bon rythme. Petits mots d’encouragements, ils ont l’air au top, et surtout ils courent ! Ils ont dû s’arrêter pour enlever les coupes vents ce qui me fait gamberger… Ils vont vraiment plus vite que moi, peut être que je ne suis vraiment pas dans un grand jour finalement. J’essaye d’accrocher le wagon, mais l’effort est trop intense pour moi et je laisse filer.

En fait, nous voilà déjà à Buc, km 23, au premier Ravito, dans une école. Je jauge rapidement : je dois être dans le gros du peloton, je suis 558ème scratch en 2h07 quand je visais 2h15 pour être raisonnable. Challenge relevé. Je n’ai pas trop tapé dans ma réserve de boisson et je suis autosuffisant en nourriture. J’attrape du saucisson et du fromage (de bonne facture) et je continue ma route, en marchant le temps de manger. Je redouble donc très certainement les copains avec ce « non arrêt éclair », mais je ne doute pas qu’ils me rattraperont vite. A peine je me relance qu’une grosse côte nous fait face. Mode trail ON, maintenant on marche TOUJOURS quand ça grimpe. Dès que j’arrive en haut, je relance avec mon petit groupe de coureurs. Pour l’instant, les jambes répondent correctement. Je fais le yoyo avec un autre coureur Kikourou, Yves94, qui restera avec moi jusqu’au 60ème kilomètre, mais ceci est une autre histoire.

alpe d'huez

On m’avait prévenu sur internet que cela serait la partie la plus difficile, et bah on ne nous avait pas menti. Ça monte beaucoup. Je ne grimpe pas trop mal, cassé en deux pour ne pas trop tirer sur les jambes et j’arrive toujours à relancer après. Je passe le fameux « Alpes D’Huez Kikourou », l’ambiance est bonne.

KM 30, avec des kikoureurs

KM 30, avec des kikoureurs

Me voilà maintenant au 30ème kilomètre, quand on passe au-dessus de l’A86. Mes parents sont encore là, à m’encourager, c’est top ! Ils me donnent rendez-vous au 40ème kilomètre, mais je ne les y verrai jamais, il me faudra attendre le 50ème, un peu dur moralement.
D’ailleurs ça sera le seul passage de boue de toute la course, et je plongerai joyeusement mes deux pieds dedans ; souvenirs de la saintélyon ! Je me pose beaucoup de questions, car je commence à me faire beaucoup doubler, du moins c’est une sensation, et je ne me sens pas vraiment capable d’accélérer. J’ai l’impression d’être un gros diesel qui n’arrive pas à chauffer.
Ensuite, ça court sur le plat et dans les descentes, ça marche dynamiquement dans les côtes. Je garde toujours les mêmes coureurs en vue, sans forcer. Pourtant je commence déjà à sentir la cuisse gauche dans le dur. Les mauvais souvenirs de la Saintélyon reviennent. Je redouble d’attention pour ne jamais forcer.

KM35, je sors des bois à Velizy : surprise, Mathieu m’attend sur le bord de la route : pas le temps de m’arrêter, il prend ma foulée et m’accompagne sur 1km. Ça permet de discuter, de ne pas sentir la descente suivante, et ça fait un bien fou au moral.

Merci les copains, pour les présents, pour les textos, pour les messages FB et autres. Je sais que vous étiez nombreux derrière moi, et ça donne la pêche quand c’est difficile !

A l’attaque d’une grande côte, pause technique. En haut, on annonce le ravito de Meudon à 100m. Ça veut dire que j’ai un marathon dans les pattes, et qu’en gros j’ai fait la moitié. Et bah, mon gars, on n’est pas rendu… Les 100 mètres sont en réalité un peu plus longs. Y’a bien 100 mètres à vol d’oiseau, mais on nous fait redescendre, puis remonter, pour finir sur un escalier plein de supporters. Je continue malgré tout à courir.
Arrivé au ravito, on m’indique le KM 45. Plus que 35 à abattre. Ravito uniquement d’eau je bois un verre, en attrape un deuxième, et repart illico-presto. Comme on dit, pas de repos pour les braves.

J’ai mis 2h38 (temps estimé 2h40) pour atteindre ce ravito, il est donc maintenant 16h45. Je suis 401ème scratch. J’ai bien fait de ne pas partir trop vite, j’ai repris du monde, contre toute attente.
Ça monte, on marche, ça descend on court, et c’est reparti. Je sais que le prochain ravito est à Chaville, KM 55. Les barrières horaires ? Je ne les connais même pas…

On se retrouve dans Meudon ville, ça descend (ça va) avant de remonter durement. On marche tous, pas besoin de faire les braves ici. J’emmène un petit groupe jusqu’à l’observatoire (toujours les mêmes d’ailleurs) mais on est assez seuls maintenant. Dur en arrivant en haut, il fait froid, c’est venteux, et on voit clairement qu’on fait un aller-retour sur la terrasse. Ça me rappelle la terrasse de Saint Germain en Laye, que j’évite toujours quand le temps est menaçant, trop dur moralement. Là pas le choix, alors on profite de la vue. On voit la tour Eiffel, et d’ailleurs, vu qu’il est 17h, le premier doit l’avoir en ligne de mire. Nous on plaisante en se disant que le traceur n’est pas doué, en ligne droite ça doit passer aussi !
On quitte le parc de l’observatoire et on s’enfonce dans les bois. J’emmène mon Kikoureur avec moi, des japonais que je suis depuis le km 1. C’est plat, il ne fait toujours pas chaud, il fait gris, on est plus très nombreux. Et j’avance mais pas tant. Vous l’avez compris, en un mot, comme en cent, je suis dans le dur. Le vrai, le mental. Physiquement ça va, pas pire qu’au 30ème kilomètre, quand je commençais à sentir ma cuisse gauche. Pas mieux non plus, c’est vrai. Je n’ai aucune raison de marcher, c’est plat. Mais j’en rêve à chaque pas. Je ralentis encore, je dois avancer à 9-10 à peine. Je sens que cela s’impatiente derrière d’ailleurs, je laisse filer doucement. Ce sont des longues lignes droites, des allées forestières. Même à VTT, ça ne me fait pas rêver. Je tiens en me disant que dans la prochaine côte, je marcherai. Mais c’est plat. Je m’ennuie. Je ne sais même plus pourquoi je cours. Je n’ai aucune motivation. J’avance, mais je n’ai plus envie d’aller au bout. Je ne veux plus m’infliger ça. Je ne veux plus faire de trails, plus de longues distances. C’est trop dur. Mais j’avance car « ce qui est fait n’est plus à faire », l’un de mes mantras de la saintélyon. Au bout d’une allée forestière, mon fan club volant.

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Dans le dur, KM50

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A l’aspi, ne rien lâcher

Je ne peux pas le cacher, j’annonce que c’est dur, que je ne suis plus sûr d’aller au bout. Pour l’instant je continue. Je vais bien physiquement, mais la tête n’est plus là. Je suis au 50ème kilomètre, est 17h26. Les quelques coureurs que je vois, sont dans le dur aussi, les visages sont fermés.

Avec le recul, 30 km entre 2 ravitos, c’est beaucoup, on était tous limite d’après les échanges que j’ai pu suivre par la suite.

Je les revois dans 5kms au ravito de Chaville, il sera alors temps de prendre une décision. Le froid continue de nous maltraiter. Je repars, je monte en marchant, comme tous, j’essaye de ne pas lâcher « mon petit groupe ». Je réalise alors que je suis face à mon « mur ». On parle souvent d’un mur sur les marathons, autour du 35ème kilomètre qui a de nombreuses explications scientifiques. Le miens, de mur, c’est le 50ème kilomètre, comme à la saintélyon, quand j’ai voulu abandonner. Ça ira mieux plus tard. J’essaye de garder ça en tête. Et puis, même si je ne vais pas vite, l’air de rien, j’abats des kilomètres. Je fais le parallèle avec le vélo, quand je suis dans le dur, accrocher dans la roue d’un plus fort que moi, et que je sais que je ne dois pas le lâcher, sinon je me ferai irrémédiablement distancer. Je tiens bon jusqu’à Chaville, Km55, 17h59. L’un dans l’autre, j’ai réussi à tenir mes objectifs et je suis maintenant 379ème. Petite progression par rapport à la 401ème place scratch du ravito précédent.

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Chaville, 2 min d’arrêt. Ouf, on y est !

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Mon assistance volante est sur le ravito. Je ressens leur inquiétude. Coca (Non mais allô quoi ? encore du Pepsi ? Mais j’en ai marre moi. Y’a que moi que ça énerve ? Le Vrai COCA COLA, y’a que ça de vrai), saucisson, fromage, et je repars en marchant. Arrêt assez rapide, moins de 5 minutes, et j’ai rattrapé mon coureur «kikourou » qui avait fini par me lâcher. On repart en marchant, le temps de s’alimenter et de s’équiper. Autour de moi, ils ont tous sorti les coupes vents. Je me sens un peu bête avec mon t-shirt manches longues, car le froid commence à être  piquant.

C'est reparti, encore 25km

C’est reparti, encore 25km

Je lâche mon assistance qui me promet de me revoir vite, et j’attaque, en marchant la longue côte suivante, à l’entrée du bois des Fausses reposes. Et ça grimpe. Elles commencent à faire mal toutes ces côtes. Heureusement, depuis le début, le terrain est bien sec, donc on ne perd pas d’énergie et les relances en haut sont aisées. Je suis satisfait, car en haut de chaque côte, j’arrive toujours à relancer. Surtout la côte est parsemée de messages sympathique du forum Kikourou (oui, je sais encore eux ! à croire qu’on est sur « leur » course).

Et puis… Ce que j’attendais depuis plus de 6h30 se produit enfin. De façon inconsciente, totalement inespérée… JE RENTRE DANS LA COURSE.

KM60, je rentre dans la course

Le buste se redresse, le sourire revient, la foulée s’allonge. Plus besoin des autres, maintenant, c’est moi qui impose le rythme. Les longues côtes autour de kilomètre 60 sont avalées à moitié en courant, je coupe juste sur la partie finale raide. Je double pas mal même si les concurrents sont déjà bien éparpillés. Je n’ai plus froid. J’annonce à mon assistance volante, encore bien positionnée, que là c’est bon. Je vais le faire. J’ai envie de le faire. J’enquille maintenant.
Je ressors de la forêt des Fausses Reposes : je cours seuls, je double les quelques coureurs éparses, mais on est plus très nombreux maintenant. Je recroise encore mon assistance volante : ils sont partout ! Je leur demande d’allumer la lumière, la pénombre s’installe en sous-bois et je n’ai pas l’intention de couper avant le prochain ravito. Je suis littéralement « à fond ». Je vole. Je ne coupe dans aucune côte. Je ne fais que doubler. Alors, non pas des dizaines, mais des concurrents seuls par-ci par-là. J’ai irrémédiablement et définitivement lâché le groupe qui m’accompagnait depuis 60km. Désolé les gars, mais Dav vient de rentrer dans la course. J’ai 20 bornes devant moi pour faire la différence. Quelle différence ? Ça n’a aucune espèce d’importance. Par contre l’important c’est que je sais pourquoi je cours : pour ce plaisir d’avaler les kilomètres, libre, au fond des bois, seul. A MON rythme. Dans mes pensées. Sans me soucier des autres. Sans bruit. Quel plaisir, dans chaque côte, de dépasser des marcheurs. Ce n’est pas raisonnable, mais j’ai été raisonnable pendant les 45 premiers kilomètres, puis j’ai eu mon mur. Maintenant, j’ai le droit de m’amuser. J’irai au bout. On verra comment, mais j’irai. Marcher ? Quelle drôle d’idée, je n’y pense même pas une seconde. La pénombre s’abat rapidement, je bats de plus en plus fort le sol pour ne pas me faire manger par la nuit. Quelles sensations, quelle course ! Elle ne durera peut être que 20 bornes, mais ça valait le coup !

Une côte autour de Ville d’Avray, devant l’église Saint Eugénie, km63,7 : un supporter me regarde droit dans les yeux et me sort en m’applaudissant « Tu es solide toi, impressionnant, tu es solide… ». Et oui. Dans le mille, je suis devenu solide. Il m’aura fallu de nombreuses heures de course pour en arriver là, mais je suis dans mon élément. J’enquille toute la forêt de domaine national de Saint Cloud « à bon rythme » pour un mec qui a 65 bornes dans les papattes. J’emmène quelques mecs sur mes talons, jamais à moins de 11km/h et parfois jusqu’à 13km/h. Nous voilà au rond de la balustrade, la lumière est de moins en moins forte. On nous annonce 2km du dernier ravito. C’est dur mais je ne veux rien lâcher.

Bataille avec la tombée de la nuit

Bataille avec la tombée de la nuit

Et hop, mon assistance personnelle – volante – hors pair est encore là ! C’est peut-être la dernière fois que je les vois avant l’arrivée ! Mais je ne peux pas couper, je dois arriver au ravito avant qu’il fasse plus nuit que nuit.  Les dernières centaines de mètres se font sur la pointe des pieds, de peur de buter sur le sol que je ne vois presque plus.

Ouf, c’était moins une, 19h25, nuit noire, je rentre dans le dernier ravito qui surplombe Paris en 338ème position scratch. C’est désert ici, et ça fait plaisir de voir les bénévoles. Je les fais rire en leur expliquant qu’on est tous ravi de les voir. Ils comprennent. La course est pliée, mais je peux encore faire quelque chose. Je grignote, je bois beaucoup. Je décide de repartir sans eau, il reste 11km, je peux le faire. Je mets la frontale et j’attaque la descente.

Pacman

Premier kilomètre difficile, tout en descente dans les pierres, je ne manque évidemment pas de buter lourdement dans une pierre : l’orteil en prend un sacré coup, et pendant quelques instants je ne peux plus poser l’avant du pied. Essayez de courir comme ça, vous verrez comme c’est facile.

Débuts poussifs, j’arrive vite sur les quais. La partie magique de Pac Man peut enfin commencer. Je décide de tout lâcher. Je double les mecs un par un. Personne ne me rattrape c’est enivrant. Alors, certes, c’est moche, on court parfois le long des voitures, on a un sacré vent de face, mais au loin, j’aperçois la grande dame de Fer, et ça, c’est magique. Un arrêt éclair auprès de ma voiture suiveuse, il est 19h54. Je serai à la grande dame dans moins d’une heure, on se voit là-bas.
Je ne sais pas si je vais tenir, mais je décide de ne pas lever le rythme. J’envoie, un point c’est tout. 2 mecs au loin, ils avancent à mon rythme, 11km/h. Je fais tout pour les recoller, mais ils s’accrochent les bougres. A la faveur d’une côte, je les pacmanise, je mets à leur hauteur, les faisant sursauter : « Combien de kilomètres encore ? ». « 7km pour la belle dame », me répondent-ils. Aie, j’espérais 5 ! Je me mets dans leur dos, à 11km/h environ.

Ça les motive, on pousse à 12km/h maintenant. On pacmanise bien. Heureusement, car c’est glauque par ici. Le mec à ma gauche commence à souffler fort. Le pas devient lourd. Je sens qu’il ne tiendra pas. Que va faire son pote ? Tour TF1. Microsoft. Quai d’Issy. On nous propose des fraises tagada pour finir (encore une nana du forum Kikourou !) mais là, on envoie trop, pas prévu de sortir les aérofreins !
Je prends les devants, je jauge mes 2 gars : Je sens leur souffle dans ma nuque.
Aller, j’en remets une légère couche, je frôle maintenant les 13 km/h. ça craque derrière. Je ne tiens pas longtemps, mais suffisamment pour faire la différence. Je continue, Garigliano. Grenel. Paris est à moi ce soir. Je motive chaque mec que je double, « vient avec moi, on va le faire ensemble ». A l’arrivée de l’ïle aux Cygnes j’en motive un qui marche. Il râle. Je l’ai remotivé ! On discute, on sera plus vite là-bas à deux ! En arrivant aux escaliers, je me fais doubler par une fusée. Je lâche mes dernières forces dans la bataille. On m’annonce 500 mètres pour l’escalier de la tour. Je lâche tout, je prends les devants.

Je débarque en transe sur le parvis de la tour : haie d’honneur, au milieu des touristes. Je monte sur l’estrade, m’arrête. Il ne se passe rien. Pas un regard des organisateurs. C’est bizarre non ? Je me retourne : ça revient derrière moi, mais ça ne ralentit pas. On me crie « cours, cours ». Je re-sprint donc. Mon fan club est là  !!!!! WHAOU, merci les amis, ça fait trop plaisir ! Mais je ne m’arrête pas faut monter au premier étage maintenant, 386 marches quand même. Petit moment d’égarement dans l’escalier, pour moi la course est finie, je perds donc du temps, alors qu’en réalité le chrono continue de tourner jusqu’au premier étage. Dommage je perds quelques minutes et places, mais c’est anodin. Je franchis la ligne avec le sourire. Je suis content d’être là.
Médaille, t-shirt et une bière pression. Une vraie. Au premier étage de la tour Eiffel, rien que pour nous. Une des meilleures. Aussi bonne que celle de l’Embrunman, c’est dire. Il est 20h34, je suis 308ème scratch (121 SEH).

Finisher en 8h34, 308ème scratch

Finisher en 8h34, 308ème scratch

Je profite de la vue magnifique sur Paris illuminé, et je rejoins les ascenseurs. Ça permet de refaire la course avec les autres arrivés de ma vague. La descente en ascenceur, au milieu des touristes américains est un vrai sketch : faut dire qu’après 8h30 passés dans les bois, on ne sent pas la rose et on a des sacrées dégaines.

Je me change rapidement au milieu des touristes, Claire nous quitte, et direction le podologue. Je me fais un peu grondé car mes ongles sont noirs, mais pas d’aujourd’hui, de la Saintélyon ! On me soigne quelques ampoules, et direction le repas. Merci les amis.
Les copains ne sont pas loin derrière et finissent ensemble (la classe !) en 9h20 : bravo les gars, il fallait aller le chercher ce premier étage, c’était une course piégeuse.

Moment intense en podologie.

Moment intense en podologie.

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Le repas du finisher

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Merci les amis !

Et les objectifs au fait ?

  • Pouvoir marcher le lendemain : Check
  • 8h34 de course : Check
  • Arriver à St Cloud avant la nuit. Oui. Enfin non, mais j’attendrai quand même le ravito pour sortir la frontale du sac.

Les chiffres

Merci Hervé pour les analyses

Analyse Ecotrail 2015 80 km David dossard 1662Analyse Ecotrail 2015 80 km David dossard 1662Analyse Ecotrail 2015 80 km David dossard 1662  suivi livetrail ecotrail de paris 80km dossard 1662

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6 réflexions au sujet de « Ecotrail 80km 8ème édition : la course intelligente »

  1. Schuster

    Finalement à lire cela parait plus dur pour les suiveurs, que pour le coureur …. un père « épuisé » moralement !!
    Bravo encore David

    Répondre
  2. Sophia

    Ton récit donne des frissons surtout le moment où tu « voles » vers notre dear Dame de Fer.
    Tu vas bientot devoir changer le nom de ton blog :p
    Bravo pour cet exploit de taré !

    Répondre
  3. Hervé

    2ème gros trail seulement et déjà une expérience de « vieux traileurs ». Bravo pour la gestion de ton effort et bravo pour cette nouvelle performance.

    Répondre
  4. Nicp

    Bonjour David,
    on roule dans le même coin en VTT… certaines randos également (retrouvé ton CR de la guervilloise entre autre ;)) et je me demandais qui était ce David qui raflait les KOM dans le coin…
    En arrivant sur ton blog, je comprends un peu mieux maintenant !!!! 😀

    Félicitations pour tes performances, TRES TRES impressionnant !!!!

    Répondre
    1. David Schuster

      Salut Nico,
      Merci beaucoup de me lire et pour ton message !
      N’hésite pas si tu veux aller te faire une sortie dans nos jolies forêts, ça sera avec plaisir 🙂

      Répondre

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