Saintélyon 2014, j’y étais !

Intro

La saintélyon c’est une expérience indescriptible. Chaque coureur devrait la vivre une fois. On ne sort pas indemne d’une nuit fraîche de décembre, passée dans les monts du lyonnais. Cette expérience unique, longue, est un exercice mental et physique de tout premier ordre. On ne peut pas être vraiment prêt pour un tel évènement, trop d’impondérables, notamment liés aux conditions géoclimatiques. Mais la 61ème saintélyon 2014, j’y étais.

Comme à chaque fois, je me promets de n’écrire que quelques lignes. Mais l’envie de coucher sur le papier / le clavier, cette nouvelle expérience est toujours la plus forte. Pour ceux qui auront le courage de me lire, n’hésitez pas à sauter tout le blabla pour vous concentrer sur cette belle nuit de décembre.

L’entrainement

L’entrainement, justement, je ne vais pas trop m’appesantir dessus. Entre la suspicion de micro-fracture, de tendinite, les 3 paires de chaussures testées, 2 paires de semelles, les 2 lampes, la casse de mon VTT, de mon VTT de prêt, autant dire que j’ai accumulé l’ensemble des éléments qui peuvent me permettre de dire que j’ai fait une mauvaise préparation, absolument pas dédiée à la course à pieds, et surtout pas adaptées à un trail de nuit dans les monts du lyonnais. Jamais, je n’ai couru plus de 15 kilomètres depuis mon « marathon » lors de mon Ironman en août. Mais c’est aussi une expérience intéressante, de devoir faire avec tous ces facteurs externes. Quand je pense que mercredi encore, je n’étais pas sûr de prendre le départ…

Le Blabla

Finisher Saintélyon solo 72Au-delà de l’exploit (ou du non exploit) sportif, j’aime cette remise en question que procure le fait de relever un défi. Que ce soit pour mon premier raid VTT longue distance, ma première Granit Montana, mon Embrunman (Ironman) ou encore cette Saintélyon, le fait de me trouver au départ d’une épreuve dont je ne sais pas si je serai capable d’aller au bout, dans quel état, dans quels délais ? Pourrais-je même passer les portes horaires ? Cette incertitude, ce « risque », est une situation incroyable. Repousser les limites acquises, les certitudes. J’aime ce passage, quand au bout de quelques heures d’effort, il est acquis que le corps est fatigué, que l’on a déjà fait plus que ce que l’on avait jamais fait jusqu’alors. C’est alors incroyable de sentir son esprit prendre le dessus, voire parfois d’avoir une seconde fraicheur physique. Comme si le corps et l’esprit s’alliaient dans un combat vers la vie. Apprendre à maitriser les aléas, les coups de blues, les coups de moue. Aller plus loin que ce que la raison voudrait au premier abord. Puis finalement se rendre compte que c’est possible, que la limite est bien plus loin que ce que l’on pensait. Qu’elle expérience ! Quelle richesse ! Je sais aujourd’hui que ces défis personnels sont un moteur dans bien des aspects de ma vie. J’ai l’impression de sortir grandi de ces expériences. Chacun vit son défi sportif différemment. J’aime me retrouver sur une ligne de départ : le mec à ma droite est peut-être ouvrier, ou peut-être directeur d’une grande entreprise. Il s’entraine peut être depuis des années, en est à sa dixième participation, ou c’est peut-être tout simplement le défi de sa vie. Pour une raison obscure, indescriptible, il est là. A mes côtés. A nos côtés. Et dans quelques heures, nous serons les mêmes.
Ce qui nous anime à ce moment-là, est plus fort que les conventions sociales, que le quotidien. Nous sommes là pour vivre une passion, une expérience, une tranche de vie pleine et entière, qui, nous le savons tous, que ce soit notre première ou notre dixième, nous marquera profondément et nous changera à jamais. Nous sommes jamais tout à fait les mêmes au départ, et, quelques heures plus tard, quand nous passons la ligne d’arrivée. Nous avons passé de nombreuses heures à accomplir un effort physique souvent intense, nous avons passé un nombre incalculable de moments forts, nous avons vécu un panel d’émotions immense.

 

La course

Arrivé vers 23h20 sur place, sous la pluie, tout s’annonce pour que les conditions de cette saintélyon soient dantesques. Je m’habille, remonte dans la voiture. Dur de sortir dehors par 2 degrés, pour aller courir toute la nuit. Allez, je sors, la pluie s’arrête et ne nous embêtera plus jusqu’à Lyon !
Un peu par hasard, je me retrouve au départ, je me place donc dans le capharnaüm humain. Je ne passerai pas par le palais des sports de Saint-Etienne, et louperai donc la fameuse ambiance « cour des miracles » qui y règne. Mais je suis déjà concentré dans ma course à venir. Il semble que je sois dans la première vague, celle des 5-7h. Moi je vise environ 10h (objectif 9h59, pour avoir le droit au diplôme Sainté de Bronze). J’attends de voir comment ça se passe : en effet, moins de 7h, seuls les 50 premiers arrivent à le faire, alors que la vague permet de faire partir 1500 personnes (puis 2000 pour les 7-9h, 2000 pour les 9-10h et 1000 pour les plus de 11h) [Nota 1 : comment font les 10-11h ?] [Nota 2 : Il paraît que 4 personnes ont pris le départ de la dernière vague !]. Autour de moi, j’entends tout le monde rouspéter contre ceux qui ne respectent pas les vagues. Quand on pose la question, chacun assure viser moins de 7h. Viser oui. Aucun des dossards autour de moi ne fera moins de 7h à l’arrivée ! Bref, je ne bouge pas et décide de faire le départ à minuit, je rentrerai plus vite à Paris Lyon comme ça !

Pas trop d’émotion au départ, le speaker veut nous faire faire une hola, mais ça ne prend pas. Sautiller, par contre, ça, on le fait tous ! Il faut dire que ça fait du bien de se réchauffer les pieds. Light My Way de U2 retentit enfin. Pas aussi fort que Roadgame de Kavisnky pour l’Embrunman, mais on sent quand même qu’il se passe quelque chose autour de moi.
Je ne suis pas pressé de passer l’arche devant moi, qui marquera le début de mon chrono perso. Après, il faudra courir pendant 72km.

Aller, c’est parti ! Trop de monde, c’est impossible de courir, je me colle aux barrières, le long du public. Ça y est je peux m’élancer. Doucement David, tu pars pour 72 kilomètres. SEVENTY TWO kilometers ! (oui je me parle anglais quand je cours, ça donne une dimension dramatique aux choses !).
Bon donc là, il est minuit, à Saint-Etienne, dimanche 7 décembre 2014, et je viens de prendre le départ de la mythique SaintéLyon. Je cours dans les rues de Saint-Etienne, par 2 degrés, et j’ai déjà trop chaud. J’ai l’impression de prendre le départ d’une épreuve de route, genre marathon tellement il y a du monde autour de moi. Mais en y regardant de plus près, mes acolytes sont bien équipés pour un trail (sacs, grosses chaussures etc.).

Je cours tranquille, à mon rythme, entouré de centaines d’autres coureurs. Au bout de 5 km, c’est la première vraie côte sur le bitume. Je monte assez vite et me force à ralentir, je ne fais que doubler, ça ne doit pas être le bon rythme. Dans la côte d’après les gens marchent. Je me rappelle alors que nous avons 72 km et que je suis novice (en course à pieds, en trail, en trail longue distance) et que je ferais mieux de rester à ma place et ne pas m’enflammer.

Dans les premiers chemins, je me sens plus à ma place. Ça y est le peloton s’est étiré, et je peux dérouler à mon rythme. La boue arrive rapidement, mais cela ne me gêne pas, j’ai l’habitude de courir l’hiver en forêt maintenant !
Bon je vais pas vous raconter chaque centimètre de cette balade nocturne, même si je pourrais vous parler de cette pierre dans la première descente, qui aurait pu être fatale à ma cheville ; ou de cette côte en lacets, qui, vue de loin, faisait penser à un serpent lumineux éclairée par les frontales des autres concurrents ; ces dernières fermes avant de nous enfoncer dans les bois avec leurs odeurs si caractéristiques ; ou cette image, la première fois ou je me suis retourné et que j’ai vu des centaines de frontales dans mon sillage ; ou encore ce premier mec avec une crampe alors que nous venions juste de partir ; ou encore cette descente, dans laquelle j’ai lâché les freins, et je suis allé bien trop vite ; ou cette première flaque d’eau dans laquelle mes pieds se sont joyeusement enfoncés, et cette pensée à ce moment-là, de me dire, « je m’arrête bientôt pour changer de chaussettes », mais je ne le ferai évidemment jamais ; ou encore cette glissade à moitié contrôlée alors que je doublais une charmante coureuse (car oui, des runneuses, j’en ai vu un paquet) ; ce mec qui me doublait dans toutes les descentes, mais que je me souvenais jamais avoir doublé (dossard 9126 !).

Bref, dans tout ça je suis déjà au premier ravitaillement, à Saint Christophe en Jarrez kilomètre 15 et des poussières. Je m’y attendais car quelques minutes plus tôt, j’avais vu un charmant panneau m’annonçant « Arrivée 60 km ». Autant dire que j’étais presque à la maison.
Le premier ravito sur cette SaintéLyon est particulier, parce qu’il se décompose en 2 chemins : le premier, pour rejoindre le dit ravito, le deuxième, pour les arrogants coureurs qui pensent pouvoir continuer à courir tranquille jusqu’à Sainte Catherine, 12 kilomètres et des poussières plus loin, alors que c’est la partie la plus difficile du parcours. Evidemment, je suis un arrogant coureur, et ne daigne donc même pas jeter un regard à ce ravito, et continue ma course : je suis autonome en eau (plus d’un litre dans mon sac), j’ai des gels et des barres, de quoi me faire un festin au fond des bois par cette belle nuit de pleine lune.
Alors certes, la lune est pleine, mais la frontale, elle est bien bien (redondance stylistique) obligatoire pour voir les jolies flaques d’eau au bout de mes pieds !

Surtout, on lit tellement d’horreurs sur le monde présent aux ravitos, que j’ai prévu le coup (et je suis de toute façon incapable de partir sans avoir ma maison avec moi).

Avec tout ça, quand je demande l’heure à mon compagnon du moment, vu que je cours toujours en mode nature, sans montre, sans rien, et qu’il m’annonce 1h28, je manque de m’étrangler et d’appeler les secours pour ce pauvre homme qui a perdu toute sa lucidité. 1h28 et puis quoi encore ? C’est que dans mon plan de route minutieusement préparé à coup de calculs savants, je devais passer vers 2h du matin à cet endroit.
Mais l’homme a une montre GPS Technique Garmin Smartphone Bluetooth Ant+ GPX 910XT avec pleins de boutons géniaux, et je ne peux que me rendre à l’évidence : il est 1h28 du matin, et au lieu de dormir, je cours et en plus, je cours plus vite que prévu (à moins que ce soit les kilomètres qui soient plus courts que s’ils étaient plus long).

Bref, je ne vais pas m’effrayer par ce que j’ai un peu d’avance, et je continue jusqu’à Sainte Catherine, par les bois et les chemins. C’est la partie la plus sympa puisque la plus nature, dans la nuit profonde, avec même de la neige. J’adore ça et courir la nuit, tranquillement, est assez magique. Surtout, on m’avait vendu une saintélyon surchargée, avec du monde, avec des bouchons dans tous les singles. Sauf que là, moi, à 2 heures et des patates de la nuit du matin du soir de ce samedi – dimanche 6 ou 7 décembre (on se sait plus trop à cette heure-là) j’ai bien un gus devant et un gus derrière, mais rien de plus, et surtout, ils courent tous à la même vitesse que moi ! A part dans les côtes, ou je ne peux pas me résigner à aller tout doucement, évidemment !

Sainte Catherine, 2h36, on annonce un certain David BipBip (censuré) à la quatre cent et quelques places. Je ne connais pas ce type, mais un top 500 au bout de 27 kilomètres (et des poussières toujours) c’est pas mal ! Surtout, toujours d’après mon plan de route méticuleusement calculé, je devais arriver là à 3h25.
J’en profite pour boire un verre de boisson gazéifiée au cola, version light
[INTERMEDE : non, mais sérieux ???? Du Pepsi Max sur une course ? Alors que je rêvais de m’envoyer un verre de vrai COCA COLA coupé à l’eau (ouais trop de cola, à 3’ du mat’ ça empêche de dormir courir). Vous pensiez à quoi les organisateurs là ?]
Donc je me délecte de boisson gazéifiée, je me rabats sur la cristalline gazeuse, un carré de chocolat (fou fou le David cette nuit) et je zappe les bananes, soupe, thé et autres douceurs. Non pas qu’il y ait trop de monde comme tout le monde le dit, mais uniquement parce que j’ai envie de courir. Oui, envie. Et de faire pipi aussi. Peut-être à cause du Pepsi Max ?
Une fois les niveaux fais, c’est l’heure de partir sur St Genoux alors que l’on annonce le 500ème au ravito : alors non, c’est bien le nom d’un village et ravitaillement sur la saintélyon et pas un mythe qui dirait qu’il faut faire une prière pour que ton genoux ne lâche pas dans une descente empierrée du côté d’Arfeuille par exemple.
Je repars donc, et je cours maintenant régulièrement seul. Pas seul-seul non plus, mais sans personne juste devant, et personne derrière. Par exemple, je ne vois plus mon ombre courir devant (pour ceux qui n’ont pas compris car on me demande des explications : non je n’étais pas en transe et voyait mon âme devant moi, mais la frontale du coureur derrière moi m’éclairant, mon ombre apparaissait devant moi). C’est dans cette partie que je croiserai le plus de blessés (crampes, chevilles principalement) et même des gars marchant doucement dans leur couverture de survie (obligatoire). Pas mal de personnes avec des problèmes gastriques, dont je suis épargné, pour l’instant.

Même si j’ai promis de pas tout vous raconter, il faut quand même que je vous parle de cette côte, vers le kilomètre 34. Longue. Raide. En plus il fait nuit. Et boueuse. Et empierrée. Voilà, vous le savez maintenant. Et surtout, en haut, enfin au milieu du haut de la côte montante, un comité d’accueil-de passage qui a dû réveiller plus d’un coureur endormi. Merci les gars (et les filles) au bord des routes, à nous encourager. Impressionnant ! Par contre, si vous faites la Saintélyon un jour, refusez de vous faire ravitailler par cette bande joyeux lurons : ça sentait plus le rhum et le vin chaud que l’Isostar !

J’en profite pour glisser une mention spéciale à cette grand-mère avec sa béquille, qui, au fond d’un champ boueux, avec sa famille, à 3’ du mat, criait à pleins poumons « Bravo » à chaque coureur. Merci !
Et 3 kilomètres plus loin, cette même côte mais en sens inverse, en gros ça descend.
Tout ça pour dire, que je me retrouve à Saint Genoux sans l’avoir prévu à 3h59 ; kilomètre 38 (et des poussières !), alors que l’heure prévue (minutieusement, bref vous connaissez la suite) était de 5h05.

Saint Genoux c’est bien, y’a pas de gobelets, alors on boit dans des culs de bouteilles, que l’on se passe ! Là j’imagine que quand le gros du peloton sera là, ça sera la guerre. Je comprends qu’il doit y avoir du monde derrière moi, car le stock de palettes de boissons est juste colossal. Alors, ne voulant pas me faire écraser par une potentielle foule qui pourrait arriver, je repars bien vite dans la nuit (noire) à la poursuite de mon halo de lumière. 11 kilomètres et des poussières plus loin, je serai à Soucieux. Après, il paraît que ça roule jusqu’à Lyon. Ça sent bon pour moi tout ça ! Je me prends à rêver à un temps canon de moins de 7h45, et le diplôme Sainté d’Or qui va avec.
Je cavale donc gaiement dans la campagne boueuse. Mais c’est quand même bizarre, dans les descentes j’ai mal aux cuisses. Mais genre vraiment mal. A tel point que 3 descentes plus loin, je suis obligé de ralentir, voire de marcher. Et c’est pas du tout parce que c’est tout boueux et que j’en ai jusqu’au haut des chevilles, hein. Et ça va de mal en pis, puisque maintenant dans les côtes aussi j’ai mal. Alors je ne cours que sur le plat maintenant. Je commence à vraiment galérer sur le bitume en approchant de Soucieux.

Tout bascule : j’ai mal aux adducteurs, s’en est fini pour moi, la douleur est trop forte à chaque pas, je ne pourrai pas continuer. C’est bête, mentalement, j’étais au top, physiquement, j’ai l’endurance, j’ai juste le haut des jambes qui ne fonctionne plus. Chaque pas devient une torture physique. Ça fait mal.

Je me traine jusqu’à Soucieux, ce fameux mouroir : mouroir car nous sortons de 49 kilomètres (et des poussières !) de trail, pour arriver dans un gymnase surchauffé (du moins c’est l’impression qu’on a quand on sort d’une nuit ou le thermostat descend sous zéro), qu’il y a des bancs pour s’asseoir, un immense ravito, des espaces pour dormir. Je le savais en arrivant que ce serait l’endroit idéal pour abandonner, mais quand je le vois de mes propres yeux, je sais que c’est là que je veux être et rester. Je m’alimente et en profite pour prévenir par SMS de mon abandon certain, à 5h24 du matin, alors que je ne pensais arriver là qu’à 6h30 « Vivant. Mais HS. Hésite à repartir. 24km ». Mon téléphone se coupe et quand je le rallume, on me rappelle gentiment à l’ordre : j’ai 1h30 d’avance sur mon plan de route, j’ai de la réserve pour ce genre d’épreuve, je dois le faire, je ne dois pas me laisser avoir par les ravitos. C’est vrai que j’avais briefé sur les risques de ce ravito en particulier.
Je discute avec mes acolytes d’infortunes, dont certains ont déjà abandonné. Certains se changent entièrement : ils considèrent la dernière partie comme étant une nouvelle course. C’est vrai que le plus dur est fait et qu’il reste principalement de la route. Et puis en fait ce n’est pas 24 km, mais à peine 22. Une broutille. « Oui, c’est vrai tu boites un peu » reconnait un spectateur à la scène. Je me renseigne sur les modalités d’abandons.
Je pense à tous ces « sacrifices » pour être là. Surtout, je ne suis pas blessé, pas la moindre ampoule, je n’ai pas froid, pas faim. Je suis bien. Juste mes satanées jambes qui sont dures comme du bois de chauffage. Je ressors dehors. 3 pas. C’est trop dur, j’ai trop mal. Je rentre au chaud. Je m’étire. 5h44 ! Mais je perds mon temps là !
Et je prends la décision d’aller en marchant jusqu’au prochain ravito, Chaponost, le dernier avant l’arrivée. J’en saurai plus à ce moment-là sur mon état.
Je repars, à la frontale, seul, dans le noir, sur le goudron, dans cette campagne que je ne peux pas voir. Un pied devant l’autre. Quand c’est plat, je trottine. Quand ça monte, j’avance. C’est quand ça descend que c’est dur. Dans les bois surtout. Je n’ai plus d’appuis. Cette douleur dans les cuisses est incroyable, ça me tétanise.

Je vois un mec, fourbu, qui veut abandonner, discuter avec un spectateur : « c’est quoi le plus rapide, Soucieux ou Chaponost ? », et le mec lui répondre « 4 kilomètres si tu repars en arrière, et 6 si tu vas à Chaponost ». Plus d’hésitations pour moi, je vais à Chaponost, autant avancer. Tiens, je cours maintenant !
7h01, je suis à Chaponost (prévu méticuleusement à 8h25). Je ne me souviens même pas m’être arrêté, si ce n’est pour prévenir par SMS : « Je vise avant 9h. Je ne force plus ».

2 heures pour faire 12 kilomètres (et des poussières) ça pourra en faire rire certains. Pour moi, c’est mon chemin croix. Je n’ai jamais vécu ça : être limité à ce point musculairement. Je ne dis pas physiquement, car je sens que j’ai encore la caisse, puisque je cours, parfois. Je me force à viser 9h pour avoir le diplôme Sainté d’Argent, et puis parce que l’on avance mieux avec des objectifs.
Le soleil se lève enfin dans la banlieue lyonnaise, alors que je me fais doubler à tout va par tous ces mecs (et nanas) qui m’ont couru après toute la nuit. Et oui, j’étais fringuant dans les bois, dans la campagne, mais le retour à la ville ne me réussit pas. Je vais bien, oh ça oui, je sais que je finirai, et même mieux que prévu, je sais que je ne me suis pas abimé. J’ai juste cassé trop de fibre musculaire, comme on dit.

Sainte Foy les Lyons, je ne veux plus y remettre les pieds : on m’avait promis du roulant, alors certes, le goudron est là, mais ces côtes sont beaucoup trop raides après 65 km.

Le panneau 5km en haut de l’une de ces côtes, sera l’occasion pour moi de demander l’heure à mon compagnon d’infortune du moment : 8h16. Il me reste donc 44 minutes pour faire 5km. Faut rien lâcher là. Ça va être dur. Je cours, je marche. On se motive mutuellement.
Les 180 et des poussières marches pour descendre à Lyon ? Un calvaire, surtout quand je vois tous ces mecs les descendre en courant.

Le panneau des 3 km. Vais-je arriver avant 9h ? Une larme ? Presque. Douleur ? Peut-être. Je cours (du verbe courir que je connais maintenant par cœur). Ce qui est fait n’est plus à faire. Alors ça fait mal, mais je le fais, ça me fera ça de moins à faire après, quand j’aurai encore plus mal. Ce kilomètre paraît interminable. Le plus long kilomètre. C’est bien le problème de la Saintélyon d’ailleurs : faire 72 kilomètres, ça ne me dérange pas, ce qui me dérange c’est que les kilomètres soient si longs.
Je redemande l’heure à une accompagnatrice : 9h moins 25. Il me faut au moins 10 secondes pour comprendre ce que ça veut dire : je vais être finisher en moins de 9h. Alors je cours sur les 2 derniers kilomètres sans m’arrêter, me payant le luxe d’encourager un co-coureur tout blanc.
David à l'arrivée de la SaintélyonL’arrivée à 8h50, avec 1h10 d’avance sur mon programme : sans intérêt. Mais on ne fait pas la Saintélyon pour ça. Quelques larmes (la douleur encore !), un t-shirt finisher (je me ferai répéter 3 fois que c’est bien un pour la 72, j’avais trop peur que l’on me refile un t-shirt pour la saintésprint !) et je chercher désespérément le repas compris dans l’inscription. A part un buffet avec les mêmes ingrédients qu’aux ravitos, je ne vois rien.
Ça y est, je ne peux plus marcher seul, je ne peux plus bouger les jambes.

Au fait, il est maintenant 9h du matin, et une nouvelle journée commence.

Conclusion

Aujourd’hui, 36h après la course, je peux à peine tenir sur mes jambes tellement mes muscles sont douloureux : aucune blessure, pas la moindre ampoule après près de 9h passées sur les chemins lyonnais, mais des muscles tétanisés. Un entrainement absolument pas adapté et un volume beaucoup trop faible expliquent cette situation.
Ce résultat est donc satisfaisant compte tenu des paramètres. Néanmoins, une petite déception à l’arrivée, après avoir flirté avec le rêve fou de finir Sainté d’Or, d’arrivée, à la nuit, à Lyon.

Une autre fois ? Et pourquoi pas sur une version plus courte, Saintéxpress de 44km, et de faire parler le chrono avec un entrainement sérieux ?
Un conseil si vous le faites un jour : ne suivez pas les dossards rouges : ils font des relais, donc ils ont le droit de courir plus vite que vous, puisque qu’il ne feront pas toute la distance. J’ai compris ça un peu tard, quand j’en ai vu des tout propre après 5h de course. Sic.

chrono saintelyon solo 72km

Equipement

  • Un buff Michelin
  • Une frontale Petzl Tikka RXP +
  • Une veste gore tex de VTT, MyBike
  • Un T-S technique ML, Crivit
  • Un T-S technique MC, Quechua
  • Un collant long, Crivit
  • Un short, Kalenji
  • Chaussettes Kalenji
  • Chaussures Mizuno Wave Precision 13 : chaussures neuves, essayées une fois avant la course, typée route, idéale. De toute façon, dans la boue, on glisse, dans l’eau, on est mouillé, dans le froid, on a froid. Zéro ampoule à déclarer.
  • Un Camelback Rogue VTT avec une poche à eau, remplie à moitié de boisson isotonique, des barres, des gels, une couverture de survie, mon plan de route, secondes peaux, une paire de chaussettes, un iPhone, 2 batteries de secours, une frontale de secours.

Alimentation

Autonomie presque complète :

1 litre de boisson isotonique + 2 gels + 2 barres isostar
En plus de ça, j’ai perdu 2 gels pendant la course : j’espère qu’ils auront servi à quelqu’un.

Ravito : 3 carrés de chocolat, 1 morceau de banane, 2-3 tucs, 3 verres de Pepsi, 3 verres de cristaline gazeuse.

 

Dédicace

 

Une dédicace spéciale à ma grand-mère, qui du haut de ses 94 ans, n’a pas bien compris pourquoi son petit-fils, à 22h un samedi soir d’hiver, après un bon diner, décidait de s’habiller en trailer. « Tu iras courir demain, quand il fera jour, non ? ».
Surtout je me souviendrai longtemps de son fou rire quand elle a vu ma tenue « spéciale saintélyon » et qu’elle m’a sorti, la larme à l’œil : « Je comprends pourquoi ils vous font courir la nuit, vu comment vous êtes habillés, faut pas qu’on vous voit ! ».
C’est sûrement grâce à ses petits plats, spécialités lyonnaises, que j’ai pu terminer : comme quoi, le régime alimentaire, c’est l’idée que l’on s’en fait.

 

Je remercie aussi, et encore une fois sincèrement du fond du cœur, tous ceux qui m’encouragent, me félicitent, m’accompagnent, partagent avec moi ces moments. Ça me touche beaucoup et c’est surtout en grande partie grâce à vous que je vais au bout.

Je voudrais finir avec 2 citations que certains connaissent par cœur : « La folie est la seule chose que l’on ne regrette jamais ».

Pour tous ceux qui m’ont pris pour un fou : « Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’on croit. »

 

Pour en savoir plus, dossard 7633 : http://saintelyon.livetrail.net/coureur.php

 

Mon tableau prévisionnel

Km total km partiel Horaire Barrière temps partiel moy. Tot. moy partiel
Objectif 9h59 St christo 15,5 15,5 1:50:00 1:50:00 8,45 8,45
ste catherine 27 12 3:25:00 6:15:00 1:35:00 7,90 7,58
st genou 38 11 5:05:00 1:40:00 7,48 6,60
soucieu 49 11 6:50:00 11:30:00 1:45:00 7,17 6,29
chaponost 60 11 8:25:00 14:00:00 1:35:00 7,13 6,95
Gerland 72 12 9:59:00 15:00:00 1:34:00 7,21 7,66

 

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11 réflexions au sujet de « Saintélyon 2014, j’y étais ! »

  1. Hervé

    Bravo pour cette superbe performance David, quel courage ! et merci pour ce très beau récit qui nous fait rêver/vibrer. A bientôt sur les chemins, dès que toi et ton bike êtes opérationnels 😉

    Répondre
  2. OliVTTiste

    Respect David! Ne prend pas trop gout à la course à pieds. On veut encore te voir sur un vtt.
    Shusss.
    OliVTTiste

    Répondre
  3. Koxx91

    Bravo David ………quoique ?
    Allez se planquer dans les monts du Lyonnais, alors que l’ORIGOLE te tendait les bras à deux pas de chez toi, tu nous la joué petit bras ou peut-être petite forme 🙂

    On t’attend avec Hervé sur nos singles
    Pat

    Répondre
  4. Jean-Pierre Dumoulin

    Quel magnifique récit . Le sport reste une des plus belles écoles de vie. Chapeau pour ce nouvel exploit et pour avoir surmonté tes doutes. A ce train là , je me demande bien ce qu’on va pouvoir te trouver comme défi ! L’ultra raid de la Meije sur une journée ? A bientôt sur les chemins, le Gaea de la Granit est toujours à ta dispo si ton VTT a un souci.

    Répondre
  5. Bast BleauLover

    Bravo David ! Quelle passion dans ton récit !
    Vivre des défis change un homme c’est sûr, et permet de relativiser sur bien des choses dans la vie de tous les jours.
    A bientôt pour des défis sur 2 roues avec tétines 😉
    Grosses bises à ta mamie qui a l’air extra.
    Encore bravo champion.
    Bastien

    Répondre
  6. David Schuster Auteur de l’article

    Merci à tous 🙂 J’espère bien partager d’autres aventures à 2 roues avec vous, il y en a encore tellement à faire !
    Seulement 30 finishers sur l’Ultra cette année, ça fait un peu peur…
    A bientôt sur les chemins de Bleau et d’ailleurs !

    Répondre
  7. Grégo

    Hello. Je viens de tomber sur ton témoignage. J’adore ! A 100% avec toi concernant la philosophie/état d’esprit que l’on peut adopter, ressentir dans cette démarche de vouloir courir ce type d’épreuve. J’ai beaucoup aimé. Quant à la course nous l’avons courue pratiquement ensemble jusqu’à Saint Genoux (même Soucieu) à quelques minutes près. Ensuite tu analyses très bien les raisons pour lesquelles tu as flanché. C’est donc le châssis qui a fait défaut : les quadriceps en excentrique qui n’était pas préparés. C’est le maillon faible de beaucoup beaucoup de coureurs, dont moi. Ce sont les descentes qui cassent les fibres de muscles sollicités en excentriques insuffisamment préparés. Sur tous mes (peu nombreux) ultra c’est ce qui a pêché et lâché en premier : ensuite l’esprit doit prendre le dessus, le dessus sur la douleur causée par la « limaille de fer » qui s’est insérée entre les fibres faisant hurler les quadriceps. J’ai également écrit mon témoignage sur cette STL sur mon blog si cela t’intéresse…
    Est-ce que tu en es pour la prochaine STL qui a lieu dans…moins de 15 jours? Je l’espère.
    Bien à toi.

    Répondre
    1. David Schuster Auteur de l’article

      Bonjour Grégo,
      Merci pour ton message c’est très sympa de partager un peu de notre passion commune !
      J’ai lu ton récit sur la saintélyon 2014, tu as fait une sacré performance ! Tu vises quel temps cette année ? Tu as su maitriser ton entraînement (sacré volume !) maitriser la course de bout en bout et j’ai été épaté par la légèreté de ton équipement : Bravo ! Je ne suis pas encore capable de partir aussi light.
      J’ai une revanche à prendre (et de la famille aussi dans la région !), je serai donc à Saint Etienne le 5 décembre pour une belle nuit avec l’objectif de passer sous les 8h, sans souffrir. Il faudra que je fasse attention à ne pas partir trop vite, à m’économiser dans les descentes pour éviter les souffrances de l’année dernière et à bien m’hydrater. Peut être que l’on fera quelques kilomètres ensemble ? Au plaisir

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      1. Grégo

        Cette année la STL sera plus difficile en raison d’un D+ rallongé de 200 mètres : donc il faut compter au bas mot 16 minutes de plus. Donc en rajoutant cela à mon chrono de l’année dernière je n’ai plus la SaintéLyon d’or pour 10 minutes environ. Donc mon objectif est finalement de faire comme l’année dernière mais en compensant le nouvel obstacle. Cela signifie donc que je dois être plus entraîné que l’année dernière : j’ai donc plus de volume à mon programme. Dimanche prochain (fin de ma prépa.) j’aurai accumulé 500 kms sur les 5 dernières semaines (jamais fait dans le passé).
        Tu as raison concernant le départ prudent : c’est LA CLEF ! Je ne connais pas ton niveau de préparation pour cette année. Mais pour une Sainté d’or en réalisant tes mêmes temps de passages que l’année dernière jusqu’à Soucieu : c’est dans la poche ! Perso jusqu’à Soucieu je me donne pour objectif d’avoir les même temps de passage (peut être avec 5 minutes de moins)…ensuite sur les 20 bornes qui resteront il faudra maintenir l’allure et le contrat devrait être rempli. Bon courage. Contacte moi sur MP.

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  8. stephane

    Bonjour. A 3 semaines de la Saintélyon 2016 tes conseils et ton retour d’expérience sont précieux. Merci 🙂

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